
1. Une paix chèrement acquise
[hidden]Un peu d'ambiance
Le royaume de Verdor vivait sa période la plus sombre. Ces contrées autrefois paisibles et fertiles étaient maintenant en proie à la dévastation apportée par les forces des Morteterres. Le Grand Sorcier Malzar avait rassemblé et relâché une horde d'un autre monde sur son royaume voisin. Les soldats du Verdor tenaient bon, mais leur lames glissaient sur les écailles de créatures mi-homme mi-loup, desquels les griffes transperçaient les cotes de maille sans aucune difficulté.
Les champs autrefois fertiles n'étaient maintenant que forets de blé mort, figé comme pour rappeler leur vie passée. La population terrorisée s'était réfugiée dans la cité royale de Verdor. Dehors les combats faisaient rage. Les régiments de gardes peinaient à défendre les points stratégique du royaume.
Le Duc de Haute Plaine dirigeait l'un de ces régiments. Alexandre, son écuyer, l'accompagnait dans ces batailles. Il avait appris à manier l'épée et la lance contre ces créatures maléfiques, il avait apris à ne pas compter sur une armure pour sa protection. Du haut de son jeune âge, il avait la force d'un adulte et l'agilité d'un enfant. Il avait repoussé avec succès les assauts, grâce à l'enseignement de son maître. Toutefois, comme pour de nombreux soldats, l'espoir semblait le quitter.
Alors que les forces des troupes diminuaient, un jour, les combats s'arrêtèrent. Peu de temps après un messager rappelait les différents régiments à la cité royale. Un accord avait été trouvé entre la famille Royale et le Grand Sorcier.
La seconde nuit à la cité, le Duc de Haute Plaine fut convié à la cour. Alexandre arrangea ses cheveux bruns coupés court, passa de l'eau sur son corps svelte aux muscles sculptés par les rudes batailles avant de passer une simple tunique pour accompagner son maître.
La famille royale avait une fille, Alisteria, qui venait d'avoir l'âge d'être mariée. Cette nuit là les esprits étaient apaisés par plusieurs jours de paix. Mais cette paix avait un prix : la princesse. Le roi et la reine attendaient à la porte du palais, les parents peinaient à cacher leur anxiété, leur fille gardait un air noble. La tiare d'or reposait sur se cheveux blonds et se reflétait à la lumière vacillante des torches, tout comme ses yeux bleus. Sa robe rose pâle flottait doucement sous la brise nocturne. Elle restait immobile, ses mains habillés de longs gants blancs serrées l'une dans l'autre.
Les hommes de la cour formaient une haie le long de l'allée principale. Une troupe de grandes armures d'un noir des plus profonds et pourtant des plus étincelants s'avançait lentement dans un rythme métallique implacable. Les premières portaient une cage dans laquelle un gros chien pourrait se sentir à l'étroit, des chaînes et anneaux accrochés aux barreaux tintaient au rythme des pas.
La troupe arriva près de la famille royale et la cage fut posée au sol. La face avant fut soulevée et les armures se figèrent. La princesse embrassa une dernière fois ses parents et s'avança dignement vers sa prison. Elle dut se retourner pour s'y asseoir et rentrer à reculons. La cage semblait avoir été conçue sur mesure. Le dos droit au fond, sa tête arrivait juste sous le haut. La jeune fille dut se déchausser pour entrer ses pieds en ramenant ses genoux contre elle.
La princesse respira profondément. Alexandre bouillait d'envie d'intervenir, mais il savait que la survie du royaume nécessitait ce sacrifice. Alisteria prit calmement les anneaux près de ses pieds, reliés entre eux et aux barreaux de la cage. Ces anneaux étaient lisses et brillantes comme les plus belles pièces des plus grands orfèvres et ne présentaient aucune serrure. Elle les referma calmenent sur ses chevilles. Une fois refermées, les menottes semblaient avoir étées forgées d'une pièce sur elle. Sur les cotés, le même genre d'anneaux pendait largement près de ses épaules. Elle fixa son poignet gauche, puis le droit en profitant de la longueur de la chaîne.
Une fois emprisonnée, les chaînes se rétractèrent vivement dans un chaos de cliquetis, plaquant les membres de la princesse contre la cage sans aucun mouvement possible. La porte de rabattit en grinçant et les armures s'animèrent pour porter la cage.
Alors qu'elles œuvraient pour faire demi-tour, un voile plus noir que la nuit s'étendit sur les tours de la cage. Ce fut la dernière fois que les habitants de Verdor virent la princesse.
Pourtant dès le lendemain des messagers furent envoyés dans tous les royaumes à la recherche de champions. Celui qui parviendra à délivrer la belle Alisteria obtiendrait alors sa main et la succession du royaume.
De nombreux grands chevaliers partirent à l'aventure, mais aucun d'eux ne revint avec la princesse, rares d'ailleurs furent ceux qui revinrent.
5 ans passèrent, durant lesquels le jeune Alexandre continuait son apprentissage. La nuit du départ de la princesse restait gravée dans son esprit et malgré son expérience contre les créatures surnaturelles, son maître lui avait interdit de partir. Il profitait de son apprentissage pour rassembler le plus d'informations possible sur le seigneur Malzar et son royaume. Dans les écrits sur les Morteterres, dans les récits des anciens combattants dans les légendes et même les livres interdits de magie noire.
