Délivrance forcée

Chapitre 1

La journée a été longue, routinière. Elle se trouvait seule depuis le début de la soirée, et occupait son temps comme elle le pouvait. Ses amis n'étaient pas disponibles et son compagnon parti pour une formation ne reviendrait que le lendemain. Le programme télévisé était inintéressant et elle n'avait en ce début de week-end que peu de tâches à accomplir. Encore une de ses mornes soirées à ne savoir que faire pour tuer le temps.

Installée à son ordinateur depuis un moment, elle parcourait les images et vidéos accumulées au fil du temps sur ses désirs inavoués. Elle rêvait, envieuse de toutes ces femmes d'environ son âge, solidement attachées dans diverses positions, impuissantes mais sans craintes ni douleur face à leurs invisibles détracteurs. Loin de les dévaloriser, les liens variant d'une image à l'autre des solides cordes de chanvre aux doux foulards de soie, ne faisaient pour elle que les mettre au centre de tout. Incapable du moindre mouvement, fragile, mais captant toute l'attention, sublimées par les jeux de couleurs et motifs que formaient leurs liens.

Depuis longtemps elle désirait se retrouver dans leur situation. Elle, au centre de toutes les attentions de l'élu de son cœur, lentement réduite à l'impuissance au fur et à mesure que les liens se resserreraient autour de son corps, enserrant ses membre, son torse tel un enlacement. Le bandeau tombant sur ses yeux lui ôtant la vue, le bâillon s'introduisant dans sa bouche lui interdisant la parole. Être isolée de la réalité et profiter pleinement de son imagination pour explorer un monde de sensations. Seulement, lui n'avait pas le moindre soupçon de ce désir. Elle n'avait jamais trouvé le courage de lui avouer, d'abord effrayée de paraître masochiste et véhiculer de nombreux stéréotypes à son égard, puis par crainte de sa réaction, peur de détériorer sa relation, de lui montrer ce coté qu'elle lui avait caché pendant tout ce temps.

Elle parcourait les fichiers un par un, fichiers cachés sous une arborescence complexe, et tentait de ressentir des liens virtuels. Les coudes collés contre son corps, les jambes serrées. Rien par contre n'arrivait à lui faire sentir ses entraves de façon suffisamment explicite et ses tentatives ne faisait qu'augmenter sa frustrations et son désir.

Au bout d'un long moment elle quitta ses contemplations, désabusée. L'heure était bien avancée, elle devait s'occuper un peu d'elle avant de terminer cette morne journée. Elle prépara un repas simple, des restes du midi, qu'elle prit calmement seule. Son compagnon serait à ses cotés le lendemain et elle cherchait en s'alimentant une façon de lui montrer la chose, poussée par son désir inassouvi. Mais de nombreuses questions l'assaillaient. Sous quel angle lui présenter ? Que pouvait-il en penser, quels travers éviter ? Comment lui faire comprendre ces sensations, sur lesquelles elle n'a jamais su mettre de mot ? Comment lui faire comprendre ce qu'elle a exploré pendant plusieurs années, comment lui faire part de ses découvertes alors qu'il n'en connaît rien ? Si tout pouvait être clair et simple...

Elle termina son repas découragée, submergée par ces questions sans réponse qui l'assaillaient depuis longtemps. On dit que la nuit porte conseil, c'est sur cette idée qu'elle partit prendre une douche avant de se coucher. Laissant ses désirs s'emparer de son esprit, elle ne prenait plus attention à ses gestes. Elle se lava et se sécha machinalement. C'est alors qu'en saisissant la nuisette posée sur le dossier d'une chaise elle fit tomber la longue étoffe que cachait son vêtement. Celle-ci atterrit rapidement sur le sol. À ses pieds se trouvait maintenant le foulard qu'elle portait lors de sa dernière soirée avec l'homme de son cœur, le week-end dernier. Elle en portait très souvent, au cou, dans les cheveux, en ceinture... Pour elle un signe lié à ses désirs cachés, un indice pour qu'il découvre qu'elle en attendait d'autres usages. Une façon de se dire que tout pouvait arriver d'un moment à l'autre, que son foulard pourrait quitter sa place et s'installer autour de ses poignets, sur ses yeux... Mais pour lui, il ne s'agissait que d'un accessoire vestimentaire.

Elle le ramassa et se retrouva avec dans une main son vêtement de nuit, dans l'autre le long rectangle de tissu. Mais au lieu de le reposer à sa place, elle s'assit sur la chaise en posant sa nuisette sur ses jambes. De ses deux mains, elle parcourait le tissu, et son pouls s'accéléra légèrement. Elle resta ainsi un moment, à le faire glisser le long de ses doigts, le plier soigneusement sur la longueur. Il était maintenant long, fin, prêt à l'emploi. Elle prit involontairement une respiration profonde, se pencha en avant, et l'enroula délicatement autour de ses chevilles plaquées l'une contre l'autre, un tour après l'autre. Elle serra un nœud tout aussi lentement, mais avec plus de fermeté. Une fois maintenu en place elle se redressa sur son siège, les mains s'agrippant aux rebords, les jambes tendues en avant et admira, figée, ses jambes liées. Elle joua un moment avec ses pieds, les faisait aller de haut en bas, d'avant en arrière, tentait délicatement d'écarter les jambes pour tenter de se dégager de l'emprise. Ou plutôt pour ressentir la douceur du lien.

Quelques instants plus tard, elle laissa ses jambes retomber et saisit sa nuisette. Elle se leva, les pieds toujours liés, et l'enfila avant de se rasseoir et défaire le nœud retenant le foulard autour de ses jambes. En les tendant à nouveau devant elle, elle les écarta doucement faisant glisser, se dérouler le foulard sur ses chevilles. Le tissu caressa sa peau, glissa lentement autour d'une cheville jusqu'à s'en libérer et pendre sur l'autre. Ses mains le récupérèrent et se placèrent sur ses cuisses resserrées sans le relâcher. Elle contemplait ainsi sans le moindre geste son précieux accessoire.

