Instantanné
Publié : 26 avr. 2015, 07:54
En s'approchant de la baie ouverte, Charles frotta le fruit contre sa manche . Brillant de reflets acidulés , il attendait de se faire croquer . Sous la peau , on pouvait déjà deviner son goût fruité à peine sucré croquant et juteux. Charles imaginait une bouchée fondre entre ses dents à mesure qu'il mâchait en laissant le jus se répandre sur sa langue . La pomme étincelait et reflétait les premiers rayons du soleil . Malgré la chaleur annoncée , la rosée du matin enveloppait encore l'épaisse végétation du jardin. Il laissa ses pensées se libérer en contemplant le fruit au creux de sa main.
« La destinée du fruit est de se faire croquer , tandis que celle de la fleur est de se faner . Mignonne, Ronsard aurait-il pu se tromper ? »
Le gazouillis d'un chardonneret interrompit ses pensées qui virent se poser sur la branche , à côté. L'effronté récidiva , comme un appel . Un appel à lâcher toutes affaires cessantes . Cesser de penser , cesser de raisonner et commencer à vibrer. L'oiseau tournait la tête à gauche puis à droite , choisissant son meilleur point de vue pour l'observer. Amarré au fruit dans sa paume , seul son regard semblait en mesure de suivre cet instant. Le passereau déploya ses ailes et passa son chemin , laissant Charles à la solitude du matin.
Charles se retourna , porta le fruit à sa bouche en posant son regard sur Fleur. Suspendue entre deux temps , son corps tanguait lentement . Un mobile immobile , les cordes dessinaient sur sa peau des arabesques enveloppantes. Les premiers arômes du fruit envahirent sa bouche. Il se laissa porter par cette acidité évanescente qui, insaisissable, roulait sur sa langue.
Il ne pouvait, au bruit de ses gémissements, deviner s'il s'agissait d'anciennes blessures non pansées , ou bien de jouissances de l'instant présent. Il ne lui aurait fallu qu'un mot d'elle pour la libérer, un seul mot, mais elle en semblait si éloignée ... Cela laissait penser à Charles qu'elle était absente , au moins par ses pensées . Bien sur, son corps se révoltait contre cette étreinte mais non pour tenter de s'extraire du nouage réalisé . On aurait dit, plutôt, qu'elle tentait de s'y heurter.
La bouchée du fruit avait rendu tout son jus , ne restait alors que la pulpe , que Charles avala goulûment, ne laissant sur sa langue que l'amertume de la pomme croquante .Par la baie , timidement, la lumière du matin prenait place , cherchant plus hardiment à caresser la peau de Fleur . Comme le fruit, son corps s'enluminait . Comme le chardonneret , il s'égosillait. Il se remémora son discours :
« Devant toi, je veux me sentir plus nue que nue »
La nudité à nu , le corps immobile et suspendu , comme un fruit qui attend d'être cueilli . Aussi nue que le fruit mur porté à ses lèvres . L'étrange vérité . Infâme travail de la pensée qui nous incite à échapper au temps présent . La pomme croquée avait désormais moins de charme . Elle se révélait dans toute son impureté. Le corps de fleur lui, se suspendait encore à la branche , plein de promesses et d'espérances .
simplement une image en tête qui demandait à s'exprimer
« La destinée du fruit est de se faire croquer , tandis que celle de la fleur est de se faner . Mignonne, Ronsard aurait-il pu se tromper ? »
Le gazouillis d'un chardonneret interrompit ses pensées qui virent se poser sur la branche , à côté. L'effronté récidiva , comme un appel . Un appel à lâcher toutes affaires cessantes . Cesser de penser , cesser de raisonner et commencer à vibrer. L'oiseau tournait la tête à gauche puis à droite , choisissant son meilleur point de vue pour l'observer. Amarré au fruit dans sa paume , seul son regard semblait en mesure de suivre cet instant. Le passereau déploya ses ailes et passa son chemin , laissant Charles à la solitude du matin.
Charles se retourna , porta le fruit à sa bouche en posant son regard sur Fleur. Suspendue entre deux temps , son corps tanguait lentement . Un mobile immobile , les cordes dessinaient sur sa peau des arabesques enveloppantes. Les premiers arômes du fruit envahirent sa bouche. Il se laissa porter par cette acidité évanescente qui, insaisissable, roulait sur sa langue.
Il ne pouvait, au bruit de ses gémissements, deviner s'il s'agissait d'anciennes blessures non pansées , ou bien de jouissances de l'instant présent. Il ne lui aurait fallu qu'un mot d'elle pour la libérer, un seul mot, mais elle en semblait si éloignée ... Cela laissait penser à Charles qu'elle était absente , au moins par ses pensées . Bien sur, son corps se révoltait contre cette étreinte mais non pour tenter de s'extraire du nouage réalisé . On aurait dit, plutôt, qu'elle tentait de s'y heurter.
La bouchée du fruit avait rendu tout son jus , ne restait alors que la pulpe , que Charles avala goulûment, ne laissant sur sa langue que l'amertume de la pomme croquante .Par la baie , timidement, la lumière du matin prenait place , cherchant plus hardiment à caresser la peau de Fleur . Comme le fruit, son corps s'enluminait . Comme le chardonneret , il s'égosillait. Il se remémora son discours :
« Devant toi, je veux me sentir plus nue que nue »
La nudité à nu , le corps immobile et suspendu , comme un fruit qui attend d'être cueilli . Aussi nue que le fruit mur porté à ses lèvres . L'étrange vérité . Infâme travail de la pensée qui nous incite à échapper au temps présent . La pomme croquée avait désormais moins de charme . Elle se révélait dans toute son impureté. Le corps de fleur lui, se suspendait encore à la branche , plein de promesses et d'espérances .
simplement une image en tête qui demandait à s'exprimer