Rien d'autre qu'un poète

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Bouya2

Rien d'autre qu'un poète

Message par Bouya2 »

Ça faisait un bon moment que je n'avais plus rien écrit. Finalement, je suis venu à bout d'une petite histoire. C'est mon troisième poème prose. Ce sera le dernier pour l'instant, car j'ai d'autres projets d'écriture, mais je réutiliserai sans doute cette forme dans l'avenir.
En tout cas, ce récit est à lier avec mon premier poème en prose. Peut-être que ce serait bien de le relire pour comprendre la fin de celui-ci. Moi, de l'auto-pub ? Non, pas du tout :sifflote:
Et bonne lecture !

Je ne suis que par elle, je n'existe que par elle. Sans elle je ne suis rien. Absolument rien.
Vraiment rien ? Peut-être. Ou peut-être rien d'autre qu'un poète, si l'on considère comme des vers ce que j'écris avec l'encre qui coule dans mes veines.
Ces vers, je les ai écris pour son amour. Je les ai écris par ma haine.
Je me débat, retenu par ces liens de velours noir au pied de l'autel que je lui ai moi-même élevé.
Comment nous étions-nous rencontrés ? C'était pourtant si simple. Rien qu'une banale rencontre entre un homme et une femme. Et le lieu était tout aussi banal : un hall d'immeuble comme il s'en trouve des millions d'autres à travers le monde. Je me rendais depuis l'étage de mon building jusqu'à l'étage à la même à la même altitude, situé dans le bâtiment faisant face, de l'autre côté de la rue. Pour y parvenir, je devais prendre l'ascenseur chez moi afin de descendre, traverser la rue, puis emprunter l'autre ascenseur pour reprendre de la hauteur. Et ce, avec toute l'absurdité de deux mouvements contradictoires. Et cette absurde contradiction, je la répétais tous les jours depuis des années, sans le moindre problème. Cela allait très bien.
Pourquoi t'es tu donc interposée ? Pourquoi as-tu tout dévasté ? Et surtout, comment as-tu fait pour y parvenir si facilement ?
Je n'ai tout simplement pas pu faire la moitié de l'absurde parcours habituel, que tu avais déjà chamboulé ma vie. Il avait suffit que les portes de l'élévateur s'ouvrent, offrant le hall de mon immeuble à ma vue, comme elles le faisaient tous les jours. Mais en cette journée unique, quelquechose d'autre absorba mon regard. C'était toi. Toi et ton sourire. Il avait suffit d'un simple plissement de tes lèvres pour que tout ce que j'avais toujours vécu s'annihile.
Cela ne t'aurait-il pas suffi ? Non contente de détruire mon quotidien d'un sourire, tu as voulu en rebâtir un autre, sur les ruines fumantes du précédent. Tu m'as abordé. Je ne me souviens plus ce que tu disais, mais je me souviens que ta voix était la plus belle des mélodies que j'avais jamais perçu sur cette terre. Moi, je répondais, et je trouvais que mes sons sonnaient faux ; mais pourtant ils étaient justes, puisqu'ils provoquaient ta parole, et l'enchantement recommençait. Ceci n'avait duré que quelques minutes. Mais tes derniers mots laissaient entendre que nous nous reverrions avec joie, et cela m'avait laissé croire que le futur que tu me reconstruisait serait radieux comme un diamant.
Hélas, tout aurait pu en rester là. Un malade grave, s'il est laissé en repos, a néanmoins quelque espoir de guérison. Si tu ne m'avais jamais revu, peut-être t'aurais-je oublié. Seulement, tu m'avais rappelé. Par cette merveille technologique qu'est le téléphone, tu avais pu introduire ta mélodie dans ma demeure.
Par la suite, tout est allé si vite. Les sorties, les restaurants, les discussions et les rires enflammés, les folles nuits ensemble. C'est par ces-dernières que ma condition a commencé à s'installer. Pendant que tu me chevauchais, j'étais si émerveillé que je croyais que nous ne faisions qu'un. Et effectivement, il n'y avait qu'une seule personne dans la chambre : toi. Moi, je n'étais que ta chose. Et une fois que tu fus sure que j'avais bien assimilé ma position sans que je ne m'en rendes compte, tu les as introduits. Tu m'as fait porter les liens.

