[Fiction] Joe
Publié : 13 juil. 2009, 04:00
Salutations à toutes et à tous, je vous propose ici l'histoire que j'ai commise et que certains ont probablement déjà lue sur les forums de Canuck ou BDS Area. Après tout vous avez aussi le droit de la lire.
Comme il s'agit de mon premier récit du genre, n'hésitez paspas à intervenir, faire des remarques quelles qu'elles soient, râler...
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Deux heures que son chapeau gouttait mollement sur le macadam. Deux heures que le ventre de Joséphine (petite rousse pétulante aux longs cheveux raides, au regard de jade, au visage égayé par quelques taches de rousseur et une silhouette aux seins fermes hauts perchés) ou Joe pour ceux qui n'aimaient pas perdre leur temps avec un prénom si compliqué, réclamait son dû.
Et elle ne sortait toujours pas. L’impatience la força à reprendre une gorgée de café.
La caféine lui éclaircit bientôt l’esprit et l’ensemble de l’affaire rejoua la pièce sous un angle étonnamment neuf.
Tout sentait mauvais. L’avocat aux canines assoiffées était apparu dans son bureau crasseux et s’était approprié avec l’aisance des nantis un bout du canapé. Un sourire et un bonjour plus tard, il lui semblait que cet être de la nuit était son ami et un grand mécène. Le paquet de pognon qu’il sortit lui fit l’effet d’une pépite à un chasseur d’or en quête du plus grand filon de la Californie.
Sa voix calme et grave lui expliqua que tout cela lui appartiendrait pour une simple surveillance, agrémentée de quelques photos compromettantes bien sûr.
Une femme volage, un avocat charmant, un mari richissime, voilà le tableau de départ.
Mais, là, le décor actuel ne cadrait pas. Qu’elle veuille s’encanailler avec un populo passait, que leur rendez-vous soit dans un bar plutôt miteux des quartiers populaires, c’était déjà plus limite, même si ça collait avec le pantalon douteux de l’amant. Mais qu’ils s’envoient en l’air dans un squat des bas-fonds, là ça cadrait pas ! Et les accessoires utilisés par cet impropable couple n'était qu'un pâle bonus.
Avec le sixième sens qui lui avait valu de survivre jusqu'ici, elle déboucla la housse de son holster, et tripota la crosse de son pétard. La pause était finie, la brume se dissipait et les réflexes revenaient, aiguisés par le café.
A la limite de son champ de vision, elle sentit la forme menaçante fondant sur elle. Elle esquiva le premier coup de justesse. Le flingue dans la pogne, elle tenta de se mettre en position défensive. Sans en tenir compte, l'assaillant lui caressa les côtes de ses ongles, lui arrachant quelques morceaux de peau auxquelles elle tenait particulièrement.
De rage, elle asséna un coup de crosse de son Colt et vit avec plaisir le sale museau de son adversaire dire bonjour au caniveau.
De l’autre côté de la rue, une Ford déboula tous feux éteints. Accroupie derrière un parapet, elle oberva la scène surréaliste qui se jouait devant elle.
Deux balèzes jaillirent de la Ford et firent sauter la grille du squat. Un troisième type descendit calmement de la place du mort et, s'appuyant fermement sur la portière fit cracher la sulafteuse. Les impacts chargèrent en quelques secondes l'air de poussière et obligèrent Joe à se tenir au frais derrière son petit abri de briques.
Dans l'immeuble, il semblait que l'on rejouait le Chemin de Dames. Deux explosions firent voler les quelques fenêtres encore en place et les claquements des armes indiquèrent que tout le monde s'en donnait à cœur joie.
Le mitrailleur cessa son boucan infernal. Un coup d'oeil et elle vit les deux hommes ressortirent avec un paquet gémissant et gesticulant sous les bras. Si ces salauds en voulaient à son contrat, ils risquaient gros!
Focalisée sur ce chargement, elle ne sentit pas venir les deux mastodontes qui sortirent en trombe du squat transformé en champ de tirs. Sans hésitation, ils plongèrent sur elle. Par instinct elle sauta et retomba sur un des types. L'autre par contre ne la rata pas et le coup de poing la fit tomber à la renverse.
Alors que le voile de l'inconscience commençait à prélever son tribut, les sirènes de police au loin lui vrillèrent les tympans. La nuit ne faisait que commencer et l'affaire puait vraiment pensa-t-elle avant de sombrer.
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Quand Joe reprit connaissance, elle essaya de relever la tête mais se ravisa immédiatemment alors que les 36 chandelles qui éclairaient l'intérieur son crâne ne s'étaient pas toutes éteintes. Elle se sentait également être dans une position très incomfortable. Tandis qu'elle émergeait, elle réalisa que cette sensation de malaise était dû au fait qu'elle était ligotée et qu'une des causes majeures de son incomfort correspondait à la présence à ce qui semblait être une boule en caoutchouc profondément enfoncée dans sa bouche et tenue par une bande de cuir qui marquait ses joues et passait derrière sa tête.
Où est-ce que j'ai encore atteri ? pensa-t-elle. Elle tenta de repousser la balle du bout de sa langue pour crier mais changea d'avis. Mieux valait découvrir dans quoi elle s'était fourrée avant d'attirer inutilement l'attention.
Après avoir repris ses esprits, Joe parvint à se contorsionner et vit qu’elle était allongée sur un matelas. Ses jambes étaient sévèrement attachées par plusieurs longueurs de corde aux genoux (au-dessus et en dessous) et aux chevilles. Pour ses bras, elle sentait qu’ils étaient ligotés derrière son dos aux coudes, aux poignets et que d’autres cordes les lui plaquaient au buste. Une corde reliant ses chevilles aux poignets finissait de la priver de liberté.
On l’avait également délestée de ses habits à l’exception de ses sous-vêtements : un soutien-gorge et une culotte. Si elle avait su qu’elle finirait ainsi, ficelée comme le gigot du Dimanche et prête à être servie, elle aurait sans doute choisi autre chose…
“Comme si ça avait de l’importance ! maugréa-t-elle. La réalité est que tu reposes sur un matelas, ligotée et sans défense, à la merci du premier détraqué venu ! Ha oui et un salaud avait dû prendre du bon temps en te déshabillant ma vieille ! "
A en juger par les sensations dans sa mâchoire et ses membres, elle devina qu’elle devait être attachée depuis quelques heures maintenant. Elle se mit à lutter contre ses liens, bougeant ses bras et ses jambes dans le but de rétablir une circulation sanguine dans ses membres engourdis. En revanche, pour sa mâchoire, elle ne pouvait pas faire grand-chose. Le bâillon boule la maintenait en permanence large ouverte et ses essais pour la dégager en le poussant avec sa langue se révélaient inutiles. Depuis son réveil, elle avait d’ailleurs bavé en abondance mais avait réussi à reprendre le contrôle de sa salive ce qui requerrait presque toute son attention.
Concernant son environnement immédiat, elle se trouvait dans une petite pièce sans fenêtre, une seule porte et éclairée par une ampoule qui avait dû faire la guerre de 40 à en juger par son efficacité actuelle. Le lit sur lequel elle était allongée était un des ces vieux modèles en cuivre avec des poteaux aux coins et des ornementations en tête. Il y avait également une commode et un miroir sur le mur opposé. Ha une possibilité d’évasion ! Cependant elle éteint bien vite cette étincelle en réalisant qu’elle devait d’abord se débarrasser de cette satanée corde qui la maintenait en hogtie puis sautiller jusqu’à la commode sans perdre son équilibre sous peine de s’étaler de tout son long face contre terre sans possibilité de se protéger avec les bras attachés si serrés… Et même en réussissant toutes ces manœuvres elle aurait encore à atteindre le miroir par-dessus la large commode, le briser sans faire trop de bruit… Bref autant croire au Père Noël…
Le seul autre meuble était une chaise dans un coin sur laquelle reposaient ses vêtements pliés. Bon ben c’est toujours ça de pris. Ses autres affaires étaient aussi disposées sur la chaise : ses faux papiers l’identifiant comme étant une journaliste indépendante (toujours utile), son appareil photo et son trousseau de clefs. Aucun signe de son revolver et de son couteau suisse en revanche. Bon au moins c’était logique dans un sens. " Ha les clefs ! Bien mieux que le miroir !" pensa-t-elle. Elle n’avait qu’à se laisser tomber par terre et ramper jusqu’à la chaise. Plus facile à dire qu’à faire…
Bon ne restait donc plus qu’à pouvoir être en mesure de déplier les jambes. Et dans ce domaine-là, elle avait un certain avantage dont elle n’aurait jamais imaginé avoir à s’en souvenir : lorsqu’elle était étudiante, elle avait accepté le "boulot" d’assistante auprès d’un magicien. Se balader en petite tenue sur scène, feindre la surprise, la naïveté et faire la moitié du travail de l’autre encapé en même temps. Et Môôôsieur l’artiste (c’était comment déjà ? Ha oui le « Prodigieux Sharum ») avait pour lubie les numéros d’évasion et il mettait un point d’honneur à limiter les trucages à leurs plus simples expressions et à faire participer Joe au maximum. Ce serait d’ailleurs mentir que de dire qu’elle n’avait pas apprécié. Elle aimait le contact des cordes, se débattre pour se libérer et gratifier le monde d'un sourire narquois. Mais la situation présente oblitérait dans l’œuf toute sensation de satisfaction ou de plaisir tant les inconnues étaient nombreuses.
Alors, alors, alors... En premier localiser les noeuds. Elle gesticula et se mit en quête de ces précieux sésames mais réalisa que, non content d’avoir serré les cordes comme un sagouin, la personne qui l’avait ligotée avait pris bien soin de mettre les nœuds hors de portée de ses mains et connaissait donc bigrement bien son affaire. Les nœuds ayant échappé à toute recherche, cette constatation en fit naître un nouveau au sein de son estomac et la certitude qu’elle ne se libérerait pas de sitôt se confirma à son grand désarroi.
Et merde ! Joe mit alors en oeuvre le plan B, bien plus physique car il consistait à se débattre et à lutter contre les cordes de façon répétée et insistante, le but étant de faire travailler et d’user les cordes jusqu’à les faire céder. Ses mouvements entravés, Joe parvenait tout de même à lancer de grande ruades, à rouler sur elle-même, à tirer sur les cordes en coordonnant ses bras et ses jambes. Le lit grinçait à peine. Enfin un motif de soulagement dans toute cette ambiance ! Après plusieurs minutes à subir ce traitement de choc, la corde qui la maintenait en hogtie commençait à donner des signes de faiblesse. Quelques ruades de plus et elle céda sous l’effort.