Il avait appris que la jeune Alisteria n'a jamais cédé. Le sorcier, las de son entêtement, l'avait enfermée dans une forteresse aux confins perdues de son royaumes. Cette forteresse était gardée par un dragon noir aux yeux de flammes. Plus il en apprenait, plus sa volonté de la délivrer se renforçait.[/hidden]
2. Confrontation
[hidden]Un peu d'ambiance
Lorsqu'il fut adoubé, il se mit en quête de cette forteresse et de retrouver la belle princesse.
Il avait fait forger une nouvelle lance dans l'argent le plus pur, il avait coulé la lame de sa légère épée dans les plus chaudes fonderies. Il avait dompté Vaillance, le plus nerveux des chevaux royaux. Il avait combattu sans mal brigands et bêtes sauvages et sauvé moult villageois et villageoises. Mais il savait que ces épreuves n'étaient rien, face à ce qu'il avait traversé et ce qui l'attendait.
Armé de sa longue lance et de son épée et chevauchant sa fidèle monture, il traversa forêts inhospitalières, montagnes abruptes et s'était frayé un chemin dans les marais malsains des Morteterres avant d'apercevoir la silhouette de la forteresse se découper sur le ciel sombre et orageux. Au sommet de la plus haute tour, de la lumière sortait d'une large fenêtre ornée de vitraux.
Comme il s'y attendait, la herse était levée et le pont-levis rabaissé. Alexandre avait appris à déjouer les pièges et une telle facilité ne cachait qu'un dangereux gardien. Il s'apprêtait à affronter le dragon noir, avec toute la ferveur qui l'avait accompagnée lors de ses exploits.
Dans une gigantesque pièce ornée de nombreux piliers de pierre et des restes épars de métal et d'os des précédents champions, le dragon sommeillait devant un escalier en colimaçon interminable. Son sommeil s'interrompit à l'instant même où le chevalier pénétra dans la salle. Le rugissement de la bête ébranla les pierres massives, ses yeux s'illuminèrent telles des braises incandescentes. Les hommes-loup avaient beau avoir été de redoutables adversaires, une attaque frontale mènerait le chevalier à sa perte.
Le vaillant homme profitait des larges pilier comme bouclier contre les flots roulants de flammes, s'éloignait toujours autant que possible des larges griffes. Alexandre observait son adversaire. Son cœur battait à tout rompre, la sueur perlait le long de son front et de ses joues. Le combat allait être long, il n'avait aperçu aucune opportunité d'attaque.
Le dragon semblait courroucé par la ténacité de son adversaire, sûrement n'avait-il pas l'habitude d'un adversaire aussi endurant. Ils avaient déjà parcouru la salle de long en large, le chevalier avait manqué plusieurs fois de griller entre deux piliers, plusieurs fois évité de justesse une paire de griffes s'enroulant autour de son abri.
Le petit jeu du chat et de la souris continua un moment. Le Dragon, comme poussé à bout par son adversaire laissa s'exprimer sa frustration. Il se posa à quatre pattes et rugit du plus fort qu'il put, la tête au raz du sol. L'air empestait le souffre, le souffle du dragon soulevait des épais nuages de poussières et le jeune héros saisit l'occasion : il empoigna sa lance, et de toute sa puissance et sa volonté la projeta vers l'œil du monstre qui se détachait dans le voile de poussière comme une lanterne.
La fortune accompagnait le valeureux chevalier. La lance s'enfonça sans difficulté, et le dragon hurla de plus belle en se redressant de tout son corps avant de s'effondrer comme une masse. Le sol trembla sous le choc, tout semblait virevolter et Alexandre perdit l'équilibre. Il se releva haletant, fier de sa nouvelle victoire, observant le dragon inerte alors que la poussière retombait petit à petit dans le calme le plus complet.
Seul les innombrables marches le séparaient maintenant de la merveilleuse Alisteria. Il récupéra sa lance, le métal était chaud mais clair. Le Dragon ne semblait pas avoir d'entrailles.
Après avoir repris son souffle et dépoussiéré les lambeaux de sa tunique, il entreprit de gravir lentement les marches, savourant son nouvel exploit.[/hidden]
3. Retrouvailles
[hidden]Un peu d'ambiance
Une fois en haut, il découvrit une grande chambre luxueusement aménagée. De lourdes tentures ornaient les murs, le grand vitrail offrait des reflets colorés à la douce lueur des nombreuses torches dont le feu magique était éternel et régulier. La princesse, vêtue d'une riche robe rose et de longs gants blancs était allongée dans un large lit en or à baldaquin recouvert de luxueux voiles blancs. Le chevalier déposa son arme à l'entrée de la pièce et s'approcha du lit.
Il constata avec surprise que la belle dormait, malgré le raffut de la précédente bataille. Le chevalier s'approcha doucement du lit et écarta le voile. La princesse Alisteria était plus belle encore qu'il n'y a 5 ans. Sa tiare, ses boucles d'oreilles et son collier dorés ne faisait qu'ajouter de la splendeur à ses longs cheveux blonds qui encadraient son visage fin. Il passa quelques temps à l'observer.
