John et Isabel
Publié : 02 févr. 2013, 18:31


Assise confortablement dans un fauteuil moelleux, Isabel attend patiemment l’heure de son rendez-vous. Elle aime arriver en avance pour s’imprégner des lieux, étudier le moindre recoin, et se faire une opinion de l’endroit. Cet hôtel, plein de charme, lui semble l’endroit idéal pour s’évader… un bien grand mot…
Dans son long manteau rouge, elle se sent bien, son bonnet et ses gants lui tiennent chaud. Son nez encore rougi par le froid montagnard, lui donne un air malicieux et ses joues rosées par la chaleur d’un feu de cheminée dans le petit salon de l’hôtel, lui donne involontairement l’air d’une gamine presque effrontée.
Ses lèvres brillantes et parfumées ont la couleur des cerises à croquer directement de l’arbre, Elle retire ses gants. Ses mains appuyées sur les accoudoirs, douces et fines, laissent apparaître des ongles fraîchement manucurés, et vernis discrètement. Voilà ce qu’elle aime être, discrète…
Et pourtant, lorsqu’elle est entrée dans ce petit hôtel de montagne, tous les regards se sont tournés vers elle, brillants tous à son passage. Ses longs cheveux bouclés, auburn, dépassant du bonnet de laine, font presque les fous dés qu’elle se tourne vers l’antre de la cheminée. Ses yeux sombres et maquillés regardent dans le vide, elle pense, et sourit, paisiblement installée…Le bois crépite, une douce musique meuble le silence de cette fin de journée. Le tic tac d’une grande horloge comtoise annonce dix huit heures. Isabel sait qu’il n’est pas loin…
Le soleil couchant rayonne encore au travers de la baie vitrée, ouvrant sur une vallée enneigée, un spectacle grandiose,…
Elle boit un thé, levant son bras légèrement à chaque gorgée, … il n’a d’yeux que pour elle.
Dans l’embrasure de la porte, John se tient, un semblant décontracté, mais tellement tendu. Il l’a reconnu entre toutes, même si la dernière fois, elle portait juste une robe d’été, cette fois, emmitouflée sous des épaisseurs de vêtements, John la trouve bien plus... captivante… Il se l’imagine déjà,… retirer son manteau et laissant découvrir un grand pull de laine douce angora. Il en aperçoit même le col roulé beige, dépassant du manteau rouge, rouge comme ses joues, … John ne peut se retenir plus longtemps. Sa respiration s’accélère, , il s’approche, se colle au dossier du fauteuil et se penche doucement, caressant la nuque d’Isabel du revers de la main. Sa bouche frôle ses cheveux et vient se coller à son oreille, pour lui indiquer fermement que le jeu commence…
Tournant à peine la tête, mais la penchant légèrement pour sentir encore la main de John sur elle, Isabel n’a plus qu’une envie,… elle retient son souffle quand il lui dit à voix basse que le jeu débute, lui indiquant le troisième chalet, chambre trente neuf.
Tous ses sens en alerte, trente neuf,… son corps vient sans aucun doute de les atteindre, elle sent les mains fermes de John sur ses bras, l’aidant à se lever.
Isabel et John vont côte à côte passant devant les clients de l’hôtel, aussi sérieux l’un que l’autre mais avec au fond d’eux même l’envie grandissante de franchir la porte de leur récréation préférée.
L’hôtel, quatre vieux chalets réunis, a gardé son allure montagnarde, boiseries extérieures et intérieures, sculptées, des portes en bois, dont les poignées sont d’anciens modèles rouillés. Des lanternes à chaque porte rendent l’atmosphère chaleureuse, et invitent à se promener dans les allées à peine déneigées en cette fin d’après midi. Dans ses bottes fourrées, Isabelle apprécie ces derniers instants de liberté, l’air vif et froid lui brûle les joues, et entrouvrant à peine la bouche, une mince vapeur s’échappe de celle-ci. John, lui, savoure de son côté, ce moment où elle a la possibilité de rebrousser chemin mais ne le fait pas.
Arrivés devant le chalet John lui ouvre la porte, et ils se dirigent à l’étage, traversant un couloir étroit, et montant des marches qui craquent à chaque pas. Numéro trente neuf, John ouvre la porte,…une chambre, immense, en lambris rustiques, décorée de doux tissus rouge et écru. Les poutres apparentes supportant l’age du chalet, sont décorées de bouquets de maïs séchés, de petits outils anciens, de crochets divers.
Isabel dépose son petit sac sur une chaise de bois à barreaux usés. Elle ne perd pas une miette du décor qui la fait frissonner, non pas de froid, mais de désir. Il fait bon, la petite cheminée répand de sa chaleur, l’odeur du bois rend la pièce chaleureuse. La nuit est tombée sur la vallée, John, laissant son gros sac devant la porte, tire les rideaux, et dans la pénombre allume une lampe de chevet. Il retire son duffle-coat, et s’assoie dans un fauteuil dont le tissu rouge vieilli par le temps lui donne malgré tout une fière allure. Isabel, retire ses gants de laine, puis son bonnet, ses cheveux s’étalent sur ses épaules, John regarde ses bottes, puis ses genoux, et doucement son regard suit les courbes de son corps, sous le long pull chaud dont le col roulé invite John à le dérouler … leurs yeux se croisent, enfin,… pour la seconde première fois.
Ils se regardent, s’étudient, se désirent, mais surtout, Isabel sait que les règles du jeu sont entre les mains de John. Elle attend, un seul plissement de ses yeux…
Un long silence, entrecoupé du crépitement du bois dans la cheminée, intensifie l’ambiance de l’instant. D’un signe de tête, il lui demande d’ouvrir son sac et d’ apporter le premier objet de son choix. Isabelle ne se fait pas prier, trop heureuse de choisir elle-même sa première contrainte, des menottes.
S’approchant de John, elle lui tend la paire, et se retourne en positionnant les mains dans son dos. Saisissant doucement ses poignets, il perçoit un frisson au bout de ses doigts, tout son corps répondant au sien. Le contact des menottes sur sa peau et le cliquetis qui s’en suit, lui font s’échapper un soupir lent. Lui saisissant plus fermement les bras, il la ramène à lui pour l’asseoir sur ses genoux.
Surprise, et s’attendant surtout à subir toutes ces douces tortures de la première fois, elle se laisse aller aux caresses de John, aussi douces que violentes. Rapides et inattendues. Elle a chaud dans son pull, mais John ne peut s’empêcher de dérouler son col, sur son visage. Un grand col qui une fois remonté, ne lui laisse aucune visibilité.
A l’étroit dans ce fourreau de laine, Isabelle commence à gesticuler. John sourit, si elle savait combien son déhanchement sur ses genoux lui est agréable…
Cela faisait des mois qu’il rêvait de cet instant avec Isabel. L’invitant à se lever, il va choisir les cordes dans son sac, sans oublier, ce qu’elle déteste le plus, le bâillon. L’approchant de son visage, Isabel comprend tout de suite ce qui lui arrive. Dans un mouvement ferme, il pousse cette boule rouge entre ses lèvres déjà recouverte par le col de laine, et boucle le lacet de cuir épais. S’assurant que la respiration était possible, il lui caresse les cheveux et le visage au travers du lainage, et lui souffle un air brûlant dans son cou, la faisant frémir et gémir.
Fin de la première partie