Page 1 sur 1

You live for Freedom, But Freedom is a lie

Publié : 18 sept. 2013, 18:29
par Bouya2
Bonsoir.
J'ai écris ce petit texte cet été. J'ai voulu tester un style différent, et aborder le ligotage d'une manière un peu plus absurde. J'avoue que je suis plutôt fier de ce que j'ai écris, et pourtant, je sais que c'est un texte auquel il faut s'accrocher un peu plus que par rapport à mes autres histoires.
Si ce petit prélude ne vous a pas fait fuir, bonne lecture :salut:

You live for Freedom, But Freedom is a lie

Elle était là. Elle avait toujours été là, du moins, d'aussi loin qu'elle s'en souvenait. Mais elle se souvenait peu. S'était-elle vraiment de toute éternité retrouvée ici ? Sans doute non. Mais comment en être sûre... Quoiqu'il en soit, elle se retrouvait là, incontestablement. Cette femme était là. Peu importe qu'elle l'ait voulu ou non. Si jamais elle avait désiré un jour ne pas s'y retrouver, dorénavant elle ne pouvait plus s'en aller.

Elle était là. La femme, belle, blonde, fine, couverte de poussière. Elle se tenait là, couverte de sa robe beige, jadis resplendissante, mais aujourd'hui déchirée et poussiéreuse. Elle demeurait là, sous son habit qui ne tenait plus, qui ne se retenait plus que par les cordes qui couvraient son corps. Sous son habit qui laissait ses épaules nues, sur lesquelles retombaient ses bouclette dorées, mais qui couvrait tout le tronc et les jambes de la même manière qu'un drap. Les cordes permettaient à la robe de rester ainsi. Les liens tenaient ce grand bout de tissu en passant au-dessus de la poitrine, sur le nombril, au-dessus des genoux, par-dessus les chevilles. Ces cordes, rien d'autre que des grossières cordes de chanvre, vieilles, mais encore si solides.

Elle était là, cette belle femme. Dans cette cour, dans cette toute petite cour rectangulaire. Elle était là, au centre de ses quatre murs grossiers et marrons. Dans cet espace au sol couvert de sable fin et de poussière. Dans cet espace cerné, mais néanmoins ensoleillé en permanence. Sans ombre, et donc brûlant. Même s'il y en aurait eu, elle n'aurait pas été capable de s'y rendre, au sein de la fraîcheur accueillante de ces ombres. Elle attendait là, elle ne pouvait pas être ailleurs, les cordes l'en empêchait.

Elle était là, contre ce rude et robuste poteau en bois. Les mains croisées derrière, les pieds, les jambes et le tronc accolés contre. Les cordes la maintenaient là, dans cette position, impossible de bouger, impossible de quitter le poteau. Seules les épaules et la tête, retombant sur la poitrine, en étaient légèrement éloignées. Elle ne bougeait pas, elle ne voulait pas bouger, et même si elle avait voulu les liens l'en aurait empêché.

Et elle était là. Ou plutôt, elles étaient là. Les deux inscriptions peintes en marron sur le mur, un marron si foncé qu'il se distinguait des briques. La première disait You live for Freedom, et la seconde complétait But Freedom is a lie. Elles étaient écrites là, ces deux inscriptions, ces deux graffitis, juste en face de la femme. Celle-ci n'aurait eu qu'à lever la tête pour les voir. Mais ce n'était pas la peine. D'aussi loin que la femme s'en souvenait, les deux inscriptions s'étaient toujours retrouvées ici, peintes en marron foncé sur le marron médian du mur en briques grossières. La femme avait toujours su ce qu'elles signifiaient. Elle avait toujours su qu'il s'agissait d'une langue nommée « l'anglais », et que ces phrases pouvaient se traduire dans une langue nommé « le français ». Elle avait toujours su que ces phrases voulaient dire Tu vis pour la Liberté / Mais la Liberté est un mensonge. Et pourtant, la femme ne se souvenait pas les avoir lu un jour, ni même avoir appris à lire. En fait, elle ne se rappelait pas avoir un jour lu. Elle ne se remémorait pas avoir un jour parlé l'une de ces langues, l'anglais ou le français. Et pour tout dire, elle n'avait même pas souvenir d'avoir un jour pensé dans une de ces deux langues, autrement que pour déchiffrer les inscriptions. En fait, cela faisait longtemps que la femme ne pensait plus par mots, mais simplement par images, sensations et vagues souvenirs.