Joe déplia ses jambes avec plaisir, savourant ce maigre surplus bienvenu de confort. Néanmoins après une telle débauche d’énergie, Joe céda elle-même et piqua du nez quelques minutes.
Un répit interrompu par une clef actionnant la serrure de la porte. Joe pesta intérieurement. “Si Dame Fortune a le malheur de se présenter un des ces jours devant moi, j’espère avoir des cordes pour l’accueillir… "
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Dans un sinistre grincement, la porte s'ouvrit et un homme à la forte stature apparut dans son encadrement. Tirant une chaise à roulettes et portant un sac, il entra dans la "cellule" de Joe puis posa son regard sur elle. Regard qui passa du ravissement à la surprise quand il vit la corde de hogtie pendre inerte.
"Ho ho mais c'est une véritable tigresse que nous avons ramenée !" dit-il en s'approchant du lit. Sa voix était celle d'un homme dans la force de l'âge à peine usé par le tabac dont l'odeur l'accompagnait. Joe eut un mouvement de recul et se rendit compte de la futilité de la chose. Peut-être aurait-elle dû être plus attentive au numéro de passe-muraille de Sharuum ? L'inconnu posa son index droit sur la cuisse de Joe et le fit remonter doucement jusqu'à son fessier. Se relevant il inspecta le bout de son doigt qui avait recueilli quelques perles de sueur et le porta à sa bouche.
"Le goût des efforts inutiles, du désespoir et de la peur... Délectable quoiqu'un peu salé."
Joe émit un grognement qu'elle espérait aussi menaçant que possible. Le résultat fut des moins concluants et digne d'un chaton à bien y réfléchir... Par réflexe, Joe s'appuya contre le mur et se replia sur elle-même lorsque l'individu se pencha pour atteindre les lanières du baillon qu'il lui enleva. Pour la peine, Joe se retint de lui asséner ses jambes sur la figure, un geste qui n'aurait eu d'autre utilité que soulager ses nerfs piqués à vif. Le baillon fut craché avec un bruit de ventouse fort mal à propos dans un mouchoir que lui présentait l'homme.
"Hé bien, tu dois avoir sacrément soif ma jolie !" dit-il en décrochant le filet de bave, ultime vestige de la boule maudite. Eek, voilà bien un geste dont je me serais passé ! Puis il lui tendit une bouteille remplie d'un liquide transparent avec une paille. Joe fixa la bouteille pendant dix secondes puis aligna son regard avec le sien, impertubable.
"Méfiante hein ? Bien compréhensible, je l'avoue. Bon regarde j'en bois" dit-il en joignant le geste à la parole. "Satisfaite ? C'est de l'eau, E-A-U ou H-2-O !" Cette fois Joe attrapa la paille qui repassait à son niveau et l'eau escalada le petit tube pour venir inonder sa bouche. L'heure n'était pas à l'orgueil mal placé; un peu plus tard peut-être...
Une fois la bouteille asséchée, l'homme reprit la parole :
"Bien, bien, bien, j'espère que tu sauras employer ta salive pour répondre à mes questions, ma minette.
- Commencez déjà par répondre aux miennes et après on verra pour les vôtres, répondit-elle d'un ton acerbe sans ambiguïté aucune.
- On s'amuse à jouer les farouches même dans cette situtation ? Une tigresse vraiment ! Et arrête de m'adresser ce regard acéré à graver de l'acier, tu te fatigues pour rien. D'autant plus que je suis persuadé que certaines de nos questions ont des réponses communes.
- Qui vous êtes ? Pourquoi vous me faisez subir ce traitement ? Détachez-mmmmmmmmmuuuuuuuuppphhhhhhhhhh."
Une main s'était abattue sur ses lèvres coupant le flot de ses questions telle un barrage.
"Holà ! Minute papillon ! Tu vas me faire le plaisir de te calmer et d'arrêter de jouer aux hystériques ! articula-t-il séchement en retirant sa main. Tu peux m'appeler Bob pour l'instant et tu es ici parce que tu étais au mauvais endroit, au mauvais moment.
- Ho un remarquable résumé de ma vie, Bob.
- C'était bien involontaire. Alors que faisiez-vous près de ce squat ?
- Vous avez bien vu ma carte de journaliste non ?! J'étais là pour prendre des photos qui se vendent. Et les photos qui valent leur pesant de cacahuètes ce sont celles qui servent à illustrer les histoires sordides à sensation. C'est pas ma faute quand même ! Merde !
- Ok ça explique l'appareil photo mais pas le flingue...
- C'est plus dissuasif qu'autre chose et faut bien que je me défende des fois que je tombe sur des junkies en pleine crise ou des violeurs en puissance ou que je me retrouve au mileu d'une fusillade, assomée puis ligotée...
- Touché.
- Ha !
- Donc Miss Mercury, si j'en crois ta carte, tu étais en quête d'images racoleuses en balladant ta jolie frimousse dans le dernier endroit sûr sur Terre. Admettons. J'imagine que tu as cru décrocher le gros lot quand tu as débusqué Mme Risker en plein adultère. Ha dommage, j' aurais bien voulu voir la figure du mari plein aux as se décomposer en découvrant tes photos dans le permier tabloïd venu !
- Mouais, difficile d'apprécier le côté divertissant de la chose de ma position actuelle... Bon et vous alors ?
- Ho nous ? Nous étions simplement en train de surveiller notre territoire, de nettoyer nos planques et nos squats des dealers et autres marchés noirs qui n'auraient pas reçu notre accord... Quant aux prostitués, nous les raflons.
- Quoi ?! Vous enlevez ces pauvres filles !
- Et c'est encore plus facile à faire qu'à dire par dessus le marché ! Leurs proches n'osent pas se plaindre de crainte d'attirer l'attention sur leurs propres situations. Ho on a déjà vu une affaire s'ouvrir sur un pareil et classée sans suite dès le lendemain. Ces gens ne savent même pas ce qu'est un avocat, c'est dire !
- Ho les veinards... Enfin, en un sens...
- Du coup nous avons eu la même réaction que toi : Mme Risker friquée de par son mari et par son père, c'est jackpot !
- Et j'étais au-milieu bien sûr.
- Un témoin c'est toujours gênant donc on t'a embarquée. Une marchandise de plus, ça ne fait pas de mal !
- Charmant... Et je deviens quoi maintenant ?
- On va déjà mener notre petite enquête sur ton compte. Selon ton degré de solvabilité, tu finiras enchaînée dans les cales d'un bateau ou au fond du fleuve avec un joli bloc de béton pour te tenir compagnie ! Très marin dans les deux cas ! Ha ha ha ha ..."
Son rire fut interrompu par le crachat qu'il reçut sur la joue.
"Des salauds de la pire espèce, celle qui respire encore ! Y a pas à dire, vos photos pourraient se négocier un bon prix !" asséna Joe.
Bob s'essuya la joue du revers de sa main droite lentement et saisit Joe par les joues, la soulevant d'un seul bras. "Vas-y, profites-en pendant que tu le peux encore ! Fais ta maligne mais une fois que la boss aura décidé de ton sort...
- Quelle boss ?
- Fin des questions !"
Bob relâcha Joe qui retomba lourdement sur lit puis la porta tel un vulgaire sac de patates sur son épaule jusqu'à la chaise qu'il avait amenée avec lui. La reposant, il prit son sac et en sortit plusieurs longueurs de corde. "Vu l'état dans lequel tu as mis tes cordes, je vais devoir toutes les changer. Note que ce n'est pas pour me déplaire."
Avec dextérité, Bob lia les cuisses de Joe à la chaise, les cordes s'enfonçant dans sa chair. Joe gémit. Puis il enleva les cordes qui lui entravaient les jambes et chevilles, révélant de profondes marques. Bon ce n'est pas comme si j'y étais complètement étrangère... Bob massa brièvement les sections de peau marquées et ligota les jambes de Joe comme avant. Puis ce fut au tour de son buste d'être lié au dossier de la chaise de façon serrée. Ses bras furent également détachés puis religotés aux poignets et aux coudes mais devant elle à sa grande surprise. Voyant Bob prendre une énième corde, elle comprit bien vite l'intérêt de la manoeuvre quand il lui tira les bras au-dessus de sa tête et les fit passer derrière elle reliant ses mains à ses chevilles. Joe était cambrée à l'extrême, on aurait pu tirer une flèche avec la corde la maintenant ainsi pensa-t-elle.
"S'il vous plaît..." parvint-elle à articuler dans un souffle mais un tissu vint occuper sa bouche, surmontée de tape puis de gaze. Mmmmmmrrmhm était tout ce qui arrivait à sortir du filtre que constituait son baillon.
"Ha voilà ce qu'il faut pour une tigresse !" dit Bob en s'asseyant à califourchon sur les cuisses de Joe. Se penchant il commença à lécher la naissance de son cou. Le contact de sa langue rendait malade Joe. Bon s'il avait vraiment voulu abuser de moi, il l'aurait fait depuis belle lurette. Tentons le coup ! Aussitôt dit, aussitôt fait, Joe se balança vivement sur la chaise et la gravité prit le relais. L'ensemble chuta et Bob amortit bien malgré lui Joe.
"Ha putain salope !" Joe lui adressa un air provocant et nerveux, Bob un air empli de colère contenue. Se relevant promptement, Bob redressa la chaise brutallement. "T'as vraiment de la veine que la boss supporte pas de recevoir une marchandise abîmée !" rugit-il. Ha bingo ! Bob ouvrit la porte, Joe alors vit une lueur au bout du tunnel à la perspective de rester seule à nouveau. S'arrêtant, Bob se retourna et déclama avec un sourire mesquin : "Non je ne prendrai pas le risque de te laisser jouer aux artistes de l'évasion... Tu vas être en bonne compagnie pendant mon absence !" Ha ben si le bout du tunnel est en feu...
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Joignant le geste à la parole, Bob empoigna la chaise et la souleva visiblement sans effort. En sortant ainsi de le pièce, Joe put contempler les lieux de sa détention et remarquer qu’ils devaient se trouver dans un petit entrepôt à moitié abandonné. Je parie que nous sommes à deux rues du lieu de la fusillade. Le couloir qu’ils empruntaient présentait deux autres portes condamnées par des planches de bois et débouchait dans la salle centrale de l’entrepôt d’où partait un autre couloir et où se trouvait également la sortie. L’ombre de l’idée d’évasion mourut net dans l’œuf quand Joe aperçut que trois autres hommes se tenaient debout autour d’une table, visiblement en train de vider des sacs et de fouiller ce « butin ».