Comment pourrais-je décrire cette sensation ? Elle est si claire, et pourtant si contradictoire. Jamais je ne m'étais senti aussi libre que lorsque j'étais attaché.
Je ne pouvais pas marcher, pas courir, seulement me débattre à tes pieds. Et pourtant, je me trouvais à des années-lumières de mon quotidien, de ma vie qui oscillait entre travail et repos, de cet absurde trajet entre deux ascenseurs. Cela n'était rendu possible que par deux conditions conjointes. Le bondage, pour m'opprimer. Et toi, pour me surplomber, et me faire comprendre les joies de mon oppression. Et j'étais heureux ainsi.
Ce n'était pas un faux bonheur, auquel on fait mine de croire afin de tenir le coup et de se supporter soi-même. C'était le vrai bonheur, celui qui constitue le sens même de la vie.
Et en me ligotant, en me forçant à rester en compagnie de toi, et d'être ton jouet, tu me permettais d'échapper à moi-même. C'était cela qui me rendait extatique. Ne plus être moi, mais être ta chose. Me transformer en l'instrument de ta joie assurait la mienne, car je n'étais plus moi-même.
Et cela, tu l'avais parfaitement compris. Et cela, tu en as longuement profité. Et cela, tu l'as volontairement brisé.
Pourquoi ?

Le Mal n'existe pas en tant que tel. Il n'est que subjectif. Exactement comme le Bien, en somme. C'est sans doute pour ça qu'ils se ressemblent autant. Et donc que tu n'as pas eu de mal à faire passer le premier pour le second.
Tu avais modifié mon absurde trajet. Maintenant, je ne descendais plus seulement pour remonter à une hauteur équivalente de mon point de départ. Très souvent, il m'arrivait de descendre de chez moi pour me rendre jusqu'à ton foyer. Ce petit trajet à pied me faisait un bien fou, parcequ'il me changeait lui aussi de mes habitudes. Mais tu as absolument tenu à ce que nous habitions ensemble. Et tu savais très bien ce qui allait se passer. Et j'ai été assez con pour accepter.
J'aurais dû me rendre compte de ce qui se tramait. Tout n'était que bonheur pour moi, car tout était différent de ce à quoi je vivais. Même ton pays d'origine n'était pas le même que le mien. Tu venais d'une île relativement loin d'ici, au nord-ouest, où vous parlez une langue germanique. Moi, je ne suis qu'un terrien situé à l'ouest de son continent, ahanant une langue latine. Et je suis sûr que tu avais pris ce fait en compte pour commencer à transformer le changement en décrépitude.
C'est pour cette différence de langue que tu m'as amené dans ce grand magasin, en forme de labyrinthe, rempli de meubles et de pièces au nom aussi imprononçables les uns que les autres. Tu voulais que nous choisissions ensemble un nouveau lit, et les draps qui allaient avec. Mais en fait, c'est toi qui a décidé quel modèle nous avons pris. Et ce sont tes goûts qui ont poussé à choisir ses draps soyeux et noirs. Mais c'est moi qui les ai payé.
Et non contente de cela, c'est moi qui ait monté le lit, une fois dans notre nouvelle maison. Tu as tenu à ce que ce soi uniquement moi qui opère. Et je sais pourquoi : ce n'était pas notre lit. C'était un autel qui t'était dédié, et que j'ai moi-même élevé.

D'ailleurs, toute notre maison n'était qu'un motet à ta beauté et au pouvoir que tu avais sur moi. Je viens de dire « notre maison », mais je devrais dire « ton foyer », aussi ardent et mythique que celui d'une salamandre.
Tu avais choisi l'endroit où le bâtiment se trouvait. Isolé dans une campagne chaude du sud. Tu l'avais décidé, afin de mettre définitivement fin à mon trajet des deux ascenseurs, montant et descendant. Tu ne l'avais pas fait par bonté, mais pour me faire comprendre que mon ancienne vie était définitivement derrière moi.
Chaque meuble dans chaque pièce, c'était toi qui avait choisi de l'acheter, de le conserver ou de le jeter. Et chaque emplacement de chaque objet avait été sélectionné par tes soins.
Les poutres et les chaises étaient omniprésentes dans l'édifice, tu l'avais voulu. Tu disais qu'elles serviraient à me ligoter dans toutes les positions. Et là, tu n'avais pas menti. Mais tu ne l'avais pas fait pour moi, tu l'as fais pour tes cordes.
Tu aimais qu'elles me mordent. Partout dans la maison, à n'importequelle heure du jour ou de la nuit, dans toutes les positions possibles. Nous avons tout testé. Tu adorais que tes cordes m'entourent, que je me tortille devant toi. Que je sois ton objet, gesticulant et gémissant à tes pieds. Tu aimais mes grognements étouffés. Ainsi que me caresser et faire preuve d'attention envers moi. Et moi aussi, j'adorais tout cela. Mais comment n'ai-je pas vu que toutes ces attentions n'existaient pas parce que j'étais ton conjoint, mais parce que j'étais ta propriété ?