Elle était là, et elle ne parlait jamais. Elle ne se rappelait pas comment faire, elle ne se souvenait pas d'en avoir eu un jour l'envie. Elle n'était pas bâillonnée, à quoi bon ne pas vouloir parler à un mur ? Elle restait donc silencieuse.

Elle était là, et la plupart du temps, elle ne se souvenait pas, et ne pensait pas. Elle attendait là, ligotée à son poteau et vêtue de son reste poussiéreux de robe. Elle demeurait là, à transpirer sous le Soleil impitoyable. Une goutte de sueur perla sur son front, se condensa, et se décrocha de la tête penchée vers le sol. La goutte éclata sur la poussière marron et jaune sombre. Voyant cette tâche d'humidité sur ce sol si aride, une infime pensée traversa enfin l'esprit de la femme : cela faisait longtemps qu'elle était retenue attachée en plein soleil, et pourtant il ne lui semblait pas qu'on lui ai donné une seule fois à boire. Pourtant, elle ne souffrait pas de la soif. Ce petit événement suffit à remettre en marche son sens de la logique. Si elle avait été ligotée ici d'aussi loin qu'elle se souvienne, et que d'aussi loin le Soleil avait toujours dardé ses rayons sur cette petite cour aride, alors elle aurait dû être morte.

Elle était là, et elle se demandait ce qu'était la mort. Si elle pouvait mourir, elle était donc en vie. Elle se savait en vie. Mieux, elle avait la certitude d'être jeune. Puisqu'elle était jeune, elle deviendrait vieille, et surtout il y eut un jour où elle avait dû être très jeune, peut-être même enfant. Soit quelquechose l'avait soit maintenue prisonnière depuis toujours ici, et s'était assurée qu'elle reste vivante. Soit elle avait grandi ailleurs, et quelquechose qui la maintenait en vie l'avait enfermée ici, sans qu'elle ne se souvienne de quand ceci s'était déroulé.

Elle était là, et pour la première fois depuis longtemps, elle releva la tête. Elle tenta de fixer le Soleil, celui qui la faisait transpirer, celui qui lui avait redonné ses capacités de réflexion. Mais les éclats brûlants de l'astre insensible la forcèrent à détourner le regard. Elle demeurait là, et fixait maintenant le ciel. Le ciel si bleu. Elle ne l'avait jamais connu que bleu.

Elle était là, et elle se rendit soudainement compte qu'elle ne connaissait que trois couleurs. Le bleu du ciel. Le jaune du sable, de ses boucles de cheveux et du Soleil. Et surtout ce maudit marron, présent sous toutes ses nuances, dans les inscriptions foncées, dans les murs en briques grossières, dans les cordes claires en chanvres, dans le tissu beige de sa robe.

Elle était là, et deux souvenirs revinrent du plus profond de son être. Deux souvenirs dont la cour rectangulaire et aride l'avait privé. Elle avait des réminiscences d'une chose nommée « nuit », lorsque le ciel quittait son bleu si beau pour revêtir un autre bleu, beaucoup plus sombre et percé de milliers de petits points blancs scintillants. Elle se souvenait d'une deuxième chose, nommée « vent », une vague sensation de mouvement sur sa peau, alors que l'air de la cour était parfaitement sec et immobile.

Elle était là, et oui, les souvenirs et la logique combinés, pour la première fois depuis toujours, l'amenèrent à une autre certitude que les murs, la cour, le sable sur le sol, les cordes, le poteau et les inscriptions. Une certitude dont elle n'avait plus le souvenir, mais qu'elle savait avoir connu. Elle n'était pas ici de toute éternité. Elle avait vécu ailleurs. Mais où ?

Elle était là, et une impression se faisait de plus en plus précise. Non pas son précédent lieu d'habitation. C'était le souvenir d'un être vivant. D'un homme. D'un homme divinement beau. Elle se souvenait, elle essayait de se souvenir. Elle ne parvenait pas à retrouver où ils s'étaient rencontré. Ni comment. Elle ne se souvenait pas non plus de comment tout avait commencé. Par contre, elle croyait se rappeler du plaisir. Oui, c'était ça, du plaisir. Du plaisir et des cordes.

Elle était là, attachée à son poteau, et se remémorait. Au départ c'était un jeu. L'homme divinement beau jouait avec elle. Il la ligotait, et lui procurait un bonheur intense. Elle se souvenait de foulards de soie, et de séances de bondage sur des canapés. Elle se rappelait également du goût de ses lèvres, et des folles nuits qu'ils avaient passés ensemble.

