Anna : 48 heures dans un sous-sol – Reportage qui tourne mal à Marseille

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ewtuning
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Anna : 48 heures dans un sous-sol – Reportage qui tourne mal à Marseille

Message par ewtuning »

6h30 – Vieux-Port
Anna Lee cale ses bottes en cuir noires, remonte sa jupe en jean, ajuste son pull noir. Tenue de terrain. Sujet pour Mediapart : « Les nourrices du 3e arrondissement ». Des apparts transformés en planques pour la drogue. Un indic lui a promis l’accès à un « frigo », un appartement où la marchandise dort avant livraison.
Rendez-vous : sous-sol d’un immeuble délabré, boulevard National. « Tu viens seule. Tu filmes pas. Tu notes. »
6h52 – La porte se ferme
L’indic n’est pas là. Trois types, cagoules, gants. Un sent le gasoil, l’autre la cigarette froide.
« T’es la journaliste ? »
Anna n’a pas le temps de répondre. On la plaque contre le mur moisi. Serflex aux poignets, dans le dos. Genoux à terre. Un autre Serflex aux chevilles. Un torchon de cuisine, goût de javel, enfoncé dans la bouche. Scotch d’emballage marron, six tours autour de la tête. Bâillonnée. Ligotée.
« Ton indic, il parle trop. Toi aussi. Maintenant tu te tais. »
On la traîne dans une pièce sans fenêtre. Matelas au sol, odeur d’urine, deux sacs de sport remplis de poudre.
7h10 – Séquestrée
On l’assoit sur une chaise en fer, on la rattache : scotch autour du torse, des cuisses, des bottes, contre la chaise. Elle est bloquée. Elle ne voit plus que le mur.
Deux autres femmes sont là, dans le coin. 20 et 35 ans. Même traitement. Cocons de scotch. Elles pleurent sous leur bâillon. Anna comprend : ce sont les « nourrices ». Elles gardent la came. Maintenant elles gênent.
Un des types pose son téléphone devant Anna. Appel vidéo.
« Allô, Mediapart ? Votre journaliste, elle est là. 500 000 euros. Sinon on la découpe. »
Il raccroche. Il recoupe le bâillon d’Anna pour être sûr. Le scotch lui prend le nez à moitié. Elle étouffe, se débat, la chaise bascule. Elle tombe sur le côté. Épaule contre béton. Elle reste là.
Jour 1 – 14h00
Chaleur. 35°C. Pas d’eau. Le pull colle. La jupe colle. Les bottes sont des fours. Sous le scotch, la peau macère. Les types partent, reviennent, fument, jouent aux cartes. Ils laissent la lumière allumée. Jamais le noir complet. Jamais le silence.
La nuit, ils les détachent de la chaise mais pas les liens. Anna dort par terre, sur le côté, ligotée, bâillonnée. Chaque heure, un des types vérifie les bâillons. Il appuie dessus. « Respire par le nez, hein. Sinon tu crèves. »
Jour 2 – 02h30
Anna n’en peut plus. Déshydratée. Elle tape du talon contre le sol. Tac. Tac. Tac. S.O.S. Une des nourrices comprend. Elle répond pareil. Les types dorment.
Au bout de 20 minutes, une voisine du dessus appelle la police pour « bruit ». Patrouille. Les types entendent les sirènes dehors. Panique.
« On les bute ou on se casse ? »
« On se casse. Sans elles. »
Ils sortent par les caves. Laissent les trois femmes ligotées, bâillonnées, par terre.
Jour 2 – 03h05 – BRI
La porte saute. « POLICE ! »
Lampes torches. Un lieutenant voit Anna. Il se met à genoux. « Madame, on arrive. Je coupe. »
Couteau de sécurité. Il tranche le scotch de la tête. L’air entre d’un coup. Anna vomit de la salive et du sang. Il coupe les Serflex. Ses mains sont noires. Il coupe le scotch du torse, des jambes. La jupe vient avec. La peau est à vif.
Les deux autres femmes sont libérées. L’une fait une crise de tétanie. L’autre hurle dès qu’on lui enlève le bâillon.
6h00 – Hôpital Nord
Perf, pommade, psy. Anna a les poignets en sang, les chevilles marquées, les lèvres éclatées par le scotch. 48 heures.
Le commissaire entre : « On les a eus sur les quais. Grâce au bruit. Votre S.O.S. a marché. »
Une semaine plus tard – Mediapart
Photo une : un rouleau de scotch marron, vide, posé sur une chaise en fer. Titre :
« Ligotée, bâillonnée 48 heures : j’étais la garantie d’un frigo marseillais »
Anna raconte la chaleur, le goût de javel du torchon, le bruit du scotch qu’on arrache, les bottes qui ne s’enlèvent pas pendant deux jours.
Dernière ligne :
« Ils m’ont ligotée pour que je me taise. Ils m’ont bâillonnée pour que je n’appelle pas. Ils ont oublié qu’un talon qui tape sur du béton, ça parle aussi. La BRI a entendu. Moi, j’écris. Pour que les deux nourrices, qui n’avaient pas choisi d’être là, soient entendues aussi. »

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