Je l'ai compris lorsque je me suis rendu compte que nous n'avions jamais pratiqué le bondage dans la cour de la maison. Cette toute petite cour rectangulaire, entourée de quatre murs et d'une porte marrons, au sol recouvert de sable fin, avec un poteau au centre. Ce cloître, c'était la seule chose que j'avais aménagé, dans ton foyer. Par conséquent, c'était l'unique endroit où je n'étais pas totalement à toi. Avoue-le, c'est bien pour ça que tu n'as jamais voulu m'y ligoter. Lorsque tu avançais que le soleil rendait cet endroit étouffant, je savais bien que ce n'était qu'un prétexte.

Lorsque je me suis rendu compte que tu ne me ligotais que pour me posséder comme une chose, j'ai décidé de réagir. Doucement d'abord. J'ai voulu inverser les rôles.
Au début, ça marchait bien. Tu appréciais être encordée. Tu aimais que dorénavant, c'était toi, ma chose adorée et chouchoutée. Que ce soit toi qui recevait désormais les caresses, impuissante et soumise aux liens. Que ce soit toi qui soit incapable de bouger, lors de nos folles nuits. Que tu ne sois limitée plus qu'à quelques délicieux gémissements.
Nous étions à nouveau réellement heureux. Tout aurait pu continuer ainsi. Il aurait seulement suffit que tu le désire et l'accepte. Mais non, tu ne voulais pas. Tu as dit que finalement, cela te lassait. Heureusement, tu avais choisi quelquechose pour rompre la monotonie, tout en me ramenant à mon état de ta chose ligotée.
Cependant, quelle était ta réponse ? Tu as remplacé les cordes par des liens de velours noir ! Certes c'était beau. Certes c'était doux. Mais nous en revenions à notre point-de-départ : j'étais à nouveau ta possession. Pieds et poings liés, et bâillonné, grâce à ce nouvel accessoire.

Maintenant, j'ai décidé de réagir à la hauteur de ce qu'il faut, c'est-à-dire violemment. En ce moment même, j'écris ces vers dans ma tête, grâce à l'encre qui circule dans mes veines et qui irrigue mon cerveau, car je suis ligoté. Le velours noir m'emprisonne, et me prive de ma parole. Je suis immobile au pied du lit, son autel où elle a décidé de me retenir. Quoiqu'il-en-soit, mon plan de riposte est déjà en œuvre.
Ce soir, j'ai accepté de me laisser attacher, comme d'habitude. Mais j'ai inventé un scénario, en disant que je fantasmai dessus, et que j'avais envie d'essayer. Je t'ai dit que j'aimerais que tu me ligote dans la chambre, puis que tu m'abandonnes le temps d'aller manger, car être délaissé alors que je suis attaché m'excite. J'ai dit cela, mais je ne le pensais pas. Tu as cru à mon mensonge, comme j'ai cru à la plupart des tiens. Tu m'as entravé de velours noir, et tu m'as laissé seul dans la pièce, comme je l'avais prévu.
Tu es allé manger le repas que je t'avais préparé. Tu as pensé que c'était une gentillesse conjugale. Ma pauvre, si tu te doutais de ce que tu viens d'avaler.
Ce que j'ai glissé dans ta nourriture devrait avoir commencé à faire effet, c'est le moment pour moi. Tu es une redoutable ligoteuse. Cependant, ce velours noir n'est jamais que du tissu, beaucoup moins redoutable qu'une corde.
Voilà, en forçant un peu, je me débarrasse sans peine des liens.
Je quitte la chambre, et maintenant je te vois. Tu es dans la cuisine, affalée sur ta chaise. Les somnifères insérés dans tes aliments ont fait effet. Même droguée je suis admiratif. Tu restes belle, blonde, fine, avec tes bouclettes dorées retombantes. Vêtue de ta robe beige, tu es désirable. Et justement, je te désires ; dorénavant tu seras mon objet.
Alors que tu es toujours endormie, je te prends, et je te traîne jusque dans la cour. Ce lieu est le seul où je n'ai jamais vraiment été à toi. Désormais, il sera celui où tu m'appartient. Je te sangle au poteau, avec des cordes de chanvre vieilles, mais pourtant si solides. Voilà, tu es liée au milieu de la cour, entourée des quatre murs marrons en briques grossières, du sable fin et jaune recouvrant le sol, et la porte derrière ton dos afin que tu ne la vois pas. Tes mains sont croisées derrière la poutre, tes jambes, ton tronc et tes bras sont collés contre ; les cordes passent au-dessus de ta poitrine, sur le nombril, et sous les genoux.
Pour l'instant, il fait encore nuit. Mais lorsque tu te réveilleras, le Soleil sera haut et le ciel sera bleu. Je m'arrangerai pour que tu ne connaisses plus ni le vent ni la nuit, simplement le jour et le Soleil dardant ses chauds rayons.
En faisant de moi ta chose, sans doute as-tu voulu assurer ta liberté. En gros, tu voulais ta liberté en me privant de la mienne. Peut-être est-ce courant dans ton pays d'origine, cette île au nord-ouest, je n'en sais rien. En tout cas, pour cela, je ne te parlerai plus. Mais je vais te laisser un message dans ta langue natale. Voilà pourquoi je suis en train de tracer sur le mur, en marron encore plus foncé que celui des briques, ces inscriptions : You live for Freedom / But Freedom is a lie.