Bob déposa sans ménagement la chaise au grand dam de son occupante qui lâcha un gémissement bien involontaire.
« Messieurs, notre invitée surprise ici présente s’avère très habile des ses mains. Vous allez devoir surveiller ses gesticulations le temps que j’aille voir la patronne pour savoir ce que nous en faisons. » dit Bob d’un ton autoritaire. Les trois hommes se retournèrent pour le dévisager et, perplexes, regardèrent Joe. Se faire ausculter des pieds à la tête par ce trio, échantillon de ce qui faisait de mieux dans le quartier, fut une expérience qu’elle se promit d’ensevelir au plus tôt sous une couche de Whisky !
« Tu te fous de nous ?! Tu as peur qu’elle se carapate avec ce que tu lui as infligée ?!
- Tant que nous ignorons qui elle est avec certitude, je ne veux pas prendre le moindre risque. Et ce n’était pas une suggestion mais un ordre ! » asséna Bob de telle façon qu’on aurait pu percer une plaque d’acier avec ce dernier mot.
L’homme qui avait pris la parole baissa légèrement la tête, grommela dans sa barbe et finit par acquiescer.
« Ok, ok, on gardera un œil sur elle si tu y tiens tant…
- Bien, très bien. Et qu’a donné votre fouille ?
- Bof, pas grand-chose, les gusses qu’on a dessoudés n’avaient que de la mitraille, quelques billets et un assortiment de faux badges de police tellement mal gravés qu’on devrait pendre le charlot qui les a pondus ! » répondit-il avec un crachat.
Bob prit un des badges sur la table, l’inspecta et le reposa en ricanant. Joe put alors entrapercevoir la photo qui ornait ce badge et cette vision fit repartir à plein régime ses méninges. Mais j’ai déjà vu cet homme ! Allez souviens-toi ma fille ! Souviens-tu ! C’était la semaine dernière quand l’avocat de ton client avait débarqué dans ton bureau ! C’était son chauffeur ! Qu’est-ce que ce cirque ?!
« Comme d’hab’ vous gardez ce qu’il y a sur la table pour vos frais. Bon je reviens vite et n’oubliez pas l’autre paquet, moins remuant mais plus juteux ! Ho j’allais oublier…un petit bonus !» dit Bob en retirant ses mains de ses poches et en envoyant le portefeuilles de Joe avec le reste du butin. L’échange de regards qui suivit fut intense et prit fin avec le sourire moqueur de Bob adressé à Joe. A grandes enjambées, il sortit de l’entrepôt et Joe se retrouva seule en compagnie de motard au rabais : un grand dadais, un « enrobé » aux hamburgers et un nerveux. Tous se remirent à trier et ranger ce qui se trouvait sur la table délaissant totalement Joe. Soit c’étaient des pros, soit ils avaient peur de ce qui arriverait s’ils osaient profiter un tant soit peu de la situation. Joe mit à profit ce répit pour tirer et tester les liens qui l’enserraient et fut vite rappelée à l’ordre par la douleur qui lui vrilla quasi-instantanément ses muscles tendus à l’unisson. Mauvaise pioche ! Il lui faudrait beaucoup de temps pour desserrer les cordes et c’était une ressource dont elle ne disposait pas. Autant trouver la position la moins inconfortable possible… Néanmoins elle remarqua que le nerveux ne pouvait s’empêcher de lui jeter des regards à la volée, le spectacle était plus qu’à son goût et il y aurait peut-être bien quelque chose à jouer de ce côté finalement…
Une fois leur butin en bon ordre, les trois « geôliers » rapprochèrent des chaises dispersées dans la salle autour de la table et s’assirent.
« Poker les gars ? Comme après chaque coup, lança l’enrobé.
- A trois ? Je préfère encore attendre Bob. C’est bien plus intéressant à quatre… répondit le nerveux.
- Dis surtout que plus il y a de joueurs, moins on te remarque ! enchaîna le grand.
- MMmmmmppphhhhh !
- Ho non tu étais si sage jusqu’ici…
- MMMphhhhmhmh ! continua Joe en désignant du bout du nez le tas de monnaie et de billets.
- Mais oui ma belle c’est ton argent, du moins en partie, que l’on va jouer. Dommage !
- Heu non je crois qu’elle veut jouer ! Elle manque pas de culot ! s’esclaffa le nerveux. Moi je suis pour, ça va être marrant !
- Tu voudrais la détacher ?! Que dalle ouais !
- Mais non voyons suffit juste de délier la corde entre ses poignets et ses chevilles. Tiens regarde. »
Le nerveux se leva et malgré les protestations peu véhémentes de ses camarades détacha cette corde clef… Le sentiment de délivrance que ressentit Joe fut inégalé. Certes ses poignets et coudes étaient toujours ligotés et se chevilles plaquées contre la chaise mais elle pouvait maintenant tenir ses mains devant elle. Joe aurait pu rester sur son si petit nuage si le nerveux ne l’avait pas empoigné et balancé de tous les côtés.
« Mmmmmphh !
- Là tu vois, elle risque pas de se sauver !
- Mouais admettons… Et pour l’argent ?
- Ben c’est pas comme si elle pouvait nous empêcher de le reprendre à la fin si elle devait gagner quoi que ce soit !
- Vous avez fini de caqueter les pipelettes ? On va pouvoir commencer ? intervint le grand.
- Ouais ouais la blinde commence à 5$ ok ? répondit l’enrobé en battant les cartes.
- Envoie ! »
Et c’est ainsi que se déroula la partie de poker la plus étrange qu’est jouée Joe. Au début les gémissements qui accompagnaient chacune des annonces de Joe provoquèrent l’hilarité générale. Au fil de la partie, il devint évident que Joe assurait une bonne deuxième place juste derrière le grand. Son bâillon rendait son visage encore plus impassible qu’à l’accoutumée ce qui constituait une maigre revanche. Au bout d’une demi-heure de jeu, l’occasion qu’elle attendait se présenta à elle : être en duel avec le nerveux. A la cinquième carte révélée, le nerveux exulta :
« Ok tapis !
- Mmmphh
- Tu suis ? Ok… Paire de reines et paire de rois !
- Mm Mm répondit Joe en révélant un carré de valets
- … Tain mais c’est pas possible !
- Ha ha tu t’es fait plumer comme une loque ! exulta le grand.
- T’avais raison c’était une bonne idée de la laisser jouer finalement ! surenchérit l’enrobé
- Vos gueules ! Rhhhaa j’y crois pas ! »
De rage il se leva, arpenta la salle puis se dirigea vers un couloir.
« Tu vas faire pleurer le colosse ? lança le grand.
- Ouais !
- T’as raison, ça va peut-être te calmer !
- MMppphphhmmmm
- Quoi qu’est-ce qu’y a encore ?
- Je crois qu’elle veut aller aussi se soulager…
- Ouais et alors ?
- Ben tu pourrais t’en occuper non ? Si elle se lâche ici, ça ne va plus être tenable combiné à tes propres relents ! ricana l’enrobé.
- T’es vraiment con… Donne-moi une bonne raison de le faire parce que l’odeur ne dérange que toi apparemment…
- MmmmmmMmm dit Joe en tendant son paquet d’argent vers le nerveux.
- Ha ha la roue tourne à ce que je vois ! Si tu veux acheter un petit tour au « trône », ça change tout ! »
Le nerveux entreprit alors de défaire les cordes qui maintenaient Joe plaquée contre la chaise puis se la balança sur l’épaule et s’en allant gaiement.
« Hé pas de conneries hein ?
- Je sais ! Foutez-moi la paix ! »
L’improbable duo sortit donc de la salle, passa devant une porte avant de s’engouffrer dans une pièce qui ne pouvait être que les toilettes si l’on basait sur l’odeur. Le nerveux fit le tour de la pièce des yeux et posa Joe avant de lui détacher les chevilles. Hum je n’en demandais pas tant « Allez dépêche-toi tu devrais pouvoir te débrouiller seule comme ça ! » Dès que Joe fut sûre d’être seule, elle repéra le vasistas et desserra les cordes de ses genoux. Ensuite elle réajusta son soutien-gorge et ramena ses cheveux devant son visage. Au bout de cinq minutes elle sortit l’air penaude, la figure basse. Le nerveux s’approcha pour lui attacher les chevilles et elle leva la tête, ses cheveux s’écartèrent et le regard du nerveux s’engouffra dans son décolleté ainsi exposé. Joe put même voir dans ses yeux que son esprit embrayait à pleine vitesse sur lubricité. Cette seconde d’inattention suffit à Joe pour qu’elle lui envoie son genou droit dans son nouveau centre de réflexion proprement masculin. Sous l’effet de la douleur et de la surprise, le nerveux bascula en avant où les poings liés de Joe lui assénèrent un violent uppercut. Le nerveux fit un tour sur lui-même avant de laisser les lois de la gravité reprendre le dessus et s’écrouler en arrière. Sa chute fut freinée par Joe comme elle le put. Voilà le secret, faire tourner la tête plus vite que le cerveau n’est capable de suivre ! D’une main experte Joe fouilla le blouson et finit par trouver un canif qu’elle utilisa à bon escient. Elle enfila le blouson, attacha le nerveux avec le peu de cordes qu’elle lui restait, enleva son bâillon dégoulinant et l’enfonça, non sans délectation dans la bouche de l’homme étendu à terre. Tout en faisant fonctionner ses mâchoires, Joe traîna le nerveux inconscient dans els toilettes. Mais avant de sortir par le vasistas, elle avait une dernière chose à vérifier et à peine cinq minutes devant elle.
Sans bruit elle se faufila vers la porte devant laquelle ils étaient passés et entra. La pièce, exiguë, ne contenait qu’un matelas sur lequel était étendu une femme ligotée tout comme elle l’était avant que Bob ne décide d’intervenir. Dans sa petite robe blanche, Joe reconnut Mme Risker qu’elle devait surveiller et source de ses problèmes immédiats. Joe referma la porte et s’approcha. Mme Risker tourna la tête vers elle et ses yeux s’écarquillèrent juste avant que des gémissements n’emplissent la pièce.
« Fermez-la ! chuchota Joe Je ne suis pas avec eux. Je vais enlever votre bâillon et vous allez me raconter ce qui s’est passé puis j’irai chercher des secours. Et vite !
- Ho merci, merci ! Où est Pedro ?
- Qui est Pedro ?