Lentement, elle approcha les mains de son visage, tendant entre elles l'étoffe. Celle ci s'approcha, remplissait petit à petit son champ de vision avant de se poser sur ses yeux, figeant les motifs à sa vue. Ses mains derrière la tête fixèrent son bandeau, suffisamment serré pour le maintenir en place mais avec une pression très légère. Ses yeux ouverts sous le tissu ne captaient plus qu'une toile figée, à travers laquelle filtrait la lumière sans lui révéler la moindre chose de ce qui pouvait se trouver derrière.

Chapitre 2

Elle se releva, et quitta à tâtons la salle de bain pour rejoindre sa chambre. L'extinction de la lumière faisait disparaître les motifs pour qu'ils réapparaissent en se tournant vers une autre pièce illuminée. Sous son voile, son habitat prenait une autre dimension. Elle le parcourait habituellement rapidement sans le moindre effort en ne se fiant qu'à son unique vue, maintenant elle ne le percevait que par son corps, ses mains, ses pieds. L'espace semblait agrandi, presque inconnu lorsqu'elle quittait le contact de ses mains sur le mobilier. Elle redécouvrait ce chemin qu'elle avait parcouru de si nombreuses fois en quelques secondes, prit le temps de le parcourir centimètre par centimètre et d'apprécier cette nouvelle vision.

Ses pas en pointe étaient courts, prudents, ses mains cherchaient continuellement un point d'appui, comme si son équilibre en dépendait. Chaque pas était séparé du suivant par une courte pause, comme pour retrouver un équilibre stable avant d'entreprendre le pas suivant. Lentement, son pied s'avançait, balayant un peu la surface devant elle avant se se poser sur le sol, puis ses mains glissaient sur le mobilier, accompagnant son corps en avant.

Au fil de ses pas, elle se sentait de plus en plus légère et instable, prête à vaciller au moindre geste mal assuré. Ses pas devenaient plus courts, elle avait l'impression que son corps ondulait fortement à chacun d'eux et dut par moment reprendre une posture stable avant d'entreprendre le pas suivant.

Elle parcourut ainsi les pièces jusqu'à sa chambre. Elle s'assit sur un coin du grand lit qui resterait encore une fois à demi vide cette nuit et s'immobilisa quelques instants, regrettant déjà la fin de son voyage. Sans s'en apercevoir ses jambes se balançaient légèrement, sa tête s'était baissée comme pour les regarder malgré son bandeau.

Une idée lui traversa l'esprit pour prolonger son jeu, elle releva la tête et ses pieds retrouvèrent le sol. Elle contourna rapidement le lit, et chercha à tâtons une boite dans sa penderie. Retournant sur le lit, elle la posa sur ses genoux et déposa le couvercle à côté d'elle. Ses doigts caressèrent son contenu, sa petite collection de foulards soigneusement pliés et rangés dans cette boite en carton.

Du bout des doigts, elle en sélectionna un premier qu'elle déposa de l'autre coté du couvercle. Puis un deuxième. En se tournant légèrement, elle déplia le second, l'étala sur le lit pour saisir un coin et le remonter sur le coin opposé pour former un grand triangle. Elle plia ensuite soigneusement la pointe en remontant vers les autres cotés et en l'enroulant pour obtenir un long rectangle. Elle le lissa lentement du dos de la main sur toute la longueur, profitant de toute sa douceur avant de saisir l'autre foulard à tâtons.

De ses deux mains, elle le déplia face à elle sans le poser, puis lâcha un coin pour le laisser pendre. Elle récupéra le milieu qu'elle plaça dans son autre main sans lâcher le premier bout et recommença l'opération plusieurs fois jusqu'à le tenir entièrement dans son poing.

Elle porta la boule à sa bouche et la fit glisser entièrement à l'intérieur. Ses joues en étaient peu gonflées, sa mâchoire légèrement ouverte ne se fermait plus sans effort. Elle prit le second foulard pour le plaquer par dessus le premier. Elle serra un nœud derrière la tête, suffisamment fort pour que le foulard se bloque entre ses lèvres. Satisfaite de la pression sur ses lèvres, ses joues et sa langue, elle secoua vivement la tête en gémissant légèrement.

Le son produit lui fit grand plaisir et le bâillon ne bougeait pas, mais son bandeau glissa légèrement lui permettant de recouvrer une fraction de sa vision. Elle porta ses doigts à ses yeux et joua doucement avec l'étoffe pour occulter totalement sa vue. Elle pencha ensuite la tête en arrière pour le resserrer un peu et effectuer un dernier ajustement, puis se pencha en avant pour le serrer plus fortement. Elle en profita aussi pour resserrer un peu plus son bâillon qu'elle trouvait trop lâche dans cette position, et releva la tête.

Les étoffes lui caressaient le dos et les épaules, la pression sur son visage augmentait plus elle levait la tête et l'empêchait d'ouvrir les yeux ou fermer la bouche entièrement. Elle appréciait pleinement cette pression lui forçant à baisser la tête, cette sensation de constriction sur le visage, mais tout son corps, ses bras, ses jambes, demandait cette même sensation.

Il restait quelques préparatifs avant de la ressentir, les foulards ne pourraient pas la satisfaire totalement, mais elle ne désirait pas être comblée facilement. Elle prépara trois autres foulards plus rapidement, roulés en longueur, referma la boite et la déposa au pied de son lit. Elle se pencha en suite en avant pour s'occuper de ses jambes.

D'abord les chevilles. Elle fit un tour complet autour avant de croiser les extrémités et les passer entre ses membres. Elle serra un nœud fermement, rapprochant ses chevilles l'une contre l'autre et réduisant sa liberté de mouvement presque à néant. Les pieds solidement liés, elle entrepris la même opération autour de ses jambes, juste en dessous des genoux avec un deuxième foulard. Une fois le nœud serré, ses jambes étaient parfaitement solidaires l'une de l'autre, et quelques tests le confirmèrent. Les jambes tendues, de haut en bas, d'avant en arrière, impossible de les séparer en serait-ce qu'un peu, impossible de les bouger indépendamment l'une de l'autre.