Elle était là, et elle avait de plus en plus de mal à se souvenir. Comment tout avait-il dérapé ? Comment avait-elle échoué là, dans cette cour aride, attachée au poteau avec des cordes de chanvres, au milieu de ces quatre murs et en face des inscription ? Tout s'échappait, tout retournait au néant.

Elle était là, et elle ne se souvenait plus. Elle n'essayait plus de retrouver des traces de sa mémoire. Elle n'en avait pas envie. Elle ne savait plus qu'elle en avait eu envie, à peine douze minutes auparavant. Elle avait toujours été là, attachée au poteau, au milieu du sable, au milieu des quatre murs qui formaient la cour, face aux inscriptions, dans cet univers marron, sous ce ciel éternellement bleu et ce soleil qui dardait ses rayons desséchants. Sa tête retomba sur sa poitrine. Elle était là, et elle ne pensait plus.

Elle n'était plus là. La femme n'était plus vraiment une, ni vraiment là. Son corps, respirant et transpirant était toujours attaché au poteau. Son âme, son esprit, s'était endormi. Elle ne pensait pas, elle ne se souvenait pas, elle ne ressentait pas, elle n'éprouvait aucune envie. Son corps veillait, son esprit dormait.

Elle était là et n'était plus là à la fois. Mais lui allait être là. L'homme divinement beau pénétra dans la petite cour rectangulaire aride, par une porte, marron comme les murs de briques grossières. Comme toujours, il passait par cette porte, installée derrière le poteau, au seul endroit où la femme ne pouvait pas tourner la tête. Comme toujours, l'homme avait attendu ce moment, celui où cette femme, sa propriété, ne se rendait plus compte de rien, et dont elle ne garderait aucune mémoire. Comme toujours, il détacha le corps de la femme, et l'entraîna avec lui par la porte. Là, comme toujours, il l'alimenterait, l'hydraterait, ferait travailler ses muscles, la laverait, entretiendrait sa beauté. Comme toujours, il entretiendrait son corps, ses muscles, ses veines, sa peau, afin qu'elle ne tombe jamais malade. Comme toujours, il l'étendrait sur un lit, après lui avoir fait avaler des somnifères, pour qu'elle dorme durant la nuit. Ensuite, comme toujours, alors que la femme dormirait encore, il la prendrait, la ramènerait dans la petite cour rectangulaire aride, et l'attacherait au poteau avec les vieilles cordes en chanvre. Et comme toujours, il se déroberait par la porte cachée, et la femme ne se réveillerait qu'une fois le Soleil haut et le ciel bleu. Comme toujours, elle ne se serait rendu compte de rien, et ne garderait aucun souvenir de la période où son esprit avait perdu connaissance. Pour elle, comme toujours, il ne resterait que la cour, le sable, le poteau, les cordes, les quatre murs, les inscriptions, la robe beige, le ciel bleu et le soleil brûlant. Comme toujours, elle se souviendrait d'avoir été ligotée ici de toute éternité, et de rien d'autre.

Elle était là, elle sera là. Hier elle était là, aujourd'hui elle est là, demain elle sera là. Elle a été, est, et sera là de toute éternité.

Re: You live for Freedom, But Freedom is a lie

Publié : 19 sept. 2013, 12:37
par dark gentleman
C'est tout à ton honneur de vouloir tester un style différent, et c'est plutôt réussi.
On sent bien la dualité entre une réalité monstrueuse et un univers plus imaginaire, plus fantastique. Est-elle vivante? Est-elle morte? Est-ce le diable? On ne sait pas et je doute que tu veuilles nous le dire :sifflote:

Continue dans cette voie.