- Mon amant, nous devions nous enfuir loin de cette ville ! Mais sans argent, Pedro a voulu organiser un faux rapt et demander une rançon à mon crétin de mari ! Mme Risker reprit sa respiration et ses yeux s’embuèrent. Qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Nous devions juste attendre des amis de Pedro mais ce sont des types armés qui ont déboulé en premier. Puis les amis de Pedro ont débarqué quelques secondes après et lui ont tiré dessus… Les balles ont fusé, ho mon dieu !, on m’a tiré dessus ! On m’a…Mmmppphhhhh »
Joe lui avait remis le baîllon car la voix de Mme Risker repartait de plus belle dans les aiguës. De toute façon elle n’avait pas l’air d’être en mesure de parler et penser en même temps…
Bon récapitulons, Mme Risker et Pedro avaient prévu de rançonner le riche mari. Pedro avait mis des amis dans la confidence mais apparemment ils ont dû se dire qu’il était de trop… De son côté Mr Risker avait envoyé ses propres hommes faux policiers régler le problème…Pourquoi m’engager alors ? Non il me voulait comme témoin, il voulait sûrement simuler lui-même l’enlèvement de sa femme pour rançonner beau-papa… Bon et bien c’est une sacrée chorale de maîtres chanteurs et moi je suis à la place d’orchestre…
« Et merde ! » lâcha Joe dans ses réflexions.
« Je n’aurais pas mieux dit ! » lui répondit une voix de femme dans son dos.
Et merde !
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Réagissant de la seule manière qu’elle estimait être la meilleure dans l’état actuel des choses, Joe se retourna vivement en lançant son bras droit vers la source sonore qui l’avait surprise. Tout ce qu’elle sentit fut des cheveux qui se dérobaient sous son poing tandis qu’une forme vague, s’étant glissé sous sa garde, la projeta violemment contre le mur. Le choc fut tel qu’il mit Joe à genoux et c’est en relevant douloureusement sa tête, alourdie de trente six chandelles, qu’elle put distinguer son agresseur. Suite à la violence de l’assaut, elle s’attendait à voir Bob mais celui-ci se tenait dans l’embrasure de la porte, empêchant toute fuite désespérée et c’était bel et bien une femme qui se tenait devant elle : une femme à peine plus grande qu’elle, aux cheveux noirs de jais coupés net à la base du cou, vêtue de la même couleur de la tête aux pieds et qui irradiait de confiance en soi. D’un regard, elle fit intervenir Bob qui saisit d’une seule main les poignets d’une Joe encore embrumée et les souleva si haut qu’il la força à se tenir sur la pointe des pieds.
« Et bien, et bien, tu m’avais parlé d’une tigresse mais elle me fait plutôt penser à une anguille ! Perdrais-tu la main avec les cordes Bob ? Que cette fille s’échappe de tes étreintes non pas une mais deux fois frise l’incompétence !
- C’est surtout Jack qui s’est laissé duper ! répliqua une Bob visiblement piqué au vif.
- Suffit ! Ce sont tes hommes, leurs conneries sont les tiennes. Tâche de t’en souvenir et agis en conséquence !
- Vous n’aurez pas à me le répéter, Madame.
- Bon parce que je déteste avoir à me répéter. » conclut Madame avant de déboutonner le blouson que Joe avait piqué à Jack. Puis elle fit glisser délicatement l’ongle de son index droit le long du buste de Joe, de la base du cou jusqu’au nombril. Un contact que Joe n’aurait pu définir que comme glacial en dépit du bon sens. Ayant achevé don « inspection » Madame se pourlécha les babines.
« Réellement regrettable, j’ose à peine imaginer à côté de quelle somme nous passons en renonçant à toi…
- Renoncer à moi ? parvint à articuler Joe qui avait recouvré ses esprits.
- Tetete ne gâche pas ce moment. Bah je me console avec notre si belle prise de ce soir ! dit Madame en s’agenouillant au côté de Mme Risker qui n’avait pas arrêté d’occuper l’espace sonore par ses cris stridents. Par contre tu es horriblement bruyante ma chérie. »
Madame lui renfonça alors le bâillon au fond de la bouche et renoua le tout avec fermeté
« Ha merci bien, ironisa Joe.
- Ho mais je puis t’assurer que tout le plaisir était pour moi. Allez Bob cesse de jouer au portemanteaux et amène-la dans mon bureau. »
Ce que Bob fit dans l’instant et Joe ne put s’empêcher de remarquer à quel point il exultait de l’humilier ainsi en la faisant défiler sur la pointe des pieds et tendue comme un arc devant ses trois compères dont un, Jack le nerveux, sucrait toujours les fraises. Ils entrèrent alors dans la dernière pièce qui n’était pas condamnée par des planches de bois. Qualifier cette pièce de bureau était d’ailleurs bien généreux car deux chaises, un tabouret, une table rudimentaire et une malle militaire dans un coin constituaient son unique mobilier. Pas de paperasse, une lampe au plafond et une peinture digne de la 1ère Guerre Mondiale parachevait la description de cette salle. Bob Fit s’asseoir Joe sur le tabouret et lui enleva son blouson tandis que Madame entrait et refermait la porte. Elle s’assit, prit une cigarette qu’elle entreprit de déguster du bout de ses longs doigts tout en semblant plongée dans ses pensées. Puis elle prit la parole :
« Trouve-moi les affaires de la fille rousse du mois dernier. Sherry, n’est-ce pas ? Et donne les lui tu veux. » Bob s’exécuta et ouvrit la malle. Ce qu’y vit Joe ne présageait rien de bon car c’était un véritable arsenal de cordes et bâillons de toutes tailles qu’elle contempla. Bob en extirpa un ensemble de survêtements rose pâle avec des bandes blanches sur le côté ainsi qu’un monceau de rouleaux de corde. Le regard perplexe de Joe se porta successivement sur les vêtements puis sur Bob et enfin sur Madame mais ils se contentèrent de garder le silence. Tacitement, Joe abdiqua et enfila le survêtement, effrayée à l’idée de savoir ce que cela cachait mais ravi de ne plus avoir à déambuler en lingerie… D’un geste désinvolte de la main, Madame ordonna à Bob de se mettre à l’œuvre. Le rictus qui lui déforma le visage fit déglutir Joe.
« Pendant que Bob te prépare, nous aurons le temps de discuter Miss Mercury si c’est bien là ton nom… » lança Madame alors que Bob empoigna les bras de Joe, les passa derrière son dos et les croisa de telle façon à ce que les paumes de Joe se retrouvèrent au dessus de ses coudes, presque au niveau de ses omoplates. Déjà soumise à rude épreuve précédemment, Joe se courba sous ce nouvel effort et s’efforça de reprendre une respiration normale.
« Car vois-tu aucun de mes contacts au sein des journalistes ne connaît ton nom…
- Je suis une indépendante, je ne fais que revendre mes photos au plus offrant ! répliqua Joe entre deux respirations. Des cordes nouaient ses poignets en croix et Bob rajoutait des cordes pour lui plaquer les bras au buste.
- Je peux te confirmer que tu lui fais de l’effet Bob ! Et quant à toi, ne crois pas surtout pas m’apprendre en quoi consiste ton « travail » ! Ta jolie frimousse ne me dupera pas ! Alors flic en planque, rivaux de notre groupe ? Qui t’envoie ?!
- Mais regardez ma carte, mon appareil photo, pourquoi vous mentirais-je ? Je me suis fourrée dans d’assez sales draps ! Laissez-moi partir et gardez tout le reste je vous en prie… implora une Joe sanglotante. De son côté Bob enroulait des cordes autour des ses chevilles puis au dessus et en dessous de ses genoux comme avant mais en beaucoup plus serré.
- Oui j’ai vu tes photos et laisse-moi te dire pour une pro c’est loin d’être brillant. Et je ne te parle pas de la fausse adresse qui figure sur ta carte… A vrai dire, que tu sois ce que tu dis être, une fliquette ou bien une sale petite fouineuse ne me préoccupe pas plus que ça. Mr Risker fut très prompt à répondre positivement à notre demande de rançon et si tout se passe bien, notre avenir est des radieux !
- Et le mien pas fameux si vous me dites tout ça… Bob vérifiait maintenant chaque corde et chaque nœud, les resserrant quand ce n’était pas de son goût.
- Tout juste, nous allons disparaître de cette ville mais pas de la même manière. »
Madame se leva, ouvrit la porte et cria à Mike et Lou de ramener l’autre paquet par ici. Bob posa Joe à terre. Se tournant vers elle, Madame lui lança un regard plein d’intérêt tel un prédateur devant une proie se débattant inutilement. Ce qui n’empêcha pas Joe de lancer des ruades et compliquer la vie à Bob par pure forme malheureusement. Ce dernier lui agrippa les jambes et les plia jusqu’à ce que les talons de Joe touche ses cuisses et noua le tout avec dextérité et efficacité. Enfin Bob termina son œuvre par un hogtie de plusieurs cordes et Joe se demanda combien de mètres de corde s’enroulaient autour d’elle… Nonchalamment Madame fouilla dans la malle et en sortit un énorme ballgag rouge sombre.
« Non arrêtez, vous faites une énorme erreur ! Vous fai… MMMmpphphh !
- Ho non je ne crois pas ! »
Réduite à l’impuissance comme jamais en cette nuit maudite, Joe finit par se calmer et attendit la suite des événements avec appréhension. Très vite, Jack, Mike et Lou arrivèrent avec Mme Risker. Pendant que Bob refaisait son hogtie, Jack adressa un regard noir à Joe qui le lui renvoya sans sourciller. Puis Mike et Lou soulevèrent les deux femmes par les cordes les maintenant en hogtie comme de vulgaires valises et les déposèrent à l’arrière d’une fourgonnette vide de tout sauf un peu de moquette au plancher. Un peu de luxe ne pouvait pas faire de mal après tout… Les portières claquèrent, la fourgonnette démarra et s’enfonça dans la nuit noire. Pour se maintenir éveillée et échapper aux gémissements de sa compagne de fortune, Joe essaya de retenir le trajet parcouru en pure perte vu qu’elle ne connaissait pas leur point de départ. Au bout de ce qui lui sembla vingt minutes, la fourgonnette s’arrêta et les portes arrière s’ouvrirent en grand.
« Mike et Lou, vous vous occupez de notre invitée surprise selon nos habitudes. N’oubliez pas de tout enregistrer, je ne veux pas en perdre une miette ! Jack, Bob et moi allons au point de rendez-vous, rejoignez nous y une fois l’affaire bouclée. » Madame avait donné ses funestes ordres.