Le paisible visage de la princesse se transforma petit à petit en moue et elle ouvrit les yeux d'un bleu aussi pur qu'un ciel d'été. Elle les écarquilla et laissa échapper un cri de surprise. Assise sur le lit, elle s'éloignait de son sauveur jusqu'à l'autre bout du lit. Face à elle, un homme fort, couvert de boue séchée et d'égratignures sous ses vêtements en loques empestait d'une odeur de souffre mélangée à la sueur qui couvrait largement le parfum délicat de la princesse.
Le chevalier mit quelques instants avant de réaliser la situation.
"Mes excuses, si je devais faire attention à mon apparence en affrontant tous les dangers je n'aurai jamais réussi quoi que ce soit ! Je suis le chevalier Alexandre, Alexandre de la Haute Prairie, vous souvenez-vous de moi ?"
La princesse le fixa sans rien dire, et fit non de la tête. Devant son manque de loquacité, le jeune homme s'agenouilla devant le lit et poursuivit :
"J'ai parcouru tout le royaume du Seigneur Noir, enduré les forêts, les montagnes, les marais et affronté le dragon pour venir vous secourir." Sur ces derniers mots, il invita la belle princesse d'une main garnie de nombreuses éraflures.
"Non je ne viendrai pas, je suis bien ici, je ne vais pas repartir avec un gueux massacreur de dragons." Elle enserra un coussin contre son ventre et tourna la tête pour appuyer ses dires.
"Mais enfin soyez raisonnable, une vie de bonheur et de liberté vous attends dans votre royaume, vos parents désespèrent de vous revoir."
La princesse laissa un blanc, puis répondit :
"Bon, d'accord, mais il y a un grand bain dans la pièce voisine, l'eau y est toujours à la bonne température et toujours propre. Vous en avez besoin."
Le chevalier se redressa et salua respectueusement la princesse avant de partir pour la pièce voisine.
Le bain lui fit le plus grand bien, sa peau retrouva une couleur normale, ses blessures s'atténuèrent même au contact de l'eau. Il fut impressionné et n'eut pas besoin de beaucoup de temps pour retrouver une apparence convenable.
À son retour, la pièce était vide. Pas de traces de la princesse, mis à part son parfum à la fois subtil et fort. Il se précipita dans les escaliers, mais au bout de quelques marches il se ravisa. En effet il ne sentait plus ici que l'odeur des pierres et du souffre. Elle devait toujours être en haut. Il remonta le plus silencieusement possible les marches, et retrouva la belle femme qui sortait doucement d'une grande armoire. Lorsqu'elle l'aperçut elle retourna brusquement dans le meuble et tentait de refermer la porte comme elle le pouvait.
"Assez joué maintenant votre altesse, vous devez m'accompagner maintenant !"
"Et pourquoi donc ? Je n'ai rien demandé à personne moi. Je suis bien ici."
"Mais vous avez été enlevée et arrachée à vos parents ! Vous ne vous souvenez pas ?"
"Ici j'ai tout ce que je veux, ce vieux fou croit que je lui en serait reconnaissante un jour et accepterai de l'épouser. Il me laisse tranquille en attendant ce jour. Si je dois encore partir alors il faudra encore m'enlever."
La porte s'ouvrit d'un coup, elle se tenait debout bras croisés dans sa grande penderie et gardait son air de défiance, la tête haute, détournant le regard du chevalier.
"S'il n'y a que ce moyen de vous convaincre. Avec toutes mes excuses et ma considération…"
Il saisit une large ceinture de tissu d'un rose un peu plus foncé que la robe et l'appliqua délicatement autour du torse de la princesse, enserrant ses bras. Celle-ci restait impassible. Une fois fait, il la poussa gentillement pour l'inviter à sortir de la penderie. Passée devant le chevalier elle leva brusquement les bras et se débarrassa de la ceinture qu'elle jeta au sol avant de croiser les bras.
"Il va falloir m'attacher mieux que ça si vous ne voulez pas que je me sauve en route. Un chevalier de votre tempe ne saurait-il même pas ligoter une demoiselle ?" Dit-elle sans se retourner. Son air hautain s'était transformé en un air moqueur et provocateur.
"Sachez votre altesse qu'il est plus dans nos talents de les sauver que de les enlever."
Il saisit alors un ruban assorti à la robe de la princesse et l'invita à placer ses mains dans son dos. Elle s'exécuta et le chevalier ligota ses délicats poignets dans le bas du dos. À l'aide d'un second ruban plus large de la même couleur, il entreprit de lier les bras de la princesse au niveau des coudes. Les rubans se détachaient de la pureté de ses longs gants et n'en faisaient que réhausser leur élégance.
"Cela vous convient-il mieux votre altesse ?"
Elle remua les bras et constata que ses liens tenaient bon. Elle s'avança vers un large miroir pour se contempler un instant.