Re: You live for Freedom, But Freedom is a lie

Publié : 19 sept. 2013, 14:51
par Emma
J'aime bien aussi. la lecture est facile. C'est à la fois fluide et répétitif, De quoi s'imprégner des sensations , de quoi se les imaginer :bravo:

Re: You live for Freedom, But Freedom is a lie

Publié : 14 nov. 2013, 18:12
par Harajuku
C'est l'esprit de "Bouya le kidnappeur qui retient une fille en otage" qui a écrit ce texte ! :D

En tout cas c'est très bien écrit ! :admire:

Re: You live for Freedom, But Freedom is a lie

Publié : 15 nov. 2013, 06:33
par caroline
Le style est là...
:bravo:

Quant au fond...je n'en ferai pas ma lecture favorite.
J'ai essayé de relire mais ..brrrrrrr
C'est trop trippant, trop noir pour moi
:shock:

Re: You live for Freedom, But Freedom is a lie

Publié : 30 déc. 2013, 15:58
par Karamel
C'est obnubilant comme style, la fin vient presque casser le mythe. C'est vrai ? C'est pas vrai ? C'est réel ? C'est fantastique ? C'est l'éternité ou une demi heure ? Et puis là la réponse, retour à une réalité qui n'existe pas.

Très réussi en tout cas, on (je) se demande ce qui se passe jusqu'au dénouement (qui n'en est pas un :boufon: )

Re: You live for Freedom, But Freedom is a lie

Publié : 30 déc. 2013, 16:13
par Ishtar
Moi j'aime bien...je ne ferai pas de grand discours sur ton style etc vu que je suis "nulle" en littérature mdr
:bravo:

Re: You live for Freedom, But Freedom is a lie

Publié : 31 déc. 2013, 00:05
par Emma
Tiens Ishtar, ça me rappelle une jeune fille qui lisait peu et s interessait pas vraiment à la litterature. Il y a de cela 6ans. Aujourd'hui elle est prof de litté et donne des cours chez Acadomia ! :lol:

Re: You live for Freedom, But Freedom is a lie

Publié : 31 déc. 2013, 04:50
par Bouya2
Être nulle en littérature ça ne veut rien dire. La seule personne qui est nulle en littérature, c'est celle qui ne sait pas lire.
N'importequi qui sait lire un texte, et qui le comprend, fait déjà des avancées dans la littérature. Le seul bon jugement, en fait, c'est celui du lecteur.
Donc, quoique tu juges, tant que tu as compris le texte, c'est forcément un bon jugement. Donc c'est forcément un jugement de qualité dans la littérature ;)
D'ailleurs, comme l'a fait remarquer Emma, c'est possible de se mettre à la litté en tant que prof.

Je ne sais pas si j'ai été clair. :?:

Re: You live for Freedom, But Freedom is a lie

Publié : 31 déc. 2013, 07:17
par Ishtar
Emma a écrit :Tiens Ishtar, ça me rappelle une jeune fille qui lisait peu et s interessait pas vraiment à la litterature. Il y a de cela 6ans. Aujourd'hui elle est prof de litté et donne des cours chez Acadomia ! :lol:
J'aime lire mais je ne saurais me permettre de dire que ce texte est bien écrit ou pas .... la littérature c'est une appréciation de gout sur le fond mais sur la forme dslée mais ce n'est pas vraiment mon domaine lol
Bouya2 a écrit :Être nulle en littérature ça ne veut rien dire. La seule personne qui est nulle en littérature, c'est celle qui ne sait pas lire.
N'importequi qui sait lire un texte, et qui le comprend, fait déjà des avancées dans la littérature. Le seul bon jugement, en fait, c'est celui du lecteur.
Donc, quoique tu juges, tant que tu as compris le texte, c'est forcément un bon jugement. Donc c'est forcément un jugement de qualité dans la littérature
D'ailleurs, comme l'a fait remarquer Emma, c'est possible de se mettre à la litté en tant que prof
Être nulle en littérature ça ne veut rien dire
je te trouve un peu tranchant des fois Bouya^^ J'ai quand mis "nulle" dans mon post entre guillemets me semble-t'il. lol même si la phrase après relecture me parait mal appropriée à ce que je voulais vraiment dire

Je suis en partie d'accord avec toi du coup je vais ajouter ceci:
J'aime bien ton texte, j'aime bien la répétition "elle était là" je trouve que ça donne un côté encore plus sombre à ton histoire, une certaine détresse à ton perso

Après est ce que tu as bien fait de faire comme ca? ça aurait pu avoir un autre impact si tu l'avais fait "se parler à elle même" au lieu d'employer la troisième personne...

Pour moi tout ceci fait partie de la forme d'un ouvrage .
Mais est ce qu'il ne faut pas écrire soit même avant de de se permettre de faire une critique sur la forme?

Désolée certains trouveront peut être ça idiot mais:

"Tu aimes ou tu n'aimes pas, tu peux argumenter sur les choses que tu sais mais sur celles que tu ne sais pas abstiens toi, écoute, apprend!"