Joe fut déchargée avec la douceur habituelle des deux comparses et le trio se dirigea vers une petite maison au bord d’un quai isolé du reste des entrepôts, y pénétrèrent et le claquement de la porte qui se refermait avait des échos bien trop sinistres aux oreilles de Joe…
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Comme il s'agit de mon premier récit du genre, n'hésitez paspas à intervenir, faire des remarques quelles qu'elles soient, râler...
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Deux heures que son chapeau gouttait mollement sur le macadam. Deux heures que le ventre de Joséphine (petite rousse pétulante aux longs cheveux raides, au regard de jade, au visage égayé par quelques taches de rousseur et une silhouette aux seins fermes hauts perchés) ou Joe pour ceux qui n'aimaient pas perdre leur temps avec un prénom si compliqué, réclamait son dû.
Et elle ne sortait toujours pas. L’impatience la força à reprendre une gorgée de café.
La caféine lui éclaircit bientôt l’esprit et l’ensemble de l’affaire rejoua la pièce sous un angle étonnamment neuf.
Tout sentait mauvais. L’avocat aux canines assoiffées était apparu dans son bureau crasseux et s’était approprié avec l’aisance des nantis un bout du canapé. Un sourire et un bonjour plus tard, il lui semblait que cet être de la nuit était son ami et un grand mécène. Le paquet de pognon qu’il sortit lui fit l’effet d’une pépite à un chasseur d’or en quête du plus grand filon de la Californie.
Sa voix calme et grave lui expliqua que tout cela lui appartiendrait pour une simple surveillance, agrémentée de quelques photos compromettantes bien sûr.
Une femme volage, un avocat charmant, un mari richissime, voilà le tableau de départ.
Mais, là, le décor actuel ne cadrait pas. Qu’elle veuille s’encanailler avec un populo passait, que leur rendez-vous soit dans un bar plutôt miteux des quartiers populaires, c’était déjà plus limite, même si ça collait avec le pantalon douteux de l’amant. Mais qu’ils s’envoient en l’air dans un squat des bas-fonds, là ça cadrait pas ! Et les accessoires utilisés par cet impropable couple n'était qu'un pâle bonus.
Avec le sixième sens qui lui avait valu de survivre jusqu'ici, elle déboucla la housse de son holster, et tripota la crosse de son pétard. La pause était finie, la brume se dissipait et les réflexes revenaient, aiguisés par le café.
A la limite de son champ de vision, elle sentit la forme menaçante fondant sur elle. Elle esquiva le premier coup de justesse. Le flingue dans la pogne, elle tenta de se mettre en position défensive. Sans en tenir compte, l'assaillant lui caressa les côtes de ses ongles, lui arrachant quelques morceaux de peau auxquelles elle tenait particulièrement.
De rage, elle asséna un coup de crosse de son Colt et vit avec plaisir le sale museau de son adversaire dire bonjour au caniveau.
De l’autre côté de la rue, une Ford déboula tous feux éteints. Accroupie derrière un parapet, elle oberva la scène surréaliste qui se jouait devant elle.
Deux balèzes jaillirent de la Ford et firent sauter la grille du squat. Un troisième type descendit calmement de la place du mort et, s'appuyant fermement sur la portière fit cracher la sulafteuse. Les impacts chargèrent en quelques secondes l'air de poussière et obligèrent Joe à se tenir au frais derrière son petit abri de briques.
Dans l'immeuble, il semblait que l'on rejouait le Chemin de Dames. Deux explosions firent voler les quelques fenêtres encore en place et les claquements des armes indiquèrent que tout le monde s'en donnait à cœur joie.
Le mitrailleur cessa son boucan infernal. Un coup d'oeil et elle vit les deux hommes ressortirent avec un paquet gémissant et gesticulant sous les bras. Si ces salauds en voulaient à son contrat, ils risquaient gros!
Focalisée sur ce chargement, elle ne sentit pas venir les deux mastodontes qui sortirent en trombe du squat transformé en champ de tirs. Sans hésitation, ils plongèrent sur elle. Par instinct elle sauta et retomba sur un des types. L'autre par contre ne la rata pas et le coup de poing la fit tomber à la renverse.
Alors que le voile de l'inconscience commençait à prélever son tribut, les sirènes de police au loin lui vrillèrent les tympans. La nuit ne faisait que commencer et l'affaire puait vraiment pensa-t-elle avant de sombrer.
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Quand Joe reprit connaissance, elle essaya de relever la tête mais se ravisa immédiatemment alors que les 36 chandelles qui éclairaient l'intérieur son crâne ne s'étaient pas toutes éteintes. Elle se sentait également être dans une position très incomfortable. Tandis qu'elle émergeait, elle réalisa que cette sensation de malaise était dû au fait qu'elle était ligotée et qu'une des causes majeures de son incomfort correspondait à la présence à ce qui semblait être une boule en caoutchouc profondément enfoncée dans sa bouche et tenue par une bande de cuir qui marquait ses joues et passait derrière sa tête.
Où est-ce que j'ai encore atteri ? pensa-t-elle. Elle tenta de repousser la balle du bout de sa langue pour crier mais changea d'avis. Mieux valait découvrir dans quoi elle s'était fourrée avant d'attirer inutilement l'attention.
Après avoir repris ses esprits, Joe parvint à se contorsionner et vit qu’elle était allongée sur un matelas. Ses jambes étaient sévèrement attachées par plusieurs longueurs de corde aux genoux (au-dessus et en dessous) et aux chevilles. Pour ses bras, elle sentait qu’ils étaient ligotés derrière son dos aux coudes, aux poignets et que d’autres cordes les lui plaquaient au buste. Une corde reliant ses chevilles aux poignets finissait de la priver de liberté.
On l’avait également délestée de ses habits à l’exception de ses sous-vêtements : un soutien-gorge et une culotte. Si elle avait su qu’elle finirait ainsi, ficelée comme le gigot du Dimanche et prête à être servie, elle aurait sans doute choisi autre chose…
“Comme si ça avait de l’importance ! maugréa-t-elle. La réalité est que tu reposes sur un matelas, ligotée et sans défense, à la merci du premier détraqué venu ! Ha oui et un salaud avait dû prendre du bon temps en te déshabillant ma vieille ! "
A en juger par les sensations dans sa mâchoire et ses membres, elle devina qu’elle devait être attachée depuis quelques heures maintenant. Elle se mit à lutter contre ses liens, bougeant ses bras et ses jambes dans le but de rétablir une circulation sanguine dans ses membres engourdis. En revanche, pour sa mâchoire, elle ne pouvait pas faire grand-chose. Le bâillon boule la maintenait en permanence large ouverte et ses essais pour la dégager en le poussant avec sa langue se révélaient inutiles. Depuis son réveil, elle avait d’ailleurs bavé en abondance mais avait réussi à reprendre le contrôle de sa salive ce qui requerrait presque toute son attention.
Concernant son environnement immédiat, elle se trouvait dans une petite pièce sans fenêtre, une seule porte et éclairée par une ampoule qui avait dû faire la guerre de 40 à en juger par son efficacité actuelle. Le lit sur lequel elle était allongée était un des ces vieux modèles en cuivre avec des poteaux aux coins et des ornementations en tête. Il y avait également une commode et un miroir sur le mur opposé. Ha une possibilité d’évasion ! Cependant elle éteint bien vite cette étincelle en réalisant qu’elle devait d’abord se débarrasser de cette satanée corde qui la maintenait en hogtie puis sautiller jusqu’à la commode sans perdre son équilibre sous peine de s’étaler de tout son long face contre terre sans possibilité de se protéger avec les bras attachés si serrés… Et même en réussissant toutes ces manœuvres elle aurait encore à atteindre le miroir par-dessus la large commode, le briser sans faire trop de bruit… Bref autant croire au Père Noël…
Le seul autre meuble était une chaise dans un coin sur laquelle reposaient ses vêtements pliés. Bon ben c’est toujours ça de pris. Ses autres affaires étaient aussi disposées sur la chaise : ses faux papiers l’identifiant comme étant une journaliste indépendante (toujours utile), son appareil photo et son trousseau de clefs. Aucun signe de son revolver et de son couteau suisse en revanche. Bon au moins c’était logique dans un sens. " Ha les clefs ! Bien mieux que le miroir !" pensa-t-elle. Elle n’avait qu’à se laisser tomber par terre et ramper jusqu’à la chaise. Plus facile à dire qu’à faire…
Bon ne restait donc plus qu’à pouvoir être en mesure de déplier les jambes. Et dans ce domaine-là, elle avait un certain avantage dont elle n’aurait jamais imaginé avoir à s’en souvenir : lorsqu’elle était étudiante, elle avait accepté le "boulot" d’assistante auprès d’un magicien. Se balader en petite tenue sur scène, feindre la surprise, la naïveté et faire la moitié du travail de l’autre encapé en même temps. Et Môôôsieur l’artiste (c’était comment déjà ? Ha oui le « Prodigieux Sharum ») avait pour lubie les numéros d’évasion et il mettait un point d’honneur à limiter les trucages à leurs plus simples expressions et à faire participer Joe au maximum. Ce serait d’ailleurs mentir que de dire qu’elle n’avait pas apprécié. Elle aimait le contact des cordes, se débattre pour se libérer et gratifier le monde d'un sourire narquois. Mais la situation présente oblitérait dans l’œuf toute sensation de satisfaction ou de plaisir tant les inconnues étaient nombreuses.
Alors, alors, alors... En premier localiser les noeuds. Elle gesticula et se mit en quête de ces précieux sésames mais réalisa que, non content d’avoir serré les cordes comme un sagouin, la personne qui l’avait ligotée avait pris bien soin de mettre les nœuds hors de portée de ses mains et connaissait donc bigrement bien son affaire. Les nœuds ayant échappé à toute recherche, cette constatation en fit naître un nouveau au sein de son estomac et la certitude qu’elle ne se libérerait pas de sitôt se confirma à son grand désarroi.
Et merde ! Joe mit alors en oeuvre le plan B, bien plus physique car il consistait à se débattre et à lutter contre les cordes de façon répétée et insistante, le but étant de faire travailler et d’user les cordes jusqu’à les faire céder. Ses mouvements entravés, Joe parvenait tout de même à lancer de grande ruades, à rouler sur elle-même, à tirer sur les cordes en coordonnant ses bras et ses jambes. Le lit grinçait à peine. Enfin un motif de soulagement dans toute cette ambiance ! Après plusieurs minutes à subir ce traitement de choc, la corde qui la maintenait en hogtie commençait à donner des signes de faiblesse. Quelques ruades de plus et elle céda sous l’effort.