"Ce n'est pas si mal, mais je sens qu'avec un peu de temps je vais m'en sortir." dit elle en observant les rubans se tordre sous les mouvements de ses bras.
Le chevalier saisit alors la ceinture laissée au sol et l'appliqua autour de la taille de la princesse, emprisonnant ses bras contre son corps.
"Voilà qui est déjà mieux" commenta la belle Alisteria en le regardant dans le miroir.
Le héros ne s'arrêta pas là. Il saisit deux longues étoles d'un rouge profond et demanda à la princesse de s'asseoir sur le bord de son lit. Sa robe légèrement remontée montrait de merveilleuses chaussures à talon vernies sous la dentelle blanche qui barrait de façon régulière la jupe.
"J'ai bien peur que vous ne puissiez pas traverser le marais correctement avec de telles chausses."
Le jeune homme entoura une étole plusieurs fois autour des fragiles chevilles de la princesse tout en continuant:
"Mon cheval attends à la sortie du marais, je vous porterai jusque là." Il finit sa phrase en nouant la bande de tissu. "Et pour finir je pense que je supporterai assez mal vos remarques pendant cette période."
Il présenta la seconde étole devant la bouche de la merveilleuse Alisteria qui l'ouvrit lentement. L'étoffe fit plusieurs tours autour de sa tête en prenant soin de ne pas se prendre dans sa longue chevelure.
"Pouvons-nous partir maintenant ?"
"Mmmm..." La princesse leva les yeux au plafonds puis fit non de la tête. En réponse le chevalier laissa tomber ses épaules.
"He ne fe ha ouar he faïsahe ihond hi enhour ha forhehesse."
Le jeune homme resta interdit. Face à son manque de réaction, la belle princesse avança son visage vers lui et cligna des yeux avant de les garder fermés. Le chevalier resta un instant sans bouger puis s'enquit d'un foulard blanc. Il le plaça sur les yeux de la jeune femme et le noua derrière la tête. Une fois fait il s'écarta un peu et attendit la réaction de la capricieuse Alisteria.
Celle-ci se leva du lit et s'approcha du chevalier par petits bonds. Alexandre souleva la délicate princesse sans difficulté et la porta sur son épaule en sortant de la forteresse. "Quelles épreuves ne faut-il pas affronter…" pensa-t-il.[/hidden]
4. En route !
[hidden]Un peu d'ambiance
Le retour à travers le marais fut simplifié par la présence des marques du passage du chevalier à l'aller. Mais le fardeau gigotant qu'il portait lui compliquait la tâche sur le sol parfois glissant. Le chevalier lui demanda à plusieurs reprises de se tenir tranquille pour ne pas tomber, mais la princesse n'en faisait qu'à sa tête et semblait prendre un certain plaisir à essayer de se libérer.
Exténué et fortement agacé par le comportement de la demoiselle, Alexandre finit par laisser échapper sa colère. Il déposa sèchement la belle sur le sol mou et ses talons s'enfoncèrent sans difficulté. Il passa sa longue lance entre ses bras et son dos et l'enfonça fermement dans le sol, ce qui finit de figer la princesse. Sans ajouter un mot, il s'éloigna d'un pas décidé ignorant les gémissements autoritaires de la captive.
Assis contre un arbre à quelques dizaines de mètres, le chevalier observait celle qu'il venait de libérer se trémousser le long de sa lance. Ligotée, bâillonnée et les yeux bandés dans un marais peu accueillant la princesse avait perdu toute sa défiance, mais pas de sa splendeur. Ses gémissements étaient maintenant plaintifs. Au bout de quelques instants, elle se laissa silencieusement glisser lentement le long de la lance vers le sol. Ses genoux s'avançaient au fur et à mesure que ses poignets rejoignaient ses chevilles. Ses épaules ne montraient par contre aucun relâchement et sa tête droite gardait la fierté de son rang. La lance, si bien enfoncée ne bougea pas. Le héros revint alors à ses cotés et sans un mot la redressa doucement avant de la libérer de son arme.
Étrangement, le bas de la robe de la princesse restait immaculé, malgré le sol boueux. Il en allait de même pour ses chaussures. Bien qu'interloqué le chevalier repris la princesse sur son épaule pour reprendre la route.
La suite du voyage fut dès lors plus calme, le chevalier pouvaient se concentrer sur ses pas sans être perturbé par les mouvements intempestifs de la princesse. Au bout de quelques heures sans autre embûche que quelques glissades ils sortirent du marais. Le paysage faisait maintenant place à la forêt encore boueuse. Arrivé dans une petite clairière, la brave monture rejoignit en quelques instants son chevalier.
Alexandre allongea la belle Alisteria sur la selle, et conduit le cheval à pied le temps de retrouver un terrain plus accueillant. Pendant ce temps là, la princesse profitant d'une position plus stable testait ses liens, jouait des mains et des pieds mais la peur de perdre l'équilibre réduisait l'ampleur de ses mouvements.