Restait encore un dernier foulard. Elle plaça le milieu sur son poignet fit un premier nœud autour. Elle croisa ensuite les mains derrière le dos et enferma son deuxième poignet avec un autre nœud. Puis en se penchant en avant, les bras tendus le plus haut possible, elle saisit l'un des bouts pour le lancer entre ses bras. Au bout de quelques tentatives, elle y parvint et le tint bien tendu. En se penchant en arrière, elle fit passer l'autre bout par dessus le premier, d'entre ses bras vers ses poignets. Restait à serrer un nœud, qui finirait de les enserrer horizontalement et verticalement. Le serrage était difficile, ses mains devaient forcer sur les liens pour s'orienter correctement, mais une fois le nœud formé, le resserrer fut bien plus facile et le maintient devenait de plus en plus prononcé. Le nœud était toujours accessible du bout des doigts bien que difficilement, mais elle était satisfaite de son travail, elle n'arrivait pas à se délivrer sans y toucher.

Elle était maintenant pieds et poings liée, bâillonnée et les yeux bandés, enfermée dans prison de caresses, mais il manquait encore un détail. Elle pouvait encore écarter les bras librement en remontant ses poignets, chose qui la frustrait, mais l'un de ses foulards ne pourrait lui offrir une entrave suffisamment marquée. La large ceinture de son manteau par contre pourrait faire l'affaire. Elle se releva doucement, chercha son équilibre et resta un moment sans bouger. Elle s'était peut être un peu surestimée, et son second voyage serait plus difficile que prévu, à son grand plaisir.

Chapitre 3

Son assurance avait d'un coup disparue. Elle s'imaginait parvenir jusqu'à l'entrée en sautillant, mais maintenant, elle avait peur de perdre l'équilibre. Une peur qui la figea sur place un long moment, avant de tenter un premier petit saut. Juste quelques centimètres, un tout petit bond. Elle se pencha légèrement en avant en pliant les genoux, prit appui sur ses orteils avant de les décoller du sol juste un petit peu. Elle se balança dangereusement à la réception, fit de grands gestes de ses bras attachés pour retrouver un équilibre précaire. Elle était toujours debout, mais n'avait parcouru qu'une distance infime.

Prenant une grande inspiration, elle replia légèrement les genoux, et effectua un nouveau bond, plus rapide et assuré. Ses jambes ne bougeaient presque pas, elle en gardait un meilleur équilibre. Au bout d'une série de bonds similaires, elle se redressa et chercha à tâtons un repère. De peur de perdre l'équilibre, elle ne les écarta que peu de son corps et effectua de lents mouvements circulaires. Elle chercha un sur les côté, se tourna d'environ un quart de tour, chercha de nouveau... Elle ne trouvait rien. Son lit était trop bas, elle ne voulait pas prendre le risque de s'agenouiller. Ses repères étaient déjà un peu perdus, mais elle décida de continuer en se fiant à sa première évaluation.

Elle se retourna pour reprendre sa direction initiale, vers la porte. Et repris sa lente progression. Après avoir fait quelques petits bonds, elle vérifiait à nouveau si elle ne pouvait pas se repérer de ses mains. Mais en prenant conscience qu'en se tournant à chaque fois, elle risquait de dévier, elle décida de se retourner et progresser en marche arrière, lui laissant la liberté de tâter vers l'avant. Elle se retourna doucement en quelques petits bonds, et repris sa route à reculons.

Sauter dans ce sens était presque plus facile, même si le bout de ses pieds frottait sur le sol. Après quelques sauts elle sonda à nouveau ses alentours, pour ne rien trouver. Elle se redressa et fit une petite pause, comme pour chercher mentalement ou elle se trouvait. Immobile, droite, la tête baissée, les mains reposant sur le haut de ses fesses, elle ressentit à nouveau pleinement ses liens : la pression du bandeau sur les yeux, le foulard qui s'imbibait de salive, ses cheveux plaqués par son bâillon, ses poignets plongés dans un douillet cocon, ses jambes encerclées.

Elle resta ainsi moment, puis ondulait lentement son corps pour mieux ressentir les liens. Ses pieds passaient d'une pointe à l'autre, entraînant les genoux qui se tournent pour accompagner le mouvement, ses mains se balançaient légèrement de haut en bas, et ses épaules pivotaient tranquillement, accentuant ses petits mouvements de tête.

Elle avait perdu toute notion du temps, impossible de déterminer combien de temps elle resta à profiter de la caresse des foulards. Impossible aussi de savoir combien de temps s'était écoulé depuis qu'elle avait placé son bandeau. Une demi heure ? Une heure ? Minuit devait approcher...

Sortie de sa rêverie, elle reprit sa route. Un bond après l'autre, une longue série de sauts. Une série bien trop longue à son goût, mais toujours aucun repère. Elle avait l'impression d'avoir parcouru suffisamment de distance pour quitter sa chambre, la porte était restée ouverte. Si c'était le cas, il devrait y avoir un mur non loin, mais si ça ne l'était pas, elle dévierait encore plus. Mais en continuant tout droit, elle risque d'arriver aux escaliers...

Prise de peur, elle se tourna d'un quart de tour, et entrepris une série de bonds. Toujours rien, elle ne pouvait même plus dire dans quelle pièce elle se trouvait, elle avait l'impression d'être au milieu de nulle part. Là ou devaient se trouver ses meubles, elle ne trouva rien. Son souffle réduit par son bâillon la fatiguait et sa respiration accélérée par cette angoisse d'être perdue devenait plus forte, très forte dans ce silence. Machinalement sous le stress, elle releva vivement la tête pour dégager quelques mèches de cheveux. Les mèches ne bougèrent pas d'un pouce, mais elle ressentit une forte pression sur les yeux et les coins de la bouche.