Joe déplia ses jambes avec plaisir, savourant ce maigre surplus bienvenu de confort. Néanmoins après une telle débauche d’énergie, Joe céda elle-même et piqua du nez quelques minutes.
Un répit interrompu par une clef actionnant la serrure de la porte. Joe pesta intérieurement. “Si Dame Fortune a le malheur de se présenter un des ces jours devant moi, j’espère avoir des cordes pour l’accueillir… "
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Dans un sinistre grincement, la porte s'ouvrit et un homme à la forte stature apparut dans son encadrement. Tirant une chaise à roulettes et portant un sac, il entra dans la "cellule" de Joe puis posa son regard sur elle. Regard qui passa du ravissement à la surprise quand il vit la corde de hogtie pendre inerte.
"Ho ho mais c'est une véritable tigresse que nous avons ramenée !" dit-il en s'approchant du lit. Sa voix était celle d'un homme dans la force de l'âge à peine usé par le tabac dont l'odeur l'accompagnait. Joe eut un mouvement de recul et se rendit compte de la futilité de la chose. Peut-être aurait-elle dû être plus attentive au numéro de passe-muraille de Sharuum ? L'inconnu posa son index droit sur la cuisse de Joe et le fit remonter doucement jusqu'à son fessier. Se relevant il inspecta le bout de son doigt qui avait recueilli quelques perles de sueur et le porta à sa bouche.
"Le goût des efforts inutiles, du désespoir et de la peur... Délectable quoiqu'un peu salé."
Joe émit un grognement qu'elle espérait aussi menaçant que possible. Le résultat fut des moins concluants et digne d'un chaton à bien y réfléchir... Par réflexe, Joe s'appuya contre le mur et se replia sur elle-même lorsque l'individu se pencha pour atteindre les lanières du baillon qu'il lui enleva. Pour la peine, Joe se retint de lui asséner ses jambes sur la figure, un geste qui n'aurait eu d'autre utilité que soulager ses nerfs piqués à vif. Le baillon fut craché avec un bruit de ventouse fort mal à propos dans un mouchoir que lui présentait l'homme.
"Hé bien, tu dois avoir sacrément soif ma jolie !" dit-il en décrochant le filet de bave, ultime vestige de la boule maudite. Eek, voilà bien un geste dont je me serais passé ! Puis il lui tendit une bouteille remplie d'un liquide transparent avec une paille. Joe fixa la bouteille pendant dix secondes puis aligna son regard avec le sien, impertubable.
"Méfiante hein ? Bien compréhensible, je l'avoue. Bon regarde j'en bois" dit-il en joignant le geste à la parole. "Satisfaite ? C'est de l'eau, E-A-U ou H-2-O !" Cette fois Joe attrapa la paille qui repassait à son niveau et l'eau escalada le petit tube pour venir inonder sa bouche. L'heure n'était pas à l'orgueil mal placé; un peu plus tard peut-être...
Une fois la bouteille asséchée, l'homme reprit la parole :
"Bien, bien, bien, j'espère que tu sauras employer ta salive pour répondre à mes questions, ma minette.
- Commencez déjà par répondre aux miennes et après on verra pour les vôtres, répondit-elle d'un ton acerbe sans ambiguïté aucune.
- On s'amuse à jouer les farouches même dans cette situtation ? Une tigresse vraiment ! Et arrête de m'adresser ce regard acéré à graver de l'acier, tu te fatigues pour rien. D'autant plus que je suis persuadé que certaines de nos questions ont des réponses communes.
- Qui vous êtes ? Pourquoi vous me faisez subir ce traitement ? Détachez-mmmmmmmmmuuuuuuuuppphhhhhhhhhh."
Une main s'était abattue sur ses lèvres coupant le flot de ses questions telle un barrage.
"Holà ! Minute papillon ! Tu vas me faire le plaisir de te calmer et d'arrêter de jouer aux hystériques ! articula-t-il séchement en retirant sa main. Tu peux m'appeler Bob pour l'instant et tu es ici parce que tu étais au mauvais endroit, au mauvais moment.
- Ho un remarquable résumé de ma vie, Bob.
- C'était bien involontaire. Alors que faisiez-vous près de ce squat ?
- Vous avez bien vu ma carte de journaliste non ?! J'étais là pour prendre des photos qui se vendent. Et les photos qui valent leur pesant de cacahuètes ce sont celles qui servent à illustrer les histoires sordides à sensation. C'est pas ma faute quand même ! Merde !
- Ok ça explique l'appareil photo mais pas le flingue...
- C'est plus dissuasif qu'autre chose et faut bien que je me défende des fois que je tombe sur des junkies en pleine crise ou des violeurs en puissance ou que je me retrouve au mileu d'une fusillade, assomée puis ligotée...
- Touché.
- Ha !
- Donc Miss Mercury, si j'en crois ta carte, tu étais en quête d'images racoleuses en balladant ta jolie frimousse dans le dernier endroit sûr sur Terre. Admettons. J'imagine que tu as cru décrocher le gros lot quand tu as débusqué Mme Risker en plein adultère. Ha dommage, j' aurais bien voulu voir la figure du mari plein aux as se décomposer en découvrant tes photos dans le permier tabloïd venu !
- Mouais, difficile d'apprécier le côté divertissant de la chose de ma position actuelle... Bon et vous alors ?
- Ho nous ? Nous étions simplement en train de surveiller notre territoire, de nettoyer nos planques et nos squats des dealers et autres marchés noirs qui n'auraient pas reçu notre accord... Quant aux prostitués, nous les raflons.
- Quoi ?! Vous enlevez ces pauvres filles !
- Et c'est encore plus facile à faire qu'à dire par dessus le marché ! Leurs proches n'osent pas se plaindre de crainte d'attirer l'attention sur leurs propres situations. Ho on a déjà vu une affaire s'ouvrir sur un pareil et classée sans suite dès le lendemain. Ces gens ne savent même pas ce qu'est un avocat, c'est dire !
- Ho les veinards... Enfin, en un sens...
- Du coup nous avons eu la même réaction que toi : Mme Risker friquée de par son mari et par son père, c'est jackpot !
- Et j'étais au-milieu bien sûr.
- Un témoin c'est toujours gênant donc on t'a embarquée. Une marchandise de plus, ça ne fait pas de mal !
- Charmant... Et je deviens quoi maintenant ?
- On va déjà mener notre petite enquête sur ton compte. Selon ton degré de solvabilité, tu finiras enchaînée dans les cales d'un bateau ou au fond du fleuve avec un joli bloc de béton pour te tenir compagnie ! Très marin dans les deux cas ! Ha ha ha ha ..."
Son rire fut interrompu par le crachat qu'il reçut sur la joue.
"Des salauds de la pire espèce, celle qui respire encore ! Y a pas à dire, vos photos pourraient se négocier un bon prix !" asséna Joe.
Bob s'essuya la joue du revers de sa main droite lentement et saisit Joe par les joues, la soulevant d'un seul bras. "Vas-y, profites-en pendant que tu le peux encore ! Fais ta maligne mais une fois que la boss aura décidé de ton sort...
- Quelle boss ?
- Fin des questions !"
Bob relâcha Joe qui retomba lourdement sur lit puis la porta tel un vulgaire sac de patates sur son épaule jusqu'à la chaise qu'il avait amenée avec lui. La reposant, il prit son sac et en sortit plusieurs longueurs de corde. "Vu l'état dans lequel tu as mis tes cordes, je vais devoir toutes les changer. Note que ce n'est pas pour me déplaire."
Avec dextérité, Bob lia les cuisses de Joe à la chaise, les cordes s'enfonçant dans sa chair. Joe gémit. Puis il enleva les cordes qui lui entravaient les jambes et chevilles, révélant de profondes marques. Bon ce n'est pas comme si j'y étais complètement étrangère... Bob massa brièvement les sections de peau marquées et ligota les jambes de Joe comme avant. Puis ce fut au tour de son buste d'être lié au dossier de la chaise de façon serrée. Ses bras furent également détachés puis religotés aux poignets et aux coudes mais devant elle à sa grande surprise. Voyant Bob prendre une énième corde, elle comprit bien vite l'intérêt de la manoeuvre quand il lui tira les bras au-dessus de sa tête et les fit passer derrière elle reliant ses mains à ses chevilles. Joe était cambrée à l'extrême, on aurait pu tirer une flèche avec la corde la maintenant ainsi pensa-t-elle.
"S'il vous plaît..." parvint-elle à articuler dans un souffle mais un tissu vint occuper sa bouche, surmontée de tape puis de gaze. Mmmmmmrrmhm était tout ce qui arrivait à sortir du filtre que constituait son baillon.
"Ha voilà ce qu'il faut pour une tigresse !" dit Bob en s'asseyant à califourchon sur les cuisses de Joe. Se penchant il commença à lécher la naissance de son cou. Le contact de sa langue rendait malade Joe. Bon s'il avait vraiment voulu abuser de moi, il l'aurait fait depuis belle lurette. Tentons le coup ! Aussitôt dit, aussitôt fait, Joe se balança vivement sur la chaise et la gravité prit le relais. L'ensemble chuta et Bob amortit bien malgré lui Joe.
"Ha putain salope !" Joe lui adressa un air provocant et nerveux, Bob un air empli de colère contenue. Se relevant promptement, Bob redressa la chaise brutallement. "T'as vraiment de la veine que la boss supporte pas de recevoir une marchandise abîmée !" rugit-il. Ha bingo ! Bob ouvrit la porte, Joe alors vit une lueur au bout du tunnel à la perspective de rester seule à nouveau. S'arrêtant, Bob se retourna et déclama avec un sourire mesquin : "Non je ne prendrai pas le risque de te laisser jouer aux artistes de l'évasion... Tu vas être en bonne compagnie pendant mon absence !" Ha ben si le bout du tunnel est en feu...
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Joignant le geste à la parole, Bob empoigna la chaise et la souleva visiblement sans effort. En sortant ainsi de le pièce, Joe put contempler les lieux de sa détention et remarquer qu’ils devaient se trouver dans un petit entrepôt à moitié abandonné. Je parie que nous sommes à deux rues du lieu de la fusillade. Le couloir qu’ils empruntaient présentait deux autres portes condamnées par des planches de bois et débouchait dans la salle centrale de l’entrepôt d’où partait un autre couloir et où se trouvait également la sortie. L’ombre de l’idée d’évasion mourut net dans l’œuf quand Joe aperçut que trois autres hommes se tenaient debout autour d’une table, visiblement en train de vider des sacs et de fouiller ce « butin ».
Bob déposa sans ménagement la chaise au grand dam de son occupante qui lâcha un gémissement bien involontaire.