Il parcoururent ainsi quelques kilomètre sans dire un mot. Le chevalier contemplait par moment son altesse, son visage largement masqué par les étoffes, ses petits mouvements gracieux jouant des liens sans violence, se cheveux qui rebondissaient à chaque pas de la monture. À quoi pouvait-elle bien penser ?[/hidden]
5. Le bivouac
[hidden]Un peu d'ambiance
Les bois se faisaient plus clairsemés, annonçant la proximité des montagnes. La nuit commençait à tomber, il valait mieux établir un campement ici. Alexandre installa une petite tente en surveillant du coin de l'œil la princesse, toujours étendue sur le cheval. Elle avait cessé de gigoter pour chercher en vain une position de repos plus confortable.
Une fois l'abri monté, il assit la captive à l'intérieur en se courbant et dénoua l'étole rouge qui couvrait sa bouche, découvrant ses lèvres de couleur aussi intense sous le foulard blanc qui masquait ses yeux.
"Nous allons passer la nuit ici, demain nous traverseront les montagnes qui séparent le royaume de Malzar du vôtre."
"J'ai mal aux bras." répondit-elle plaintive en remuant les épaules, semblant ne pas avoir écouté son interlocuteur.
Le chevalier défit alors la ceinture et les deux rubans roses qui maintenaient ses bras. Ceux-ci qui rejoignirent l'étole à coté de la princesse. Cette dernière s'étira de tout ce qu'elle put en soupirant, les jambes toujours attachées et les yeux bandés.
"J'ai besoin de me dégourdir un peu les jambes, et la selle n'est pas très confortable"
"Je suis désolé mais c'est vous qui désiriez que je vous enlève." répondit immédiatement le héros.
"Je n'en demandais pas tant.", lui rétorqua-t-elle en baissant légèrement la tête pour défaire son bandeau. Elle déposa le foulard du bout des doigts sur les autres liens.
"Vous pourriez être un peu plus précise dans vos requêtes."
"À quoi bon être chevalier, si c'est pour accomplir les tâches d'un laquais ?"
Le yeux de la princesse fixèrent son interlocuteur, l'intensité du regard finit de déstabiliser le chevalier. Il ne sut quoi répondre et ne chercha d'ailleurs pas à entretenir le débat. Devant son silence elle avait commencé à se libérer les jambes. Le petit tas de liens semblait refléter la lumière pourtant faible et comme la tenue de la belle ne présentaient aucune souillure, pas même le bâillon qui semblait avoir séché en quelques instants. Ils sortirent tout deux de la tente et la jeune femme fit quelques pas pendant qu'Alexandre préparait un petit feu. Après quelques minutes d'immobilisme près de lui, elle reprit la parole, comme ennuyée :
"Pendant que vous préparez à manger je vais aller me balader un peu cueillir des fleurs"
"Ne vous éloignez pas trop, ce sera vite prêt. Et nous ne savons pas quel danger peut surgir dans la forêt."
La belle Alisteria s'éloigna gracieusement, sous l'œil de son chevalier. Les fleurs ne manquaient pas dans cette région sauvage. Elle en récolta un certain nombre avec élégance, puis d'un coup se mit à courir entre les arbres. Le chevalier ne tarda pas à se mettre à sa poursuite. En meilleure condition physique et mieux chaussé il la rattrapa rapidement.
Il se jeta sur elle et la ceintura de ses bras en la soulevant du sol. La princesse lâcha les fleurs dans un petit cri de surprise et tenta vainement de se libérer des bras puissant de son sauveur. Il la transporta ainsi au campement jusque sous la tente en contenant sa colère.
"Mais enfin où avez vous la tête ? Vous ne savez à peine où nous nous trouvons, et encore moins d'où vous venez. Où comptiez vous allez comme ça ? Au mieux vous croiseriez un homme du Seigneur Noir, au pire une bête sauvage affamée."
La princesse assise devant lui garda le silence et répondit en croisant les bras tout évitant son regard et d'un air hautain. Le chevalier soupira, puis attrapa une étole pour rattacher ses jambes. Comme dans la forteresse, Alisteria ne montrait aucune résistance, elle restait immobile. Il se plaça derrière elle, les rubans en main et la princesse plaça aussitôt ses bras derrière le dos. Il la rattacha de la même façon que précédemment, noua la ceinture autour du torse et lui demanda de s'allonger sur le dos. Avec l'étole qui lui restait, il relia celle autour de ses chevilles à la ceinture.
"Voilà qui devrait vous tenir tranquille le temps que je finisse de préparer le repas. Autre chose ?"
"Il manque le bandeau." lui répondit-elle aussitôt.
Il se plia à ses désirs avant de sortir de la tente. Le chevalier profita de la cuisson pour prendre un peu de repos, alors qu'il entendait les bruissements des vêtements de la belle dans l'abri. Alexandre avait accompli de nombreux exploits, gagné de rudes batailles, mais il n'avais encore jamais gardé une princesse en captivité. Étrange sensation, à l'opposé des valeurs qu'il avait toujours défendu mais après tout elle avait l'air de s'y plaire ainsi et être déterminée à subir ce traitement. L'odeur de cuisson le tira de sa rêverie. Il rejoignit la princesse avec une petite jatte remplie de nourriture.
Il la déposa dans un coin de la tente et défit l'étole de la ceinture pour la faire s'asseoir.