Rappelée à sa situation, elle rebaissa aussi vite la tête, et la secoua un peu pour faire disparaître cette sensation. Puis s'immobilisa de nouveau. Elle pensa un moment à se détacher, mais l'envie de poursuivre fut plus forte. Au plus profond d'elle même, elle préférait s'être perdue. En prenant de longues inspirations, elle retrouva son calme. Dans cette direction elle ne risquait rien, il suffirait de continuer jusqu'à se repérer et repartir dans la bonne direction.

Elle poursuivi sans compter ses bonds jusqu'à toucher un mur, un coin de fenêtre. Elle avait cru parcourir une distance bien plus grande, mais elle savait maintenant où elle se trouvait, bien qu'elle eut déjà dévié fortement. Elle fit un quart de tour pour retrouver sa direction initiale en longeant le mur, toujours à reculons. À chaque saut elle vérifiait toujours de son épaule qu'elle longeant bien le mur. Mais en s'approchant trop, elle le heurta au cours d'un saut mal calculé. Le choc, même léger, la fit pivoter sur elle même et compromit son équilibre. Elle se rattrapa de justesse en se plaquant vivement dos au mur, avec plusieurs bonds très rapides.

Elle avait réussi à se stabiliser. Sa respiration était tremblante pendant quelques secondes, elle s'appuyait fortement de son dos et ne bougeait plus, bien ancrée sur ses jambes à demi pliés. Elle se calma rapidement et poussa doucement de ses mains sur le mur pour se redresser. Pour poursuivre, elle décida de prendre un peu de distance, quitte à continuer une fois de plus sans repère.

Rapidement, ses mains rencontrèrent le bord d'une planche, la table de son bureau. En tâtonnant, elle détermina aux quelques objets qui y traînaient sa position exacte. Pour continuer vers la porte, elle devrait contourner la chaise et poursuivre encore un peu. Elle longea le bureau par de petits bonds latéraux en se tenant de ses mains, jusqu'à sentir le siège sur le côté de ses jambes. Plutôt que de le contourner, elle se tourna et s'y assit. Se tourner sur une chaise est très rapide avec les jambes libres, elle dut s'y prendre en plusieurs fois, se lever un peu, se repositionner, décaler ses genoux et ramener ses pieds pour ne se tourner qu'un peu. Petit à petit elle fit demi tour sur la chaise.

L'obstacle était franchi. Elle se releva de l'autre côté de la chaise et longea de nouveau le bureau. Elle arriva au coin, continua à le longer jusqu'au mur. Mais cette fois, pour ne pas manquer l'ouverture de la porte, elle le longea d'une autre façon.

Elle prit appui sur le mur de ses mains, et plaça ses jambes à environ une vingtaine de centimètres. Puis elle se redressa et fit un bond latéral avant de reprendre appui sur le mur, en ajustant au besoin la distance entre celui ci et ses pieds. La progression était lente, mais sûre.

Elle parvint au bout d'un temps incalculable à l'embrasure de la porte. La prochaine grande étape serait de descendre les escaliers, mais impossible de le faire debout, les yeux bandés et les jambes attachées. S'asseoir sur le sol lui parût la meilleure solution pour descendre en toute sécurité. Mais en se mettant à genoux, elle s'aperçut que s'asseoir ne serait pas aussi facile que d'habitude et se redressa.

Elle essaya d'abord en prenant appui sur le mur, mais en éloignant un peu les jambes elles s'aperçut vite que ce n'était pas une bonne idée. Elle fit un effort pour les ramener près d'elle et se redresser. Après avoir réfléchi un peu, elle s'écarta du mur de quelques bonds et fit un quart de tour pour laisser libre champ derrière son dos. Puis elle s'accroupit lentement, bien droite, jusqu'à tenir sur la pointe des pieds, les fesses ramenées sur les talons. Elle ramena doucement le menton entre ses genoux, le dos bien rond, ouvrit bien grand les mains pour les aplatir le long du bas du dos et bascula en arrière.

Ses mains heurtèrent le sol et elle y plaqua ses bras. Elle roula sur le dos, jusqu'à la nuque avant de repartir dans le sens inverse, et retrouver le sol de ses pieds. L'opération était réussie, mais ses mains écrasées lui furent douloureuses. Elle ressentit aussi son bandeau et son bâillon se resserrer alors qu'elle reposait sa tête au sol. Elle se tourna sur le côté pour soulager ses mains et rebaisser la tête. Frottant ses mains elle profita à nouveau de la douce caresse du lien de ses poignets, qui contribua à apaiser sa douleur rapidement.

Se replaçant à nouveau sur le dos, elle se redressa facilement en position assise, et de ses mains et pieds fit demi tour pour se présenter face à l'escalier. Avancer était facile, mais le frottement de sa nuisette sur le sol la faisait remonter. La gène l'empêcha de continuer et elle essayait tant bien que mal à la remettre à chaque avancée, ce qui était difficile les mains attachées. Elle passa un certain temps à essayer de garder une tenue décente, mais constata rapidement que ses efforts étaient balayés à l'avancée suivante. Après tout, elle était seule, ligotée, bâillonnée, et ne pouvait d'ailleurs pas voir elle même sa tenue. Elle continua donc sans s'en soucier, et ressentit rapidement le contact direct du sol sur sa peau.

Ses pieds ne tardèrent pas à rencontrer la première marche. Elle s'en approcha une dernière fois avant d'entamer la descente. D'abord les jambes, puis s'appuyer sur les mains et s'asseoir sur la marche suivante. Elle devait par moment dégager sa nuisette pour prendre appui de ses mains sans se gêner.

Ses pieds rencontrèrent enfin le carrelage froid du rez-de-chaussée. Elle profita de sa position assise pour se redresser facilement, son manteau n'était plus très loin. Encore quelques sauts et elle pourra récupérer sa ceinture.