« Messieurs, notre invitée surprise ici présente s’avère très habile des ses mains. Vous allez devoir surveiller ses gesticulations le temps que j’aille voir la patronne pour savoir ce que nous en faisons. » dit Bob d’un ton autoritaire. Les trois hommes se retournèrent pour le dévisager et, perplexes, regardèrent Joe. Se faire ausculter des pieds à la tête par ce trio, échantillon de ce qui faisait de mieux dans le quartier, fut une expérience qu’elle se promit d’ensevelir au plus tôt sous une couche de Whisky !
« Tu te fous de nous ?! Tu as peur qu’elle se carapate avec ce que tu lui as infligée ?!
- Tant que nous ignorons qui elle est avec certitude, je ne veux pas prendre le moindre risque. Et ce n’était pas une suggestion mais un ordre ! » asséna Bob de telle façon qu’on aurait pu percer une plaque d’acier avec ce dernier mot.
L’homme qui avait pris la parole baissa légèrement la tête, grommela dans sa barbe et finit par acquiescer.
« Ok, ok, on gardera un œil sur elle si tu y tiens tant…
- Bien, très bien. Et qu’a donné votre fouille ?
- Bof, pas grand-chose, les gusses qu’on a dessoudés n’avaient que de la mitraille, quelques billets et un assortiment de faux badges de police tellement mal gravés qu’on devrait pendre le charlot qui les a pondus ! » répondit-il avec un crachat.
Bob prit un des badges sur la table, l’inspecta et le reposa en ricanant. Joe put alors entrapercevoir la photo qui ornait ce badge et cette vision fit repartir à plein régime ses méninges. Mais j’ai déjà vu cet homme ! Allez souviens-toi ma fille ! Souviens-tu ! C’était la semaine dernière quand l’avocat de ton client avait débarqué dans ton bureau ! C’était son chauffeur ! Qu’est-ce que ce cirque ?!
« Comme d’hab’ vous gardez ce qu’il y a sur la table pour vos frais. Bon je reviens vite et n’oubliez pas l’autre paquet, moins remuant mais plus juteux ! Ho j’allais oublier…un petit bonus !» dit Bob en retirant ses mains de ses poches et en envoyant le portefeuilles de Joe avec le reste du butin. L’échange de regards qui suivit fut intense et prit fin avec le sourire moqueur de Bob adressé à Joe. A grandes enjambées, il sortit de l’entrepôt et Joe se retrouva seule en compagnie de motard au rabais : un grand dadais, un « enrobé » aux hamburgers et un nerveux. Tous se remirent à trier et ranger ce qui se trouvait sur la table délaissant totalement Joe. Soit c’étaient des pros, soit ils avaient peur de ce qui arriverait s’ils osaient profiter un tant soit peu de la situation. Joe mit à profit ce répit pour tirer et tester les liens qui l’enserraient et fut vite rappelée à l’ordre par la douleur qui lui vrilla quasi-instantanément ses muscles tendus à l’unisson. Mauvaise pioche ! Il lui faudrait beaucoup de temps pour desserrer les cordes et c’était une ressource dont elle ne disposait pas. Autant trouver la position la moins inconfortable possible… Néanmoins elle remarqua que le nerveux ne pouvait s’empêcher de lui jeter des regards à la volée, le spectacle était plus qu’à son goût et il y aurait peut-être bien quelque chose à jouer de ce côté finalement…
Une fois leur butin en bon ordre, les trois « geôliers » rapprochèrent des chaises dispersées dans la salle autour de la table et s’assirent.
« Poker les gars ? Comme après chaque coup, lança l’enrobé.
- A trois ? Je préfère encore attendre Bob. C’est bien plus intéressant à quatre… répondit le nerveux.
- Dis surtout que plus il y a de joueurs, moins on te remarque ! enchaîna le grand.
- MMmmmmppphhhhh !
- Ho non tu étais si sage jusqu’ici…
- MMMphhhhmhmh ! continua Joe en désignant du bout du nez le tas de monnaie et de billets.
- Mais oui ma belle c’est ton argent, du moins en partie, que l’on va jouer. Dommage !
- Heu non je crois qu’elle veut jouer ! Elle manque pas de culot ! s’esclaffa le nerveux. Moi je suis pour, ça va être marrant !
- Tu voudrais la détacher ?! Que dalle ouais !
- Mais non voyons suffit juste de délier la corde entre ses poignets et ses chevilles. Tiens regarde. »
Le nerveux se leva et malgré les protestations peu véhémentes de ses camarades détacha cette corde clef… Le sentiment de délivrance que ressentit Joe fut inégalé. Certes ses poignets et coudes étaient toujours ligotés et se chevilles plaquées contre la chaise mais elle pouvait maintenant tenir ses mains devant elle. Joe aurait pu rester sur son si petit nuage si le nerveux ne l’avait pas empoigné et balancé de tous les côtés.
« Mmmmmphh !
- Là tu vois, elle risque pas de se sauver !
- Mouais admettons… Et pour l’argent ?
- Ben c’est pas comme si elle pouvait nous empêcher de le reprendre à la fin si elle devait gagner quoi que ce soit !
- Vous avez fini de caqueter les pipelettes ? On va pouvoir commencer ? intervint le grand.
- Ouais ouais la blinde commence à 5$ ok ? répondit l’enrobé en battant les cartes.
- Envoie ! »
Et c’est ainsi que se déroula la partie de poker la plus étrange qu’est jouée Joe. Au début les gémissements qui accompagnaient chacune des annonces de Joe provoquèrent l’hilarité générale. Au fil de la partie, il devint évident que Joe assurait une bonne deuxième place juste derrière le grand. Son bâillon rendait son visage encore plus impassible qu’à l’accoutumée ce qui constituait une maigre revanche. Au bout d’une demi-heure de jeu, l’occasion qu’elle attendait se présenta à elle : être en duel avec le nerveux. A la cinquième carte révélée, le nerveux exulta :
« Ok tapis !
- Mmmphh
- Tu suis ? Ok… Paire de reines et paire de rois !
- Mm Mm répondit Joe en révélant un carré de valets
- … Tain mais c’est pas possible !
- Ha ha tu t’es fait plumer comme une loque ! exulta le grand.
- T’avais raison c’était une bonne idée de la laisser jouer finalement ! surenchérit l’enrobé
- Vos gueules ! Rhhhaa j’y crois pas ! »
De rage il se leva, arpenta la salle puis se dirigea vers un couloir.
« Tu vas faire pleurer le colosse ? lança le grand.
- Ouais !
- T’as raison, ça va peut-être te calmer !
- MMppphphhmmmm
- Quoi qu’est-ce qu’y a encore ?
- Je crois qu’elle veut aller aussi se soulager…
- Ouais et alors ?
- Ben tu pourrais t’en occuper non ? Si elle se lâche ici, ça ne va plus être tenable combiné à tes propres relents ! ricana l’enrobé.
- T’es vraiment con… Donne-moi une bonne raison de le faire parce que l’odeur ne dérange que toi apparemment…
- MmmmmmMmm dit Joe en tendant son paquet d’argent vers le nerveux.
- Ha ha la roue tourne à ce que je vois ! Si tu veux acheter un petit tour au « trône », ça change tout ! »
Le nerveux entreprit alors de défaire les cordes qui maintenaient Joe plaquée contre la chaise puis se la balança sur l’épaule et s’en allant gaiement.
« Hé pas de conneries hein ?
- Je sais ! Foutez-moi la paix ! »
L’improbable duo sortit donc de la salle, passa devant une porte avant de s’engouffrer dans une pièce qui ne pouvait être que les toilettes si l’on basait sur l’odeur. Le nerveux fit le tour de la pièce des yeux et posa Joe avant de lui détacher les chevilles. Hum je n’en demandais pas tant « Allez dépêche-toi tu devrais pouvoir te débrouiller seule comme ça ! » Dès que Joe fut sûre d’être seule, elle repéra le vasistas et desserra les cordes de ses genoux. Ensuite elle réajusta son soutien-gorge et ramena ses cheveux devant son visage. Au bout de cinq minutes elle sortit l’air penaude, la figure basse. Le nerveux s’approcha pour lui attacher les chevilles et elle leva la tête, ses cheveux s’écartèrent et le regard du nerveux s’engouffra dans son décolleté ainsi exposé. Joe put même voir dans ses yeux que son esprit embrayait à pleine vitesse sur lubricité. Cette seconde d’inattention suffit à Joe pour qu’elle lui envoie son genou droit dans son nouveau centre de réflexion proprement masculin. Sous l’effet de la douleur et de la surprise, le nerveux bascula en avant où les poings liés de Joe lui assénèrent un violent uppercut. Le nerveux fit un tour sur lui-même avant de laisser les lois de la gravité reprendre le dessus et s’écrouler en arrière. Sa chute fut freinée par Joe comme elle le put. Voilà le secret, faire tourner la tête plus vite que le cerveau n’est capable de suivre ! D’une main experte Joe fouilla le blouson et finit par trouver un canif qu’elle utilisa à bon escient. Elle enfila le blouson, attacha le nerveux avec le peu de cordes qu’elle lui restait, enleva son bâillon dégoulinant et l’enfonça, non sans délectation dans la bouche de l’homme étendu à terre. Tout en faisant fonctionner ses mâchoires, Joe traîna le nerveux inconscient dans els toilettes. Mais avant de sortir par le vasistas, elle avait une dernière chose à vérifier et à peine cinq minutes devant elle.
Sans bruit elle se faufila vers la porte devant laquelle ils étaient passés et entra. La pièce, exiguë, ne contenait qu’un matelas sur lequel était étendu une femme ligotée tout comme elle l’était avant que Bob ne décide d’intervenir. Dans sa petite robe blanche, Joe reconnut Mme Risker qu’elle devait surveiller et source de ses problèmes immédiats. Joe referma la porte et s’approcha. Mme Risker tourna la tête vers elle et ses yeux s’écarquillèrent juste avant que des gémissements n’emplissent la pièce.
« Fermez-la ! chuchota Joe Je ne suis pas avec eux. Je vais enlever votre bâillon et vous allez me raconter ce qui s’est passé puis j’irai chercher des secours. Et vite !
- Ho merci, merci ! Où est Pedro ?
- Qui est Pedro ?
