La leçon de piano
Publié : 26 févr. 2020, 01:33
Depuis quelques minutes elle avait cessé de se débattre et de gémir sans pour autant cesser de respirer bruyamment. Il était temps de comprendre ce qu'elle faisait ici à cette heure.
- Béatrice?
- Monsieur?
- Enlevez-lui le bâillon, j'aimerais lui parler.
- Très bien monsieur.
- Et restez derrière elle. Si elle crie, vous le lui remettez aussitôt.
Notre gouvernante entreprit alors de défaire le foulard qu'elle avait elle-même noué un peu plus tôt en travers de la bouche de cette malheureuse, trop serré j'imagine - elle serre toujours trop - mais qui a le mérite de ne pas se détendre sur la durée et de rester efficace longtemps. Un bâillon qui ne réduirait la personne au silence que quelques minutes serait d'un intérêt moindre...
- Vous n'allez pas crier Sophie, n'est-ce pas?
- Non
- Allons, allons! Nous sommes entre nous. Pas la peine de chuchoter: j'entends à peine ce que vous dites. Vous pouvez parler.
- Non.
Bien. Cette fois, c'était audible. Nous allions pouvoir discuter.
- J'en suis heureux. Mais attention: Béatrice se tient juste derrière la chaise sur laquelle vous êtes attachée et - non, le blanc plutôt - au moindre signe de ma part elle vous enfoncera un bâillon-boule dans la bouche. Vous ne pouvez pas le voir avec ce bandeau sur vos yeux mais je vous garantis qu'il vous empêchera de crier, suis-je clair?
- Oui monsieur.
- Très bien. Maintenant, j'aimerais savoir ce que vous faites ici. Sauf erreur, le cours de piano de ma chère épouse avait lieu ce matin. Comment se fait-il que vous soyez là? Expliquez-moi ça, en détail s'il vous plaît.
- Je...
Il lui fallut quelques secondes avant de commencer à raconter, le temps de reprendre sa respiration, avaler sa salive, quelques instants d'épargnés pour se trémousser sur sa chaise. Oh, elle pouvait essayer mais j'étais sûr que ses chevilles attachées à chaque pied de la chaise ou ses poignets au dossier ne bougeraient pas: à son habitude Béatrice avait utilisé plus de cordes qu'il n'en faut, multipliant les tours et les noeuds.
- Oui?
- Je... Et bien, oui, je suis venue ce matin pour la leçon de piano de votre femme, nous avons joué deux heures comme d'habitude et... S'il vous plaît, monsieur, je suis désolée, mais est-ce bien nécessaire de m'attacher comme ça? Est-ce qu'au moins vous pourriez m'ôter ce bandeau?
- Nous verrons plus tard. Continuez.
- Mais, je...
- Béatrice. Le bâillon.
Aussitôt je la vis lever les mains, une sangle dans chaque main, prête à la faire taire.
- Non, non. S'il vous plaît, pas ça. Je vous raconte.
Je levai l'index pour l'arrêter, déçue.
- J'avais apporté tout plein de partitions, elle progresse beaucoup en ce moment et je voulais qu'elle puisse choisir un morceau qui lui plairait. Malheureusement en partant j'en ai oublié plusieurs ici et je ne m'en suis rendu compte que cet après-midi. Après ma dernière leçon, j'ai donc voulu passer les récupérer. J'ai sonné à la porte mais personne n'est venu ouvrir. Pourtant la voiture de votre épouse était garée là et elle avait laissé entendre qu'elle restait vous attendre toute l'après-midi. J'ai sonné encore et puis j'ai essayé d'ouvrir: ce n'était pas fermé à clé. Alors
- Alors vous êtes entrée. Comme ça.
- Non. Enfin oui mais je voulais uniquement récupérer mes partitions.
- Donc vous rentrez, comme si c'était chez vous.
- Je suis désolée, sincèrement. Vous avez complètement raison, j'aurais dû attendre...
- Et?