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Emma
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Ce que j'adore : Les cordes en chanvre, et en jute, (et même en polypropylène!) être attachée et ne plus pouvoir bouger dans les liens, être à la merci de mon bondageur qui prend plaisir à jouer avec moi
j aime les bons chocolats, le tiramisu, le beaume de Venise
Rire lire et écrire
Ce que je déteste : les obsédés, les curieux mal intentionnés, les trolls, les prétentieux et les pédants
le bâillon, les épinards, le fromage qui ne sent pas bon

Re: Rien d'autre qu'un poète

Message par Emma »

Wahou!!
C'est vraiment une belle prose :)
" En ce moment même, j'écris ces vers dans ma tête, grâce à l'encre qui circule dans mes veines et qui irrigue mon cerveau, car je suis ligoté. Le velours noir m'emprisonne, et me prive de ma parole." :admire:

J'ai même cru à l'arsonic dans le repas, j'ai eu des sueurs froides jusqu'à la lecture de " somnifères " !
J'espère que tu auras l'inspiration encore et encore!!
:gagged: :bandeau: L'art si attachant du bondage :bandeau: :gagged:

dark gentleman

Re: Rien d'autre qu'un poète

Message par dark gentleman »

Quel beau "prequel" pour ton récit!
Comme toujours c'est très bien écrit, et tu sais bien nous conduire dans les méandres de ta folie.
Emma a écrit :J'ai même cru à l'arsonic dans le repas, j'ai eu des sueurs froides jusqu'à la lecture de " somnifères " !
J'espère que tu auras l'inspiration encore et encore!!
C'est bizarre, car en ce qui me concerne c'est à partir de "somnifères" et de la suite du texte que j'ai commencé à avoir des sueurs froides... comme quoi ;)

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Re: Rien d'autre qu'un poète

Message par Emma »

:lol: justement l'arsonic est mortel rapidement, les somnifères offrent un moment de répit!!
:gagged: :bandeau: L'art si attachant du bondage :bandeau: :gagged:

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Mad Hatter
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Ce que je déteste : Le manque de respect envers autrui, les bettraves, les chiens quand ils veulent jouer avec les cyclistes ;p
Localisation : Partout et nulle part à la fois.

Re: Rien d'autre qu'un poète

Message par Mad Hatter »

Très beau prequel Bouya
De l'Ordre nait le Chaos.
Ou est-ce l'inverse ?
Jervis Tetch dans L'asile d'Arkham


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les synonymes de fou sont intéressants Image

Harajuku

Re: Rien d'autre qu'un poète

Message par Harajuku »

ça fais froid dans le dos

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