Chapitre 4

Elle prit la direction du porte manteau, approximativement, toujours à reculons. Il devait y avoir deux ou trois mètres à parcourir avant de l'atteindre, mais attachée et les yeux bandés l'estimation des distances parcourues était très difficile. Elle continua à bondir à reculons. La fraîcheur du carrelage tranchait nettement avec son corps réchauffé par les efforts. Cette stimulation ne la fit que bondir plus vite pour ne pas reposer les pieds trop longtemps.

Elle ne s'arrêta qu'en touchant de ses mains la lourde porte d'entrée, derrière le porte manteau. En sondant un peu les alentours, elle se situa grâce au mur non loin. Quelques bonds en le longeant devraient suffire à retrouver le porte manteaux. Elle repartit donc en avant jusqu'à ressentir de sa tête son long manteau.

Elle se redressa et se plaça dos à lui, pour le manipuler plus simplement de ses mains. Ses pieds et orteils jouaient sur le carrelage pour éviter un contact prolongé. La ceinture était assez haute et elle dut se pencher un peu en avant pour la saisir. Mais il restait encore à la défaire. Tirer dessus ne faisait qu'amener le manteau dans de brefs bruissements sans vraiment plus d'effet. Elle tenta de tirer par à-coups au plus près des passants. La méthode fonctionnait, la ceinture glissait et le tintement métallique confirmait son mouvement, mais elle se bloqua. Le mauvais côté, la boucle avait du se coincer sur un passant. Elle recommença donc dans l'autre sens pour dégager un peu l'autre côté, mais après un geste brusque le manteau se décrocha et tomba sur le sol dans un bruit sourd.

Cette chute permit toutefois de défaire une bonne partie de la ceinture, qu'elle tenait toujours d'une main, à la verticale. De ses deux mains elle remonta jusqu'à la boucle pour la saisir, et lâcher le reste. En secouant la ceinture, le poids du manteau la fit glisser sous les passants en provoquant une vague de bruissements marqués. Mais une fois le manteau au sol elle y était encore accrochée. En se penchant en avant, elle souleva vivement les mains à plusieurs reprises jusqu'à ne plus ressentir de résistance.

Ses mains firent glisser la longue bande libre pour la saisir par le milieu. Pendant un instant, elle songea à remettre son manteau en place, mais en s'abaissant elle ne parvenait pas à le saisir. Elle se pencha un peu plus en arrière mais revint vivement en avant pour retrouver son équilibre. Il aurait fallu s'asseoir pour le récupérer, puis se relever et le remettre, si possible, suffisamment haut, trop étant donné sa situation. Par contre elle tenait déjà son butin, et devrait se détacher les mains pour s'en servir.

Elle se redressa et entrepris de se libérer les poignets. L'une de ses mains tenait la ceinture, l'autre jouait du bout des doigts pour atteindre le nœud. L'atteindre était assez facile, mais le défaire n'en était pas aussi simple. Avec tous ces mouvements, le nœud s'était fortement resserré, et ses doigts glissaient sur le tissu sans le dénouer.

Après de nombreux essais infructueux, elle lâcha la ceinture pour se servir de ses deux mains. L'une saisissait un bout pour tirer le nœud, l'autre avait de cette façon plus de marge de manœuvre. Le nœud ne se défaisait pas aussi facilement qu'elle s'y attendais, mais cela ne fit que lui procurer plus de plaisir. Le plaisir du frottement du foulard à chacun de ses nombreux mouvements.

Elle dut s'y prendre à de plusieurs reprises pour défaire le premier nœud, le second se défit bien plus rapidement. Elle écarta les bras et le foulard se déroula en caressant sa peau pour ne tenir plus qu'en bracelet sur l'un de ses poignets. Les mains libre, elle s'accroupit et saisit sa précieuse ceinture et son manteau pour le remettre à sa place. Sa liberté de mouvement lui paraissait presque étrange. Une fois son vêtement suspendu, elle repris sa route vers l'escalier pour s'asseoir sur les premières marches, et ainsi éviter de rester sur le sol froid. Elle fit d'abord quelques sauts, les bras sur les côtés mais ne savait pas qu'en faire, et préféra continuer en les recroisant derrière le dos. Ainsi elle n'avait pas à s'en occuper. Elle ne les décroisa qu'au bout de plusieurs bonds pour retrouver facilement la rampe de l'escalier et s'y asseoir plus facilement.

Assise, elle sentait d'un côté sa ceinture, un peu rugueuse, de l'autre son foulard suivant amplement les mouvements de son poignet. Elle saisit la ceinture à deux mains, et la fit passer par dessus la tête jusque derrière le dos. Ensuite elle fit passer le bout dans la boucle et ajusta la ceinture juste au dessus de la poitrine, puis fit glisser la boucle sur le côté avant de serrer un peu. Elle rapprocha ensuite les bras le plus proche possible dans le dos et serra fermement la ceinture d'une main. La large bande resserrée l'empêchait d'inspirer profondément tout en maintenant ses bras dans le dos. Chacune de ses inspirations lui faisait ressentir cette pression sur le torse et à la naissance de ses seins et lui procurait tout le plaisir qui lui manquait jusqu'alors.

Elle retint la ceinture en la plaquant de son autre main et respira lentement aussi profondément qu'elle pouvait pour profiter de cette sensation. Puis elle expira entièrement, retint son souffle et tira une dernière fois sur la ceinture, pour la resserrer encore un peu. Retenue par l'autre main, elle ne se desserrait pas lorsqu'elle lâcha le bout pour la boucler. Elle joua du bout des doigts avec les œillets et le loquet jusqu'à l'introduire dans l'un d'eu

La ceinture était verrouillée. Elle le confirma en relâchant ses bras qui retombèrent sur le bord de la marche supérieure. Sa respiration était courte, réduite par son nouveau lien et elle en profita de nouveau quelques instants avant de se tourner pour croiser les mains. Faire le premier nœud autour de son second poignet fut très facile, faire passer le foulard entre ses bras maintenus contre son corps beaucoup moins. Très lentement, elle le fit passer centimètre par centimètre avant de l'attraper de l'autre côté et le tirer. L'opération fut très longue, elle s'y reprit à plusieurs fois avant d'y parvenir et ressentir à nouveau le lien serrer ses poignets verticalement lorsqu'elle tira sur les deux bouts pendants. Mais restait encore à faire le nœud final.