- J'ai appelé mais comme personne ne répondait j'ai rejoint le salon, j'étais tellement sure que les partitions s'y trouvaient. C'est alors que j'ai entendu ce bruit.
- Quel bruit?
- Vous savez: MMmmm Mmmm! Après le salon, au bout du couloir. J'ai appelé: Madame! C'est Sophie! Vous êtes là? Et le MMMmm a recommencé. Je me suis avancée. Vous êtes là? Ca venait du bureau, ce que je croyais être un bureau. Je suis entrée en demandant si tout allait bien et je l'ai trouvée là, enfin presque. La pièce était quasiment vide pour tout dire, sauf ce grand sac noir par terre qui remuait et d'où s'échappaient les gémissements que j'avais entendus. Oh, mon dieu! Madame! J'ai aussitôt compris que c'était elle qui était enfermée là-dedans. Je me suis précipitée en m'agenouillant pour la libérer. Mes mains tremblaient si bien qu'il m'a fallu du temps pour trouver la fermeture éclair et commencer à l'ouvrir. Avec un peu de calme, j'y suis arrivée mais quelle surprise. J'avais cru que... en fait, je ne sais pas ce que j'ai pu imaginer: on l'avait revêtue d'une sorte de maillot de bain ou body à manches longues, tout noir, zippé jusqu'au cou, par dessus des collants satinés clairs, autant dire rien à voir avec ses tenues habituelles, et attachée avec de l'adhésif gris. Les poignets, les chevilles, les genoux et aussi deux larges bandes qui faisaient le tour de sa poitrine, au dessus et au dessous des seins. L'une de ces bandes faisait le tour de sa taille en passant par dessus ses avant-bras: ça lui gardait les bras collés au corps. Elle était bâillonnée aussi, avec de l'adhésif, beaucoup d'adhésif, qui faisait tout le tour de sa tête, de la base du nez jusqu'au menton, comme si un ou deux morceaux appliqués sur la bouche n'avaient pas suffi à la faire...
- Ah, bon? Quelqu'un vous aurait-il déjà bâillonnée, Sophie?
- Je... euh...
- Béatrice?
- Monsieur?
- Enlevez-lui le bâillon, j'aimerais lui parler.
- Très bien monsieur.
- Et restez derrière elle. Si elle crie, vous le lui remettez aussitôt.
Notre gouvernante entreprit alors de défaire le foulard qu'elle avait elle-même noué un peu plus tôt en travers de la bouche de cette malheureuse, trop serré j'imagine - elle serre toujours trop - mais qui a le mérite de ne pas se détendre sur la durée et de rester efficace longtemps. Un bâillon qui ne réduirait la personne au silence que quelques minutes serait d'un intérêt moindre...
- Vous n'allez pas crier Sophie, n'est-ce pas?
- Non
- Allons, allons! Nous sommes entre nous. Pas la peine de chuchoter: j'entends à peine ce que vous dites. Vous pouvez parler.
- Non.
Bien. Cette fois, c'était audible. Nous allions pouvoir discuter.
- J'en suis heureux. Mais attention: Béatrice se tient juste derrière la chaise sur laquelle vous êtes attachée et - non, le blanc plutôt - au moindre signe de ma part elle vous enfoncera un bâillon-boule dans la bouche. Vous ne pouvez pas le voir avec ce bandeau sur vos yeux mais je vous garantis qu'il vous empêchera de crier, suis-je clair?
- Oui monsieur.
- Très bien. Maintenant, j'aimerais savoir ce que vous faites ici. Sauf erreur, le cours de piano de ma chère épouse avait lieu ce matin. Comment se fait-il que vous soyez là? Expliquez-moi ça, en détail s'il vous plaît.
- Je...