"Je vous détache pour manger ?"
La princesse fit non de la tête vigoureusement.
"C'est bien ce que je pensais."
Il lui donna alors son repas, sans qu'elle puisse même le voir. C'en était d'ailleurs peut être mieux ainsi, habituée à des repas luxueux il eut droit à une vague de reproche sur ses talents de cuisinier. Au moins il avait évité les remarques sur la présentation de son plat. Le repas de la princesse terminé, il sortit prendre le siens.
Il n'eut pas à attendre longtemps avant de voir les pieds liés dépasser de la tente, le bas des jambes accompagnées de l'étole traînante, puis de la voir se mettre debout en sortant entièrement. Il observa la scène amusé : pieds et poings liés, sans savoir où elle pouvait bien aller, la merveilleuse Alisteria semblait chercher de ses yeux aveuglés une direction à prendre. Elle entreprit ensuite quelques bonds au hasard et laissa échapper des petits cris de surprise lorsque le sol capricieux lui rendait la réception difficile. Il termina son repas en la regardant et fut étonné de son équilibre, toujours debout malgré de grands balancements sur le sol irrégulier et trop mou pour ses talons. À la fin de son repas, elle n'avais pas parcouru dix mètres et il n'eut pas de mal à la rejoindre.
En l'entendant s'approcher, le princesse se tourna comme pour le regarder et se mit à sautiller plus rapidement avec de petits cris mélangeant tension et amusement. Le chevalier accéléra pour la soulever sur son épaule avant qu'elle ne perde l'équilibre, puis il la conduit de nouveau sous la tente sous les rires amusés de la princesse. "Si elle s'amuse, c'est toujours ça de pris" pensa-t-il en souriant. De nouveau sous la tente, il l'allongea sur la couche.
"Je vous laisserai bien dormir comme ça mais je pense que vous aurez rapidement mal au bras et aux épaules, alors qu'est ce que vous proposez ?"
La princesse sourit avant de répondre :
"C'est vrai. Alors je propose de me détacher les coudes et de m'attacher les bras croisés, ça sera un peu plus confortable."
"Et pour que vous ne sortiez pas de la tente sans vous détacher au préalable ?"
"Je constate que vous commencez à penser à tout", répondit-elle en élargissant son sourire, "vous n'avez qu'a m'attacher les jambes à la tente."
"Selon vos désir, votre altesse."
Le valeureux chevalier libéra alors les bras de sa princesse, pour croiser ses poignets dans le bas du dos. Il les attacha deux fois, avec les deux rubans, avant de s'occuper de ses chevilles. L'étole y était encore attachée et ne demandait qu'à s'enrouler autour de la structure de la tente. Pour finir, il passa la ceinture autour du bras de la princesse et noua une large boucle. Il la torsada plusieurs fois pour créer une seconde boucle et y passa son propre bras avant de se coucher.
"Voilà, ainsi s'il vous prenait l'envie de vous lever la nuit pour vous détacher les jambes il faudra aussi me soulever."
"Bonne nuit, mon preux chevalier."
"Bonne nuit votre altesse."
Il eut alors tout le loisir de contempler le visage serein et détendu de la belle Alisteria près du sien. Si ses yeux étaient masqués, le tissu éclatant semblait rayonner sur son visage, tout comme son sourire apaisé. Il s'endormit d'un œil après elle, habitué à veiller lors des nuits de voyage.[/hidden]
6. Le rêve se brise
[hidden]Un peu d'ambiance
La nuit était bien entamée lorsque le chevalier se réveilla en sursaut en réponse à un bruit trop familier accompagné du hennissement et des sabots de sa monture. Dans son geste il avait tiré le bras de la princesse par la ceinture qui les reliait. Il prit juste le temps de se libérer d'elle pour se précipiter au dehors, la lame au clair.
Avant même d'avoir aperçu les alentours, sa lame vint entailler une bête noire, terminant son mouvement par une giclée de sang. La bête recula, pas un de ces hommes-loup, le chien qui se tenait devant lui ne lui arrivait qu'à la taille mais partageait les mêmes griffes que ses cousins. Ses contours étaient flous dans le reflet de la lune, mais les yeux se détachaient de la pénombre très nettement.
Ce n'était pas un, mais quatre chiens qui encerclaient la tente. Seul il pourrait s'en sortir, mais la princesse encore ligotée aurait du mal à le suivre. Il semble d'ailleurs que les bêtes soient plus intéressées par la tente que lui même. Il profita de l'occasion pour foncer sur le premier devant lui et lui asséner un coup d'estoc. Le chien évita de justesse, mais le chevalier ne se laissa pas surprendre pour reprendre immédiatement l'attaque. La lame vint se plaquer sur le museau mais s'arrêta net sur l'os, laissant une marque rouge sur la bête qui ne sembla pas broncher pour autant.
Alexandre pouvait continuer à repousser son adversaire, si la meute n'était pas en train de déchirer la toile de la tente. Il bondit en arrière pour frapper large en espérant les chasser. Son mouvement de repli lui valu une large griffe tout le long du dos. Le combattant en avait vu d'autre mais pris au dépourvu il se retourna contre son premier adversaire, maintenant trop près. La griffe se planta dans son bras, il ne put tenir son arme sous la douleur.