Celui ci parût impossible. Les mains tournées vers l'extérieur, les bras retenus contre le corps, elle dut forcer sur ses liens pour saisir les deux bouts pendants et passer l'un autour de l'autre. Elle les tenait entre le bout des doigts pour obtenir plus d'espace au milieu, cherchait à les écarter de ses autres doigts mais le faire passer dans la boucle créée se révélait très délicat. Plusieurs fois elle perdit prise et dut recommencer.

Après un moment qui parût une éternité, elle parvint à former un premier nœud qu'elle serra du mieux qu'elle put. Ses bras étaient un peu douloureux mais la nouvelle entrave récompensait ses efforts. Mais pour verrouiller ce nœud, un deuxième devait être fait par dessus. L'opération déjà difficile le fut d'avantage car tirer sur les bouts desserrait le premier nœud. Elle essayait dans un premier temps de le garder serré, et dût le réajuster de nombreuses fois entre chacune de ses tentatives. Impossible d'avoir une marge de manœuvre suffisante en laissant le nœud en place. Elle entreprit donc de former le second nœud sans se soucier du premier et de les resserrer l'un après l'autre ensuite.

De longs moments passèrent. Elle crut ne jamais y arriver et fit une pause. Quelle heure était-il, combien de temps avait-elle passé a essayer de former ce maudit nœud ? N'y a-t-il personne qui pourrait le lui faire en quelques secondes ? Elle voulut s'allonger en arrière et lever la tête mais les marches et les foulards sur son visage l'en empêchèrent. Elle plaça son menton sur les genoux et soupira.

Après un moment de déception elle se remit à l'ouvrage, motivée par une certaine rage d'échouer si près du but. Ses gestes étaient moins posés et elle en constata rapidement leur inefficacité. Elle s'y appliqua alors soigneusement encore une fois, le premier nœud à peine resserré, elle tirait consciencieusement les bouts du foulards, écartait les plis, tentait d'introduire quelques millimètres dans la boucle et le récupérer de l'autre côté. Sa détermination la récompensa quand elle réussit miraculeusement à former le second nœud. Elle ressentit un immense soulagement lorsqu'elle passa les pouces entre les deux nœuds pour les resserrer tour à tour, en tenant les bouts avec les autres doigts. Petit à petit le premier nœud se rapprochait de ses poignets et l'entrave se faisait sentir. Elle le serra aussi fortement qu'elle put, mais il se desserra un peu lorsqu'elle le bloqua en serrant le second. L'entrave n'était pas aussi forte qu'elle l'aurait souhaitée, mais avec la ceinture le résultat était suffisant.

Elle agita joyeusement les mains, parcourue de satisfaction et d'une certaine liberté, celle d'avoir atteint son objectif et de pouvoir en profiter pleinement. Les sensations se firent plus forte alors qu'elle se focalisait sur ses liens. Son bandeau faisait maintenant partie d'elle, le foulard gorgé de salive dans sa bouche avait épousé la forme de son palet, sa poitrine ressentait le ferme enlacement de la ceinture à chaque inspiration, ses bras retenus dans le dos l'empêchaient d'offrir une quelconque résistance, ses mains étaient enfermées dans un cocon de tendresse, tout comme ses jambes solidaires. Elle ne put retenir des soupirs de plaisir après tous ces longs efforts, que son bâillon transforma en de doux gémissements.

Chapitre 5

Une fois cette extase passée, emplie d'une grande légèreté, elle se mit à gravir les marches une à une en s'appuyant sur ses jambes et en s'aidant de ses mains. Une fois en haut elle devait encore retrouver le chemin de sa chambre. Elle se releva sur la dernière marche sans difficulté, et s'appuya dos à la rampe pour sauter cette dernière marche et se retrouver sur le palier. Elle effectua ce saut avec grande aisance, comme si sa position était tout à fait naturelle.

Elle se tourna vers sa chambre en s'alignant sur la rampe et effectua quelques bonds en avant, de grands bonds qui la surprirent elle même. Tant de légèreté et de confiance, ce qu'elle devait avoir parcouru en quelques sauts ce qu'elle avait fait en une succession interminable de petits bonds. Elle effectua quelques sauts plus petits et confirma son impression. Ses mains sondant les alentours rencontrèrent l'embrasure de la porte de sa chambre à coté d'elle.

Elle ne put retenir un petit rire étouffé par son bâillon en constatant sa prouesse. Continuant sur sa lancée, elle effectua quelques longs bonds supplémentaires avant d'en faire des plus petits pour retrouver son lit. Ses jambes touchèrent les draps recouvrant le bord du lit lorsqu'elle effectuait quelques bonds latéraux pour se repérer. Elle se tourna dos à lui et s'assit en se laissant tomber. Elle rebondit un peu sur le matelas, puis chercha des mains les coins de la couverture, qu'elle trouva un peu plus loin en se décalant du coté de la tête du lit.

Elle se plaça à coté de l'oreiller pour glisser ses jambes sous la couverture et se retrouva complètement assise sur le lit. Elle se pencha un peu en arrière et ses bras rencontrèrent la tête du lit. En y prenant appui elle glissa un peu en position allongée mais ses bras maintenus contre son torse par la ceinture l'empêchaient de s'en écarter beaucoup. Elle se laissa tomber sur le coté et se glissa petit à petit dans le lit, ses jambes entraînaient avec elles la couverture.