Il lui fallut quelques secondes avant de commencer à raconter, le temps de reprendre sa respiration, avaler sa salive, quelques instants d'épargnés pour se trémousser sur sa chaise. Oh, elle pouvait essayer mais j'étais sûr que ses chevilles attachées à chaque pied de la chaise ou ses poignets au dossier ne bougeraient pas: à son habitude Béatrice avait utilisé plus de cordes qu'il n'en faut, multipliant les tours et les noeuds.
- Oui?
- Je... Et bien, oui, je suis venue ce matin pour la leçon de piano de votre femme, nous avons joué deux heures comme d'habitude et... S'il vous plaît, monsieur, je suis désolée, mais est-ce bien nécessaire de m'attacher comme ça? Est-ce qu'au moins vous pourriez m'ôter ce bandeau?
- Nous verrons plus tard. Continuez.
- Mais, je...
- Béatrice. Le bâillon.
Aussitôt je la vis lever les mains, une sangle dans chaque main, prête à la faire taire.
- Non, non. S'il vous plaît, pas ça. Je vous raconte.
Je levai l'index pour l'arrêter, déçue.
- J'avais apporté tout plein de partitions, elle progresse beaucoup en ce moment et je voulais qu'elle puisse choisir un morceau qui lui plairait. Malheureusement en partant j'en ai oublié plusieurs ici et je ne m'en suis rendu compte que cet après-midi. Après ma dernière leçon, j'ai donc voulu passer les récupérer. J'ai sonné à la porte mais personne n'est venu ouvrir. Pourtant la voiture de votre épouse était garée là et elle avait laissé entendre qu'elle restait vous attendre toute l'après-midi. J'ai sonné encore et puis j'ai essayé d'ouvrir: ce n'était pas fermé à clé. Alors
- Alors vous êtes entrée. Comme ça.
- Non. Enfin oui mais je voulais uniquement récupérer mes partitions.
- Donc vous rentrez, comme si c'était chez vous.
- Je suis désolée, sincèrement. Vous avez complètement raison, j'aurais dû attendre...
- Et?
- J'ai appelé mais comme personne ne répondait j'ai rejoint le salon, j'étais tellement sure que les partitions s'y trouvaient. C'est alors que j'ai entendu ce bruit.
- Quel bruit?
- Vous savez: MMmmm Mmmm! Après le salon, au bout du couloir. J'ai appelé: Madame! C'est Sophie! Vous êtes là? Et le MMMmm a recommencé. Je me suis avancée. Vous êtes là? Ca venait du bureau, ce que je croyais être un bureau. Je suis entrée en demandant si tout allait bien et je l'ai trouvée là, enfin presque. La pièce était quasiment vide pour tout dire, sauf ce grand sac noir par terre qui remuait et d'où s'échappaient les gémissements que j'avais entendus. Oh, mon dieu! Madame! J'ai aussitôt compris que c'était elle qui était enfermée là-dedans. Je me suis précipitée en m'agenouillant pour la libérer. Mes mains tremblaient si bien qu'il m'a fallu du temps pour trouver la fermeture éclair et commencer à l'ouvrir. Avec un peu de calme, j'y suis arrivée mais quelle surprise. J'avais cru que... en fait, je ne sais pas ce que j'ai pu imaginer: on l'avait revêtue d'une sorte de maillot de bain ou body à manches longues, tout noir, zippé jusqu'au cou, par dessus des collants satinés clairs, autant dire rien à voir avec ses tenues habituelles, et attachée avec de l'adhésif gris. Les poignets, les chevilles, les genoux et aussi deux larges bandes qui faisaient le tour de sa poitrine, au dessus et au dessous des seins. L'une de ces bandes faisait le tour de sa taille en passant par dessus ses avant-bras: ça lui gardait les bras collés au corps. Elle était bâillonnée aussi, avec de l'adhésif, beaucoup d'adhésif, qui faisait tout le tour de sa tête, de la base du nez jusqu'au menton, comme si un ou deux morceaux appliqués sur la bouche n'avaient pas suffi à la faire...
- Ah, bon? Quelqu'un vous aurait-il déjà bâillonnée, Sophie?
- Je... euh...