- Mon amant, nous devions nous enfuir loin de cette ville ! Mais sans argent, Pedro a voulu organiser un faux rapt et demander une rançon à mon crétin de mari ! Mme Risker reprit sa respiration et ses yeux s’embuèrent. Qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Nous devions juste attendre des amis de Pedro mais ce sont des types armés qui ont déboulé en premier. Puis les amis de Pedro ont débarqué quelques secondes après et lui ont tiré dessus… Les balles ont fusé, ho mon dieu !, on m’a tiré dessus ! On m’a…Mmmppphhhhh »
Joe lui avait remis le baîllon car la voix de Mme Risker repartait de plus belle dans les aiguës. De toute façon elle n’avait pas l’air d’être en mesure de parler et penser en même temps…
Bon récapitulons, Mme Risker et Pedro avaient prévu de rançonner le riche mari. Pedro avait mis des amis dans la confidence mais apparemment ils ont dû se dire qu’il était de trop… De son côté Mr Risker avait envoyé ses propres hommes faux policiers régler le problème…Pourquoi m’engager alors ? Non il me voulait comme témoin, il voulait sûrement simuler lui-même l’enlèvement de sa femme pour rançonner beau-papa… Bon et bien c’est une sacrée chorale de maîtres chanteurs et moi je suis à la place d’orchestre…
« Et merde ! » lâcha Joe dans ses réflexions.
« Je n’aurais pas mieux dit ! » lui répondit une voix de femme dans son dos.
Et merde !
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Réagissant de la seule manière qu’elle estimait être la meilleure dans l’état actuel des choses, Joe se retourna vivement en lançant son bras droit vers la source sonore qui l’avait surprise. Tout ce qu’elle sentit fut des cheveux qui se dérobaient sous son poing tandis qu’une forme vague, s’étant glissé sous sa garde, la projeta violemment contre le mur. Le choc fut tel qu’il mit Joe à genoux et c’est en relevant douloureusement sa tête, alourdie de trente six chandelles, qu’elle put distinguer son agresseur. Suite à la violence de l’assaut, elle s’attendait à voir Bob mais celui-ci se tenait dans l’embrasure de la porte, empêchant toute fuite désespérée et c’était bel et bien une femme qui se tenait devant elle : une femme à peine plus grande qu’elle, aux cheveux noirs de jais coupés net à la base du cou, vêtue de la même couleur de la tête aux pieds et qui irradiait de confiance en soi. D’un regard, elle fit intervenir Bob qui saisit d’une seule main les poignets d’une Joe encore embrumée et les souleva si haut qu’il la força à se tenir sur la pointe des pieds.
« Et bien, et bien, tu m’avais parlé d’une tigresse mais elle me fait plutôt penser à une anguille ! Perdrais-tu la main avec les cordes Bob ? Que cette fille s’échappe de tes étreintes non pas une mais deux fois frise l’incompétence !
- C’est surtout Jack qui s’est laissé duper ! répliqua une Bob visiblement piqué au vif.
- Suffit ! Ce sont tes hommes, leurs conneries sont les tiennes. Tâche de t’en souvenir et agis en conséquence !
- Vous n’aurez pas à me le répéter, Madame.
- Bon parce que je déteste avoir à me répéter. » conclut Madame avant de déboutonner le blouson que Joe avait piqué à Jack. Puis elle fit glisser délicatement l’ongle de son index droit le long du buste de Joe, de la base du cou jusqu’au nombril. Un contact que Joe n’aurait pu définir que comme glacial en dépit du bon sens. Ayant achevé don « inspection » Madame se pourlécha les babines.
« Réellement regrettable, j’ose à peine imaginer à côté de quelle somme nous passons en renonçant à toi…
- Renoncer à moi ? parvint à articuler Joe qui avait recouvré ses esprits.
- Tetete ne gâche pas ce moment. Bah je me console avec notre si belle prise de ce soir ! dit Madame en s’agenouillant au côté de Mme Risker qui n’avait pas arrêté d’occuper l’espace sonore par ses cris stridents. Par contre tu es horriblement bruyante ma chérie. »
Madame lui renfonça alors le bâillon au fond de la bouche et renoua le tout avec fermeté
« Ha merci bien, ironisa Joe.
- Ho mais je puis t’assurer que tout le plaisir était pour moi. Allez Bob cesse de jouer au portemanteaux et amène-la dans mon bureau. »
Ce que Bob fit dans l’instant et Joe ne put s’empêcher de remarquer à quel point il exultait de l’humilier ainsi en la faisant défiler sur la pointe des pieds et tendue comme un arc devant ses trois compères dont un, Jack le nerveux, sucrait toujours les fraises. Ils entrèrent alors dans la dernière pièce qui n’était pas condamnée par des planches de bois. Qualifier cette pièce de bureau était d’ailleurs bien généreux car deux chaises, un tabouret, une table rudimentaire et une malle militaire dans un coin constituaient son unique mobilier. Pas de paperasse, une lampe au plafond et une peinture digne de la 1ère Guerre Mondiale parachevait la description de cette salle. Bob Fit s’asseoir Joe sur le tabouret et lui enleva son blouson tandis que Madame entrait et refermait la porte. Elle s’assit, prit une cigarette qu’elle entreprit de déguster du bout de ses longs doigts tout en semblant plongée dans ses pensées. Puis elle prit la parole :
« Trouve-moi les affaires de la fille rousse du mois dernier. Sherry, n’est-ce pas ? Et donne les lui tu veux. » Bob s’exécuta et ouvrit la malle. Ce qu’y vit Joe ne présageait rien de bon car c’était un véritable arsenal de cordes et bâillons de toutes tailles qu’elle contempla. Bob en extirpa un ensemble de survêtements rose pâle avec des bandes blanches sur le côté ainsi qu’un monceau de rouleaux de corde. Le regard perplexe de Joe se porta successivement sur les vêtements puis sur Bob et enfin sur Madame mais ils se contentèrent de garder le silence. Tacitement, Joe abdiqua et enfila le survêtement, effrayée à l’idée de savoir ce que cela cachait mais ravi de ne plus avoir à déambuler en lingerie… D’un geste désinvolte de la main, Madame ordonna à Bob de se mettre à l’œuvre. Le rictus qui lui déforma le visage fit déglutir Joe.
« Pendant que Bob te prépare, nous aurons le temps de discuter Miss Mercury si c’est bien là ton nom… » lança Madame alors que Bob empoigna les bras de Joe, les passa derrière son dos et les croisa de telle façon à ce que les paumes de Joe se retrouvèrent au dessus de ses coudes, presque au niveau de ses omoplates. Déjà soumise à rude épreuve précédemment, Joe se courba sous ce nouvel effort et s’efforça de reprendre une respiration normale.
« Car vois-tu aucun de mes contacts au sein des journalistes ne connaît ton nom…
- Je suis une indépendante, je ne fais que revendre mes photos au plus offrant ! répliqua Joe entre deux respirations. Des cordes nouaient ses poignets en croix et Bob rajoutait des cordes pour lui plaquer les bras au buste.
- Je peux te confirmer que tu lui fais de l’effet Bob ! Et quant à toi, ne crois pas surtout pas m’apprendre en quoi consiste ton « travail » ! Ta jolie frimousse ne me dupera pas ! Alors flic en planque, rivaux de notre groupe ? Qui t’envoie ?!
- Mais regardez ma carte, mon appareil photo, pourquoi vous mentirais-je ? Je me suis fourrée dans d’assez sales draps ! Laissez-moi partir et gardez tout le reste je vous en prie… implora une Joe sanglotante. De son côté Bob enroulait des cordes autour des ses chevilles puis au dessus et en dessous de ses genoux comme avant mais en beaucoup plus serré.
- Oui j’ai vu tes photos et laisse-moi te dire pour une pro c’est loin d’être brillant. Et je ne te parle pas de la fausse adresse qui figure sur ta carte… A vrai dire, que tu sois ce que tu dis être, une fliquette ou bien une sale petite fouineuse ne me préoccupe pas plus que ça. Mr Risker fut très prompt à répondre positivement à notre demande de rançon et si tout se passe bien, notre avenir est des radieux !
- Et le mien pas fameux si vous me dites tout ça… Bob vérifiait maintenant chaque corde et chaque nœud, les resserrant quand ce n’était pas de son goût.
- Tout juste, nous allons disparaître de cette ville mais pas de la même manière. »
Madame se leva, ouvrit la porte et cria à Mike et Lou de ramener l’autre paquet par ici. Bob posa Joe à terre. Se tournant vers elle, Madame lui lança un regard plein d’intérêt tel un prédateur devant une proie se débattant inutilement. Ce qui n’empêcha pas Joe de lancer des ruades et compliquer la vie à Bob par pure forme malheureusement. Ce dernier lui agrippa les jambes et les plia jusqu’à ce que les talons de Joe touche ses cuisses et noua le tout avec dextérité et efficacité. Enfin Bob termina son œuvre par un hogtie de plusieurs cordes et Joe se demanda combien de mètres de corde s’enroulaient autour d’elle… Nonchalamment Madame fouilla dans la malle et en sortit un énorme ballgag rouge sombre.
« Non arrêtez, vous faites une énorme erreur ! Vous fai… MMMmpphphh !
- Ho non je ne crois pas ! »
Réduite à l’impuissance comme jamais en cette nuit maudite, Joe finit par se calmer et attendit la suite des événements avec appréhension. Très vite, Jack, Mike et Lou arrivèrent avec Mme Risker. Pendant que Bob refaisait son hogtie, Jack adressa un regard noir à Joe qui le lui renvoya sans sourciller. Puis Mike et Lou soulevèrent les deux femmes par les cordes les maintenant en hogtie comme de vulgaires valises et les déposèrent à l’arrière d’une fourgonnette vide de tout sauf un peu de moquette au plancher. Un peu de luxe ne pouvait pas faire de mal après tout… Les portières claquèrent, la fourgonnette démarra et s’enfonça dans la nuit noire. Pour se maintenir éveillée et échapper aux gémissements de sa compagne de fortune, Joe essaya de retenir le trajet parcouru en pure perte vu qu’elle ne connaissait pas leur point de départ. Au bout de ce qui lui sembla vingt minutes, la fourgonnette s’arrêta et les portes arrière s’ouvrirent en grand.
« Mike et Lou, vous vous occupez de notre invitée surprise selon nos habitudes. N’oubliez pas de tout enregistrer, je ne veux pas en perdre une miette ! Jack, Bob et moi allons au point de rendez-vous, rejoignez nous y une fois l’affaire bouclée. » Madame avait donné ses funestes ordres.
Joe fut déchargée avec la douceur habituelle des deux comparses et le trio se dirigea vers une petite maison au bord d’un quai isolé du reste des entrepôts, y pénétrèrent et le claquement de la porte qui se refermait avait des échos bien trop sinistres aux oreilles de Joe…
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