La toile s'envola, Alisteria se tenait debout dos à lui, toujours attachée. Les chiens s'arrêtèrent net. Pendant quelques secondes le temps semblait s'être arrêté.
Elle tourna vivement la tête et les bêtes s'enfuirent sans demander leur reste en couinant. L'air de la princesse avait bien changé, le sourire de la veille avait laissé place à un rictus inquiétant mais le plus marquant était cette lueur rouge diffuse à travers le foulard blanc sur ses yeux.
Le chevalier resta figé de stupeur, un long frisson lui parcourait l'échine endolorie. Était-ce toujours la frêle princesse qui se tenait devant ses yeux ? La lueur avait disparu des yeux de la jeune femme et elle s'effondra sur sa couche. Il se précipita vers elle en ignorant la douleur pour la détacher. Elle respirait lentement mais profondément. Il délia les deux rubans qui maintenaient ses mains puis l'étole qui retenait ses jambes. Alors qu'il s'apprêtait à défaire le bandeau, la princesse l'arrêta net en saisissant son poignet.
"Non ! Pas maintenant…"
La jeune femme remonta doucement ses mains vers le bras blessé. Le jeune homme ressentit des picotements tout du long de sa blessure, la douleur le fit fermer les yeux et serrer les dents. Lorsque la sensation disparut, le chevalier constata que la blessure n'était plus.
"Tournez vous", lui ordonna la princesse, toujours les yeux bandés.
Alexandre hésita un instant avant de se tourner. La douleur se fit plus forte encore le long de son dos. Tous ses muscles se raidirent, il était sur le point de ne plus pouvoir retenir un cri de douleur lorsque tout s'arrêta.
"Il faut partir maintenant, le Seigneur Malzar sait où nous sommes." lui annonça la princesse d'un air grave en retirant son bandeau.
Ses yeux d'un bleu profond paraissaient plus éclatant encore que la veille. Elle l'invita à rassembler les affaires alors qu'elle s'éloigna quelques peu avec l'arme du chevalier.
Alexandre était dépassé. Alisteria avait changé, la jeune femme insouciante et joueuse était maintenant sûre d'elle, trop selon le chevalier. La fidèle monture se rapprocha de son maître et le tira de ses pensées. Il rassembla les restes de la tente en prenant soin de plier délicatement les accessoires de la princesse qui la maintenait prisonnière. Plus loin, cette dernière avait choisi une fine branche souple d'un arbre qu'elle sectionna du bout des bras pour en tirer une longueur un peu plus grande qu'elle. Il la vit de dos la glisser dans ses mains et la branche s'assouplit d'avantage, perdit ses feuilles et devint aussi lisse que ses gants.
Cette étrangeté n'étonna plus le chevalier. Son esprit semblait verrouillé, incapable de se débarrasser de la vision du visage de la princesse quelques instants auparavant.
La jeune femme passa une extrémité autour du cou et la noua comme un collier. Elle fit glisser extrémité pendante entre ses mains pour en attraper l'autre bout et revint vers son sauveur. L'homme récupéra son arme et la princesse présenta gracieusement le lien.
"Ce n'est pas grand chose, mais ce sera mieux que rien. Nous avons assez perdu de temps, nous devons nous mettre en route".
Le chevalier grimpa sur sa monture, ne trouvant d'autre chose à faire que lui obéir pour l'instant. Il aida la princesse à se placer en travers devant lui. Une fois installée la jeune femme présenta délicatement ses poignets devant elle, sans dire un mot il enroula plusieurs fois la corde boisée autour et elle se blottit contre son épaule.
Ils partirent ainsi en direction des montagnes, guidé par la lueur de la lune qui peinait à traverser les branchages. Alexandre, bien que réconforté par la chaleur du corps de la princesse apaisée près d'elle, gardait en tête les quelques secondes d'emprise de sa captive sur les chiens de Malzar, l'éclat rougeoyant de ses yeux, ses pouvoirs cachés. Quelles surprises pouvait-elle encore lui cacher ? À quel jeu était-elle en train de jouer avec lui ?[/hidden]
7. Nouvelle rencontre
[hidden]Padzik !
Ils avaient chevauché le restant de la nuit, la princesse semblait dormir, bercée par le balancement du cheval. Le jour commençais à poindre, au fil du voyage la forêt s'était faite moins dense. La rocaille couvrait le chemin plus irrégulier plus ils avançaient mais la rosée continuait d'humidifier l'atmosphère.
Les pas de la monture étaient moins assurés. Le chevalier l'arrêta et la princesse ouvrit les yeux peu de temps après.
"Le terrain est trop accidenté, il nous faudra poursuivre à pied" il marqua une petite pause pour détacher son regard des alentours et se poser sur la princesse "bien dormi ?"
"Ça n'a pas le confort de ma chambre, mais l'air du voyage vaut le détour" lui répondit la cavalière en souriant, le regard encore un peu brouillée.