Une fois allongée complètement, elle s'ajusta pour placer la tête confortablement sur l'oreiller et roula sur le ventre. En levant ses jambes elle ramena la couverture vers ses mains liées et put la saisir. Sans la lâcher elle roula sur le coté se retrouva son oreiller, elle tenta de remonter la couverture sur elle mais ses mains plaquées contre son dos ne purent être efficaces. Après plusieurs essais infructueux elle ramena ses jambes vers elle et pivota sur le coté, remontant avec elle la couverture au niveau de sa tête. Pliée en deux, elle saisit le dessous de la couverture à pleine main et reprit sa position initiale en s'aidant de ses jambes. Elle parvint ainsi a ramener la couverture sur son dos, il ne restait plus pour son confort que de passer ses épaules en dessous. Ce qu'elle fit en se tortillant longuement.

Elle n'avait plus qu'à profiter de cette nuit, ou de ce qu'il devait en rester, et de se détacher le matin. Le temps lui sera amplement suffisant pour tout remettre en place comme si de rien n'était avant le retour de son ami en fin de mâtinée.

Elle était parfaitement détendue, mais l'excitation provoquée par ses liens la tint éveillée. Elle se tourna quelque fois pour trouver une position tout à fait confortable, soulager une épaule. Ses mouvements entraînaient partiellement avec eux la couverture, qu'elle s'efforçait de remettre en place en jouant des épaules, des bras et des jambes. Après ces gestes, elle retrouvait son immobilité.

Le temps passait mais elle en avait depuis longtemps perdu toute notion. Elle bâilla, le foulard tirait sur les coins de sa bouche. Celle-ci n'était d'ailleurs plus très remplie, la salive avait réduit la large boule de tissu en un petit bloc compact. La réalité n'était plus qu'une considération abstraite, prisonnière entre deux mondes : ligotée dans son lit, et nulle part, entourée de bien être.

Chapitre 6

Elle quitta son état de transe lorsqu'un bruit attira toute son attention. Elle s'éveilla brusquement et souleva la tête. Elle reprit conscience de son état. Les yeux bandés, bâillonnée, attachée, seule dans son lit. Elle tendit l'oreille, immobile, contrôlant sa respiration, mais n'entendit rien.

Le silence était pesant. Aucun bruit suspect, peut être avait-elle rêvé. Un long moment passa avant qu'elle ne décida, dans le doute, de se délivrer. La nuit devait déjà être bien avancée, il était temps de mettre fin à son petit jeu et dormir pleinement. Elle reposa la tête sur l'oreiller et se détendit. L'envie de lire l'heure pour savoir combien de temps elle était resté attachée lui prit, savoir si elle avait profité raisonnablement de son temps ou si elle pouvait en profiter encore. Mais son bandeau était toujours aussi bien ajusté, et impossible de voir ne serait-ce qu'un tout petit peu par dessous. Lever la tête pour regarder était aussi assez inconfortable.

Deux options se proposaient à elle : se délivrer et mettre fin à ce jeu fort agréable, ou rester encore un peu sous l'emprise des liens. Elle y réfléchit un moment, mais ne parvenait à se décider. L'envie de se libérer était grande, mais quitter la sensation des liens était moins attrayant.

Sans réellement vouloir se détacher, elle fit jouer ses doigts pour atteindre le nœud autour de ses poignets. Elle ne trouva pas immédiatement les bouts du foulard, mais ne s'en inquiéta pas plus. Peut être qu'il décidera à sa place si elle se délivrerait maintenant ou resterait encore un moment attachée.

C'est alors qu'elle entendit un autre bruit plus distinctement. Un bruit qui venait du rez-de-chaussée. Le bruit d'une poignée de porte, mais pas celle de l'entrée. La panique l'envahit. Elle n'était pas seule, et son compagnon ne rentrerait qu'en fin de mâtinée, et pourtant impossible d'avoir dormi jusque là ! Il l'aurait d'ailleurs prévenue de son retour par téléphone. Sa respiration s'accéléra fortement, tout autant que son rythme cardiaque, elle agita nerveusement ses doigts, cherchait à défaire le nœud le plus rapidement possible.

Le foulard glissait entre ses mains, son empressement n'arrangeait pas les choses. Le nœud s'était resserré à nouveau, et elle regretta de ne pas avoir considéré le premier avertissement donné juste avant de placer la ceinture sur son buste. Avec ce lien supplémentaire, défaire le nœud était encore plus difficile. Impossible d'écarter les bras pour obtenir plus de marge de mouvement, impossible de saisir correctement le nœud !

Ses tentatives se multiplièrent de plus en plus rapidement, ne faisant qu'augmenter son angoisse, entraînant des tremblements, et réduire encore ses chances. Elle entendait maintenant quelqu'un monter les marches de l'escalier très discrètement. Sa panique s'amplifia, elle voulait fuir. Sa tête s'enfonça dans les épaules, elle se recroquevilla sous les draps aussi fort qu'elle le put. Les muscles du corps entier se contractaient pour se faire plus petite. Ses bras s'acharnaient sur le lien de ses poignets. Elle avait abandonné l'idée de défaire le nœud et tirait maintenant violemment dans tous les sens en espérant libérer une main. Mais le lien tenait bon.

Elle n'entendait plus que le bruit de son cœur et de sa respiration, l'ascension était terminée. Toute tremblante, elle tenta de s'immobiliser et contrôler sa respiration pour se faire la plus discrète possible. Son cœur battait si fort qu'elle crut qu'il la trahirait. Elle ne put non plus contenir ses tremblements nerveux, saccadés. Une énorme boule se forma dans sa gorge. Se libérer était impossible, la fuite par là même l'était aussi, elle n'espérait plus que se cacher, l'obscurité aidant. Elle voulait disparaître.

Chapitre 7

Tout avait disparu, seuls restaient les pas feutrés qui s'approchaient. Lentement, mais rien ne pouvait les arrêter, sûrement pas elle. Encore et encore, jusqu'à se trouver tout proche. Tétanisée, elle n'osait plus le moindre geste et retint même sa respiration. Le moindre son parvenait à ses oreilles très distinctement, un frottement de vêtements, quelque chose qu'on dépose sur la table de nuit, un petit tintement, de nouveau des frottements.