Il lui délia les mains et l'aida à mettre pied à terre. Il suivit d'un geste vif mais précis. Au sol il mena sa monture par la bride et s'arrêta deux pas plus loin. La princesse n'avait pas bougée, elle lui tendait le bout de sa corde reliée à son cou en le regardant le sourire en coin.
Alexandre avançait prudemment, menant Vaillance d'une main, Alisteria un peu en retrait de l'autre. Ils contournaient les rochers, s'appuyaient contre les arbres sur le chemin en devers. Le chemin se faisaient de plus en plus escarpé, quelques arbres subsistaient entre les roches.
La demoiselle s'arrêta net. Le meneur se retourna aussitôt pour suivre le regard vers le ciel, une grande ombre ailée se détachait dans la lueur matinale.
Le chevalier s'empressa de décrocher la lance de sa monture. L'oiseau fondit vers eux dans un cri perçant, tel un aigle torturé. Les grands mouvements de lance le tenait à l'écart. Le monstre faisait deux fois la taille d'un homme, le battement de ses ailes faisait tourbillonner les vêtements et la chevelure de la princesse, venue se placer derrière son protecteur.
La petite troupe se déplaçait lentement en tenant la bête à l'écart pour rejoindre un l'abri précaire entre deux rochers. Le guerrier bondit sur la roche pour affronter son adversaire. L'oiseau vint planter ses serres avec fracas sur la pierre, l'onde de choc fit trembler le sol et déstabilisa le chevalier qui s'apprêtait à porter un coup à la gorge. Manquant de puissance il se ravisa, mais là tête du monstre avait maintenant pénétré sa garde et s'approchait dangereusement. Alexandre en s'abaissant espérait trouver un peu de protection derrière sa lance portée en travers.
La geule du monstre s'arrêta net à quelques centimètre de lui, heurtant un mur de lumière bleuté en provoquant un crissement cristallin.
"Venez vite !", en contrebas la princesse tenait ses chaussures à talon d'une main et invitait le combattant de l'autre en s'éloignant à reculons. Vaillance bien que peu rassuré suivait le mouvement nerveusement.
Le chevelier fit abstraction des yeux vifs comme le rubis et suivi la princesse sans demander ses restes. Au dessus du groupe fuyant, la bête s'acharnait sur un bouclier invisible. L'avalanche de coups de griffes provoquait un déluge d'étincelles bleues et un vacarne assourdissant.
La troupe courait en destination d'une grotte étroite à flanc de colline, la jeune femme en tête. Une fois à l'intérieur, le chevalier n'eut aucun mal à convaincre la bête d'abandonner la chasse du bout de la lance. L'oiseau, trop grand pour entrer facilement, s'envola brusquement.
Alexandre se retourna pour retrouver la jeune femme un peu plus à l'intérieur à genoux dos à lui, là tête baissée. Ses épaules accompagnaient sa respiration rapide et forte. Il se rapprocha d'elle. Ses poings étaient blancs tant elle les serrait, ses traits tirés accompagnaient son regard dur perdu dans le vide. Lorsqu'il posa sa main sur son épaule, le visage de la jeune femme visage fut pris d'une expression de panique, elle croisa vivement les mains dans le dos et supplia des yeux le chevalier.
L'homme n'eut le temps que de la surprise, une violente onde de choc le projeta contre la paroi de la grotte. Adossé à la roche et à moitié sonné, il vit la silhouette de la princesse se dessiner dans un nuage de brume, debout devant lui. Le voile se dissipa rapidement, mais bien qu'elle ressemblait trait pour trait à Alisteria, la femme qui se tenait devant lui avait les cheveux noirs et brillants. Ses bijoux identiques à ceux de la princesse n'étaient pas en or mais en argent posés sur une peau blème, le rouge de ses lèvre et de ses yeux n'en paraissait que plus intense. Sa robe et ses gants étaient noirs et les broderies grisâtres scintillaient. Elle s'approcha lentement du chevalier encore hagard.
"Voilà donc mon cher sauveur." Sa voix avaient le même timbre que celui d'Alisteria, mais le ton semblait plus assuré, plus mûr.
Il voulut se relever mais il s'aperçut avec stupeur que ses bras étaient retenus contre la roche par une mulitude de filaments noirs parcourus de reflets d'argent. Plus loin la monture se débattait contre les mêmes liens aux quatre pattes. La dame s'approchait implacablement de son prisonnier.
"Voilà donc celui qui a vaincu mon petit Ardent. C'est si cruel, son souffle de braise va me manquer."
Elle était maintant toute proche. Les jambes du chevalier s'écartèrent, tirés par d'autres filaments, pour que l'inconnue s'agenouille face à lui. Elle lui souleva le menton de l'index.
"Je n'ai pas beaucoup de temps pour jouer avec toi, mais il me semble que tu t'amuses bien avec moi" lui annonça-t-elle en faisant jouer le bout de la laisse. "N'aies crainte nous aurons l'occasion de nous recroiser. En attendant, prend soin de moi."
Une bourrasque lui fit cligner des yeux. Il eut juste le temps de rattraper la princesse qui s'éffondrait dans ses bras maintenant libre, inconsciente mais à nouveau d'apparence normale.[/hidden]