Elle sentit sur ses cheveux un contact, une caresse qui ne la rassura pas le moins du monde. Au contraire elle se contracta d'avantage, enfonçant son menton dans la poitrine, bloquant chacun des muscles de son cou. Elle luttait contre elle même mais ne put s'empêcher de déglutir avec un sanglot.

La main trouva le foulard de son bâillon. Elle y glissa rapidement tout le long pour frôler les lèvres, puis elle se posa sur son épaule, accompagnée d'une voix familière, mais inquiète :

"Chéri ça va ? Qu'est ce qu'il s'est passé ?"

Elle sanglota sans pouvoir se contrôler alors qu'elle le sentit s'asseoir près d'elle et passer sa seconde main sous son autre épaule, l'invitant à se redresser. Elle ne s'y opposa pas, mais n'arrivait pas à étendre ses membres, bloqués contre son corps. Des mots rassurants parvenaient à ses oreilles mais elle ne les entendait pas. Lentement, il l'aida de sa main à étendre ses jambes hors du lit. Elle ne savait plus comment réagir, son corps ne réagissait plus et se laissait guider.

Elle se retrouva assise sur le bord du lit à coté de lui, la tête largement baissée, les mains plaquées contre son dos, les jambes s'agrippant au rebord du lit. Elle sentit les mains se porter derrière la tête et dénouer un foulard. La pression sur les coins des lèvre se relâcha, puis le tissu glissa pour quitter sa bouche mais le second foulard restait en boule à l'intérieur. Elle sentit ensuite la pression sur ses yeux tomber, mais elle les ferma. Elle ne bougeait pas un muscle alors qu'il défit la ceinture et s'occupa de ses mains. Quelques mots comme "c'est tout" ou "c'est fini" lui parvenaient, mais ils n'avaient aucun effet sur elle.

Ses mains libérées, elle les garda croisées derrière le dos alors qu'il l'enlaçait. Puis revint la question sur la situation, plusieurs fois. Elle réussit à ouvrir péniblement les yeux, toujours baissés. Déjà pleinement habitués à l'obscurité, elle distingua tout à fait le buste de son compagnon, et n'osait pas regarder plus haut. Ses mains se décroisèrent lentement, glissèrent le long de son dos, et se recroisèrent derrière le siens.

Elle hésita un long moment, et se recula légèrement pour se libérer de son étreinte. Elle entrouvrit la bouche et porta timidement la main à ses lèvres, hésitantes. Elle fut interrompue par son compagnon qui lui saisit gentiment le poignet et glissa doucement deux doigts entre ses lèvres. Le foulard sortit en un morceau.

Face à lui, toujours tête baissée, en appui sur les bras, elle cherchait ses mots. Elle resta ainsi silencieuse un long moment. La main de son compagnon se posa sur la sienne, et elle réussit à desserrer les lèvre.

"C'est..."

Silence. Il n'y avait qu'on mot à dire, un mot qui occupait tout son esprit : "moi", mais si court soit-il, l'effort demandé était énorme. Elle prenait une inspiration, ouvrait la bouche mais était aussitôt envahie par la crainte, et rien ne sortait.

Ce fut lui qui brisa le long silence, un seul mot, "toi ?". Ce mot eut un effet immense sur elle. Elle se cacha immédiatement le visage dans ses mains en se détournant de lui et ne s'était jamais sentie aussi honteuse mais elle trouva la force de hocher la tête presque imperceptiblement.

Le temps parut interminable avant qu'elle ne sente son bras passer sur ses épaules. Chacun de ses mots emplissaient son esprit, rien d'autre n'existait. Il parlait doucement, mais ses propos ne la rassuraient pas.

"Tu sais j'ai trouvé des images sur ton ordinateur..."

Il marqua une pause. Sa honte s'amplifia encore.

"Je ne savais pas comment t'en parler, tu paraissait tellement gênée dès qu'on en faisait une allusion..."

Nouvelle pause, plus longue, interminable. Elle ne trouvait rien à répondre, son esprit était bien plus occupé à savoir ce qu'il pensait d'elle qu'à prendre part à la discussion. Il devait la prendre pour une masochiste ou pire, une folle. Le temps parut s'arrêter, le silence ce faisait de plus en plus pesant.

"Tu sais ce qu'on va faire ?"

Elle se voyait déjà en face d'un psychiatre. Comment va-t-elle lui faire comprendre qu'elle a eu beaucoup de plaisir cette nuit ?

"Pour aujourd'hui tu seras ma prisonnière, tu n'auras qu'à te laisser aller. Ça te va ?"

Elle ne savait plus quoi penser, mais ces derniers mots la sortirent de sa tourmente. Elle affronta son regard, mais ne put l'observer distinctement dans cette obscurité. C'est alors qu'elle aperçut sur la table de nuit un plateau, avec un petit déjeuner pour deux personnes tout prêt. Et juste à coté, son réveil indiquait 8h passées.

Elle se demanda qui eut ce matin la plus grande surprise, mais elle sut rapidement que la journée ne faisait que commencer lorsqu'elle vit son compagnon saisir le foulard qui enserrait ses poignets, et faire un nœud autour de l'un d'eux. Elle s'aperçut alors qu'elle avait toujours les jambes liées et qu'elles n'allaient peut-être pas retrouver leur liberté avant un moment. Un autre foulard s'enroula autour de son second poignet, et il lui demanda de s'asseoir sur le coussin qu'il avait décalé au milieu du lit.

Il lia ensuite les foulards à la tête du lit et elle se retrouva assise les bras écartés. Devant ses yeux, il essuyait comme il pouvait le foulard qui maintenait son bâillon, et l'appliqua sur ses yeux. Le tissu humide et frais caressait ses paupières. Elle testa ses nouveaux liens alors qu'il s'écartait, elle était bien prisonnière.

C'est ainsi qu'elle prit son premier repas de la journée, attachée mais libre, libérée de sa culpabilité et de sa honte.